Vitrine du disque - 18 novembre 2011

Folk-Pop
 
The Graduation Ceremony 
Joseph Arthur

L'album est paru quelque part au printemps: l'hiver se pointe et on y est encore. C'est signe d'un retard certain en matière de critique, d'accord. Mais c'est surtout signe de la qualité dudit disque. Car revoilà Joseph Arthur à son meilleur, dans le filon de ce spectacle solo du FIJM 2008 qui nous est resté gravé là. Graduation Ceremony suit le projet Fistful of Mercy, sorte de supergroupe qui réunissait Arthur, Ben Harper et Dhani Harrisson. Fistful étant une initiative d'Arthur, on ne se surprendra pas que le ton de son album solo suivant soit semblable: folk acoustique, mélodies accrocheuses, couleurs pop, arrangements de cordes soignés (vibrante Someone to Love), harmonies aériennes, belles lignes de guitares autour de la voix bicéphale d'Arthur (tantôt grave, tantôt en fausset)... Les textes sont sombres, la musique lumineuse, les textures riches (pas étonnant: le gars est aussi peintre). Pas de révolution, mais du travail inspiré. Au Corona le 2 décembre.

Joseph Arthur - Someone To Love


Guillaume Bourgault-Côté

Classique
JANÁCEK
Messe glagolitique. Sinfonietta. Choeur et Orchestre philharmonique de Varsovie, Antoni Wit. Naxos 8.572639.

La Messe glagolitique de Janácek est une oeuvre enthousiasmante qui a connu des phases de popularité, par exemple à la fin des années 60 ou au début des années 90. Elle a même été enregistrée par Charles Dutoit (1991, Decca), un disque sur lequel on ne s'appesantira pas plus que sur la soupe dirigée par Simon Rattle. Il y a dans cette oeuvre une raucité et une dimension tellurique importantes. Cette messe est à la fois exaltée dans l'expression, caractéristique par ses coloris vifs et très méticuleuse dans l'association de rythmes contraires. Wit réussit parfaitement cela, entouré d'un quatuor de solistes possédés: Christiane Libor, Ewa Marciniec, Timothy Bentch et Wojciesch Gierlach. La Sinfonietta en complément n'a rien à envier à la version Mackerras ou au concert de Rafael Kubelik, réédité par Orfeo. Un grand cru Naxos du millésime 2011.

Christophe Huss


Classique
BRITTEN
A Midsummer Night's Dream. Direction: Ilan Volkov. Glyndebourne 2 CD GFO-CD 013-06 (Naxos).

De très jolis albums reprennent des spectacles marquants du Festival de Glyndebourne. Sont choisis en parts égales des spectacles récents, par exemple la Rusalka de 2009, dirigée par Jiri Belohlavek, et de vraies archives, comme le Falstaff de 1960 dirigé par Vittorio Gui (avec Geraint Evans), un Idomeneo de 1964 avec Pavarotti et Janowitz sous la direction de Pritchard ou un Chevalier à la rose de 1965 avec Montserrat Caballé en Maréchale. Les archives ont des couvertures et tranches vertes, les spectacles récents s'habillent de gris. Mine de rien, Glyndebourne est ainsi en train d'enrichir substantiellement le catalogue Britten. Après Peter Grimes (2000) avec Anthony Dean Griffey et The Turn of the Screw (2007), voici un Songe d'une nuit d'été (2006) avec Bejun Mehta, exceptionnel en Obéron et Iride Martinez en Titania. Seul défaut: les bruits de scène. Mais la musique les fait oublier.

