Concerts classiques - Amusant mélange des genres

L'avenir d'une certaine musique contemporaine sera multidisciplinaire ou ne sera pas. Véronique Lacroix, directrice de l'Ensemble contemporain de Montréal, est de celles et de ceux qui ont compris cela. Le «+» rajouté à l'acronyme ECM témoigne de cette ouverture, et l'on se souvient, par exemple, de l'inégale mais passionnante rencontre musique et courts-métrages dans «Musique! On tourne» à la 5e Salle de la Place des arts en 2008.

L'idée d'associer bande-dessinée et opéra est du même acabit, mais on franchit un cran d'imbrication supplémentaire, d'autant que le premier atout du spectacle est la parfaite maîtrise de la technologie des projections sur un voile translucide.

Le récit est de Cecil Castelluccci, qui a articulé en quatre actes des assemblages de dessins de jeunes bédéistes, Cameron Stewart, Michael Cho, Pascal Girard et Scott Hepburn. Les histoires n'ont pas vraiment de liens, sauf que les dernières minutes nous donnent les clés des origines de la wonder woman de l'acte I.

La musique est d'André Ristic et son défi est simple dans sa complexité: faire exister des personnages et traduire des ambiances calquant le style et les univers de dessinateurs aux styles très différents - comic strip classique, style monochrome, BD pour enfants et futuriste. Stimulation visuelle et soulignement sonore s'entrecroisent pour finalement s'interpénétrer

Ristic utilise toutes les ressources sonores et intègre particulièrement bien les effets électroniques et l'amplification.

Il faut considérer le spectacle comme un tout. L'alliance BD-chant marche bien et donne une voie à creuser, car la narration par la bande dessinée donne une nouvelle latitude dans les changements d'univers. Je ne pense pas que l'oeuvre de Ristic soit intrinsèquement impérissable, mais l'opération jette peut-être les bases d'un nouveau genre.