Musique et publicité - Karkwa répond à ses détracteurs

Le chanteur de Karkwa, Louis-Jean Cormier, a défendu la décision prise par le groupe de vendre les droits d'utilisation de la chanson Pyromane pour une publicité de Coca-Cola.

Dans un message publié sur la page Facebook du groupe mardi soir, le chanteur a écrit notamment: «OK, à tous ceux qui sont déçus d'entendre une chanson comme Pyromane en musique de fond sur une publicité télévisée de Coca-Cola, je vous souhaite de remplir votre iPhone uniquement d'artistes indépendants de fortune.»

Les membres du groupe, qui se trouvaient entre l'Allemagne et la Suisse dans le cadre de leur tournée européenne, étaient difficilement joignables hier. C'est leur gérant, Sandy Boutin, qui, étonné par l'ampleur qu'a prise cette affaire, a expliqué le contexte dans lequel s'inscrivait cette sortie.

Selon lui, en écrivant ce message, Louis-Jean Cormier a simplement voulu fournir des explications aux trois personnes qui avaient témoigné de leur déception sur la page Facebook du groupe. «Bonjour à vous, en tant que grand amateur de votre musique, j'ai été surpris et très déçu de voir que vous vous étiez associé à Coca-Cola... Ceci dit, bonne tournée», écrivait l'un d'eux, Jocelyn Praud.

«Ce que Louis-Jean m'a expliqué au téléphone, c'est que c'était juste honnête de leur donner une réponse, a expliqué Sandy Boutin. Il l'a peut-être fait de façon maladroite, parce qu'au lieu de répondre sur leur mur, il a écrit sur le mur du groupe, que 26 000 personnes peuvent consulter.»

Sur la page Facebook de la formation, après avoir énuméré le nom de plusieurs artistes qui, comme Karkwa, ont mis leur musique au service de la publicité, Louis-Jean Cormier a soutenu qu'il ne cautionne pas forcément toutes les pratiques de la multinationale.

Certains groupes accusent Coca-Cola de bafouer les droits syndicaux de ses travailleurs et d'être impliquée dans l'enlèvement, la torture et l'assassinat de chefs syndicaux en Colombie.

Mais au moment de prendre la décision de vendre les droits d'utilisation de Pyromane il y a un mois, les membres du groupe et l'équipe de gérance l'ignoraient, a assuré Sandy Boutin.

«C'est le genre de chose qu'on ne savait pas vraiment. Peut-être qu'on aurait dû s'informer plus que ça, a-t-il reconnu. C'est le fun d'avoir un fan qui nous conscientise à ça comme c'est arrivé [mardi] soir.»

Le gérant n'a pas voulu préciser le cachet touché par Karkwa grâce à cette entente, puisque celle-ci est «privée», se contentant de signaler qu'il est de l'ordre de «quelques dizaines de milliers de dollars».

Grâce à cette entrée d'argent, le groupe pourra peut-être s'offrir une pause d'environ «un an ou deux», lui qui enregistre et se produit sur scène sans arrêt depuis plusieurs années, a exposé Sandy Boutin. «Ça fait 10 ans qu'on n'a pas pris de break», a-t-il fait valoir, en précisant néanmoins que, si la carrière européenne de Karkwa explose, les choses pourraient être appelées à changer.

La sortie de Louis-Jean Cormier avait suscité, hier soir, plus de 200 commentaires sur la page Facebook du groupe. Près de 1800 personnes avaient également cliqué sur «J'aime» en guise d'approbation.

En fin de journée, le chanteur s'est de nouveau tourné vers le réseau social pour tenter de mettre un point final à toute cette histoire.

«Juste un petit message pour vous remercier de tous vos mots, bons comme mauvais [...] Ça prouve que nos fans se sentent impliqués dans notre projet et c'est beau, a écrit Louis-Jean Cormier. Nous avions à choisir entre une décision éthique ou économique et dans notre condition actuelle, la décision économique était vraiment la bienvenue», a-t-il conclu.

Quant au débat sur les liens entre les artistes et les publicitaires, il est loin d'être clos, a dit Sandy Boutin. «Chaque fois que l'art sort de son caractère très vertueux ou très idéaliste, ça crée toujours des remous», a-t-il lancé à l'autre bout du fil, à quelques heures de son départ pour l'Europe, où il doit brasser quelques affaires avant de rejoindre Karkwa, qui donne les deux derniers spectacles de sa tournée européenne.
10 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 10 novembre 2011 08 h 50

    Une tempête dans un verre de Coke

    Lorsqu’on sait que la grande majorité des artistes crèvent de faim, que la vente des CD est en chute libre depuis des années, que les œuvres musicales sont abondamment piratées, on devrait avoir honte de vouloir retirer le pain de la bouche d’un groupe de musiciens talentueux dont j’ai le plus grand respect.

    (Tiré de : http://jpmartel.wordpress.com/2011/11/10/une-tempe )

  • André Michaud - Inscrit 10 novembre 2011 09 h 44

    Comme Dylan

    Le plus grand songwriter, Bob Dylan, a vendu "The Times they are changing" pour une pub de banque, et "Love sick" pour une compagnie de sous-vêtements.....est-il un moins bon artiste à cause de cela? Chaque artiste a le choix de faire ce qu'il veut de ses chanson, sans demander la permission aux autres..

    J'espère que les puristes qui accusent Karkwa n'ont JAMAIS téléchargé de musique illégalement...sinon ce sont de fieffés hypocriytes..

  • France Marcotte - Inscrite 10 novembre 2011 13 h 37

    L'histoire se répète

    Mais ça commence toujours comme ça.
    Au début on dit: mais il faut bien manger, puis, on se réveille un matin et on se censure soi-même.

    La seule solution à mon avis, c'est de ne pas mélanger art et moyen de subsistance, par amour pour la liberté d'expression.

    Je vais vous étonner, mais c'est ce que j'ai fait.

    Je "gagne ma vie" en bossant comme col bleu. C'est une chose.

    L'horaire de cet emploi est tel (à coup de 12 heures, on fait sa semaine en 3 jours) qu'il laisse beaucoup de temps libre...pour s'exprimer librement.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 10 novembre 2011 14 h 38

    Jusqu'où est-on responsable ?

    France Marcotte écrit : "La seule solution à mon avis, c'est de ne pas mélanger art et moyen de subsistance, par amour pour la liberté d'expression. (,,,) Je gagne ma vie en bossant comme col bleu."

    Parfait. C'est votre choix à vous.

    Loin de moi l'idée de vous blâmer mais le col bleu qui travaillait sous la France occupée, était-il responsable des horreurs de l'occupant nazi ? Je crois que non. Alors pourquoi accuse-t-on Karkwa d'être passé du côté obscur de la Force ? Qu'on mette son talent au service d'une compagnie commerciale ou d'un État, c'est pareil. On trouvera toujours des raisons de blâmer l'un ou l'autre.

  • France Marcotte - Inscrite 10 novembre 2011 14 h 42

    À moins bien sûr que la subsistance ne soit qu'un prétexte

    et que Karkwa partage les valeurs véhiculées par Coca-Cola.

    C'est son affaire.
    Dylan n'avait-il pas des parts dans l'armement?