C. H.


Compilation Dvd
BONJOUR PATOF
Patof
Musicor - Sélect

Même à onze ans, je trouvais ça un peu nul, Patof. Je savais que Patof blou, c'était Mammy Blue de Roger Whittaker. J'avais le pif, ça sentait l'encre bon marché de la machine à imprimer de l'argent. N'empêche, ayant grandi avec Le cirque du Capitaine, dont Patof était une excroissance, j'étais éminemment preneur de l'humour de cabaret qui vivait là ses dernières heures. Patof (Jacques Desrosiers) et Monsieur Tranquille (le très drôle Roger Giguère, bruiteur émérite) me remplissaient une demi-heure avec rien du tout que c'en était un bonheur. L'anti-Passe-Partout. Je retrouve dans les émissions fournies ici ce que j'aimais: les gags destinés aux caméramans, Tranquille le poing brandi quand Patof veut l'étrangler («Faut pas m'chercher, Pat!»), la récré, quoi. Faut voir les suppléments, trois livraisons du quiz Galaxie où les panélistes Patof, Tranquille et autres Nestor (le dangereux Claude Blanchard) se lâchent méchamment lousse. À d'autres la puériculture.

Sylvain Cormier


Enfants
Chanson pour toutes sortes d'enfants
Henri Godon
CFM Musik

Sous Henri Godon se cache Denis Massé, le conteur, guitariste, accordéoniste et chanteur des Tireux d'roches. Autre personnage de Saint-Élie-de-Caxton et réinventeur de patrimoine, il se démarque déjà avec son groupe de la manière traditionnelle. On le retrouve ici dans un répertoire de chansons pour enfants... de tous âges. Il aime les histoires abracadabrantes, les portraits la vie et les grands mystères comme comment faire des bébés. La réponse à cette question est une turlutte. Le reste du disque est livré joyeusement avec des accents simples. Plusieurs pièces sont livrées avec la pompe joyeuse de la guitare et le son brut de la batterie. Le chant est souvent ponctué des cuivres du swing et du vieux jazz ou par la clarinette insouciante. Les musiciens surfent aussi sur les inflexions manouches, les coups de guitares country, ou le trad avec accordéon et chansons à répondre. Il s'en dégage une bonhomie communicative.

Yves Bernard


Instrumental
Lieux imaginés
Cordâme
Malasartes

Après avoir fait paraître deux disques avec des invités, les membres de ce trio à cordes reviennent à l'essence de leurs compositions: une musique livrée avec contrebasse, violon, violoncelle, grande sensibilité et lyrisme, à la croisée du jazz, du classique et des musiques du monde, mais qui n'est ni l'un ni l'autre. Dans plusieurs pièces, le leader Jean-François Mailloux transmet son impression de villes qu'il n'a pas visitées. Vancouver révèle sa douceur avant son intensité. Madrid dévoile le déchirement rythmique au bout des doigts. Madagascar est plus sautillante; Kisarazu, plus orientale; Buenos Aires, passionnée mais adoucie; Santiago, doucement nostalgique; Veracruz, calme et non frénétique; Riga, en respiration lente. Ainsi va la vie imaginée. Preuve que les tableaux sonores n'ont pas besoin d'être des portraits réalistes. Et les rêveries de Cordâme sont très enveloppantes. À voir demain en quatuor à l'église St. James the Apostle.

Y. B.


Chanson
Que du vent
Les Cowboys Fringants
La Tribu - DEP

Avec Les Cowboys Fringants, «c'est compliqué», comme on dit sur Facebook. Nécessairement, sur plus d'une quinzaine d'années et à travers sept disques studio, notre plaisir a connu des montagnes russes. En fait, leurs disques La grand-messe et L'expédition, plus mous — ou mature, selon le point de vue —, nous avaient laissés froids. Revoilà qu'avec Que du vent, les quatre cowboys reviennent faire vibrer notre corde sensible. Ce 8e disque nous ramène l'équilibre de Break syndical avec des pièces loufoques (Hasbeen, Party!), des morceaux plus dénonciateurs (Télé, Shooters) et des titres plus personnels (On tient l'coup, Paris-Montréal). Que du vent est aussi pavé de guitare électrique, même si la réalisation reste prudente. Ne cherchez toutefois pas une grande progression dans la prose. Fans de la première heure, voici un disque sans longueur qui saura vous réconcilier avec Les Cowboys Fringants.

Philippe Papineau