Coup de coeur francophone a 25 ans - À propos... de la chanson québécoise

Jim Corcoran, l’Anglo le plus francophile en ville, fait découvrir depuis 25 ans la chanson francophone au Canada coast to coast.<br />
Photo: François Pesant - Le Devoir Jim Corcoran, l’Anglo le plus francophile en ville, fait découvrir depuis 25 ans la chanson francophone au Canada coast to coast.

Ce n'est pas un hasard si l'émission À propos qu'anime l'ami Jim Corcoran à la radio de la CBC voit approcher le quart de siècle alors que le festival Coup de cœur francophone célèbre son 25e anniversaire, du 3 au 13 novembre prochain. L'émission et le festival participent de la même mission née de la disette post-référendaire: soutenir et nourrir la chanson d'ici. Ce n'est pas un hasard non plus si, pour nous dire l'état du logis, on a mis à contribution l'Anglo le plus francophile en ville: l'homme sait traduire.

Le studio est au fin fond de l'aile ouest, il faut savoir où c'est, même quand on a ses habitudes à Radio-Can. La productrice-réalisatrice-monteuse-technicienne Sophie Laurent vient elle-même me chercher à l'entrée de la grande tour.

On aboutit en haut d'un étroit escalier. J'aperçois la bonne tête ronde de Jim à travers la petite vitre. Il est prêt, ses grandes pages écrites à la main devant lui. «I'm Jim Corcoran in Montréal and this is À propos: the sounds of Québec on CBC Radio 1 and Radio 2. During the next 54 minutes of this edition of À propos, I'll be telling you about a great music festival here in Montréal called le Coup de coeur francophone which, this year, will be celebrating its 25th anniversary. But first, mais d'abord...»

Et voilà Jim décrivant au bénéfice du Canada coast to coast la scène country-roots alternative au Québec, en plein bouillonnement. «I'm talking about raw, honest, innovative roots...» Des exemples? Il en a trouvé plein dans la programmation de Coup de coeur: Tire le coyote, Chantal Archambault, Mara Tremblay, Isabeau et les Chercheurs d'or. Comme il fait toujours à son émission, il a traduit quelques-unes des chansons, qu'il récite en apposition à celles-ci, sur fond de picking ou de clavier discret. Il commence l'émission avec L'amour m'a rendue malheureuse, d'Isabeau et les Chercheurs d'or... Isabeau and The Gold-Diggers: «I'm not afraid of love / I'm just afraid of emptiness / When I think about that then I have to wait for you / That's what I fear the most [...] Love has made me miserable? unhappy / L'amour m'a rendue malheureuse».

Au dévoilement de programmation de Coup de coeur, j'ai dit à Jim à quel point j'étais fasciné par ses traductions. Dans l'émission qu'il consacrait en début de saison au premier album de Salomé Leclerc (laquelle sera aussi à Coup de coeur), j'avais eu l'impression de comprendre le propos de Salomé à travers les traductions de Jim. Curieux constat: elle m'avait parlé elle-même de ses textes la semaine d'avant, pour le papier du Devoir. D'où cette question: dis donc Jim, pourquoi le passage à l'anglais m'a-t-il facilité le chemin jusqu'à Salomé?

«C'est une question de concentration, je pense. C'est comme écouter la chanson deux fois, mais pas avec la même oreille. Les traductions, c'est arrivé par la nécessité de comprendre, justement. Les premières années de l'émission, quand je disais: "I like this song, it's a really great lyric!", ça supposait un acte de foi de l'auditoire anglophone. À un moment donné, je me suis dit: je vais traduire les chansons pour qu'ils partagent vraiment mon enthousiasme. Qu'ils se rendent compte par eux-mêmes à quel point il y a des belles plumes au Québec. J'en suis à 600 textes, à peu près.» Ça ferait un beau livre, lui dis-je. Il sourit discrètement, à la Jim Corcoran. Une sacrée somme. «Et un sacré travail.»

Merveilleux disques


Ça témoigne certainement de la vitalité de la chanson d'auteur au Québec. «Ça n'arrête jamais, je suis constamment nourri. Présentement, ce qui me ravit, c'est la quantité de merveilleux disques faits par des filles. Salomé Leclerc, Émilie Proulx, Laurence Hélie, Chantal Archambault, Caracol, Geneviève Toupin, ce sont un peu toutes les enfants de Mara [Tremblay], qui les a libérées, qui a été le catalyseur. Elles renouvellent complètement le paysage, elles suivent chacune leur chemin.» Encore faut-il pouvoir cheminer et manger. Sans les radios commerciales, se plaint-on souvent, c'est la marge à perpette. À ces mots, le doux Jim s'emporte. «Que les compagnies de disques arrêtent de nous faire chier avec l'obligation de téter les radios! Ce n'est plus vrai! Il y a une génération qui a compris ça et qui trouve sa musique autrement. On est revenu au grand bouche-à-oreille, avec les réseaux sociaux, l'Internet. Ceux qui aiment Gillian Welch ont su qu'elle s'en venait en ville et la nouvelle s'est propagée, ce n'est pas les radios commerciales qui l'ont fait savoir.» Sachez-le!

Corcoran a un mot en sainte horreur: relève. «Jérôme Minière n'a pas relevé personne. Martin Léon, Fred Fortin non plus. C'est vrai des artistes que j'ai le plus aimés au Québec depuis que je fais cette émission, je pense à ceux qui sont partis, Dédé Fortin, Lhasa. Relever, ça laisse entendre qu'un artiste n'apporte rien de neuf. Dédé, quand il a invité les frères Diouf à se joindre à lui, ça a changé le portrait. Quand Louis-Jean Cormier s'allume au point où il a trouvé le temps dans l'horaire très chargé de Karkwa pour faire la réalisation des Douze hommes rapaillés, c'était du neuf. Miron en country-folk, c'est le génie des mélodies simples et belles de Gilles Bélanger, c'est aussi les arrangements de Louis-Jean. Ça n'arrête pas de créer du beau, du bon.» Il faut voir le feu dans ses yeux quand il dit ça, les veines saillantes dans son grand front. «Relève, c'est un mot paresseux. C'est le contraire de la création.»

Rencontres et collisions

À Coup de coeur, cette année encore, Corcoran organise un À Propos' Songwriters' Session, lundi 7 novembre à L'Astral, qui sera diffusé aux deux radios de la CBC. Concept limpide: jamboree entre artistes pas pareils, rencontres et collisions, advienne que pourra. En présence, comme dit Jim, «une brochette assez sautée»: Martin Léon, Betty Bonifassi, Patrice Michaud, Audrey Emery, Azam Ali, Ziya et Kiya Tabassian. Pour moitié, des inconnus au bataillon. «C'est parfait. Je demande au public de me faire confiance. Ce que je dis, c'est: "Any names that are not familiar, that's exactly why you should be there."»

Ça rejoint l'approche de base du Coup de coeur francophone. La programmation, en gros, c'est quelques locomotives? Richard Desjardins, Richard Séguin, Arno, Piché, Vallières?, et tout un tas de voitures remplies de méconnus ou de pas connus du tout. Et c'est comme ça depuis 25 ans. «Une fois, je suis allé voir un des programmes doubles qui sont la spécialité du Coup de coeur. Deux inconnus. Il y avait une Québécoise qui n'avait pas fait son premier disque, et un Français en première partie, qui avait un disque dont presque personne n'avait parlé. Lui, c'était Matthieu Chédid, elle c'était Jorane. J'étais allé les voir parce que je savais qu'à Coup de coeur, ils font de l'excavation pour trouver ce qui, pour Alain Chartrand et son équipe, mérite d'être connu et célébré. La survie de la chanson québécoise repose là-dessus: la légitime célébration de nos artistes.»

  • À écouter: d'abord la chanson «L'amour m'a rendue malheureuse», de Isabeau et les chercheurs d'or

L'amour m'a rendue malheureuse




  • Puis, la traduction de Jim Corcoran

Traduction de Jim Corcoran





Une collaboration de l'émission «À propos» de CBC Radio, cbc.ca/apropos
5 commentaires
  • Sinibaldi - Inscrit 29 octobre 2011 08 h 25

    Avec toi.

    Dans un
    jardin blanc
    comme le sable
    de la jeunesse
    je vois solitaire
    la main de la
    vie et le souffle
    du soleil.

    Francesco Sinibaldi

  • Vic - Inscrit 29 octobre 2011 09 h 32

    Un gant de velours Jim

    J'écoute régulièrement avec bonheur 'A propos'... en Acadie.
    Jim Corcoran fait plus pour faire apprécier le Québec dans le ROC que tous les politiciens ratoureux de la Belle Province.
    Il mériterait d'être décoré de l'Ordre du Québec. Et du Canada, pourquoi pas ?

  • Marc André Bélanger - Inscrit 29 octobre 2011 12 h 00

    24 ans

    Selon le site de Coup de coeur, « Coup de coeur a vu le jour en 1987 », ce qui lui donne 24 ans, et non 25 ans. Ou est-ce que le festival est né à un an?

  • Sylvain Cormier - Abonné 29 octobre 2011 16 h 23

    Vieux problème...

    Eh bien oui, le festival est né à un an, en ce sens que le Coup de coeur de la première année a eu lieu en tout début de ladite première année. Le fait est qu'il s'agira du 3 au 13 novembre de la 25e édition, marquant le début d'une année anniversaire qui ira jusqu'à fin octobre... 2012. Si on prend 2012 et qu'on retire 1987, ça fait bien 25. Alors voilà pourquoi votre soeur est muette et le Coup de coeur épatant et la bosse des maths à dos de chameau.
    Sylvain Cormier

  • Yves Côté - Abonné 30 octobre 2011 07 h 45

    Monsieur Jim...

    Je ne vois qu'une appellation : Monsieur Jim.
    Je n'arrive pas à m'en imaginer une autre...
    Et Jim tout court ?
    Oui bien sûr.
    Mais Jim tout court n'empêche pas celle de Monsieur selon moi. Surtout que je ne connais la personne que par son oeuvre musicale et radiophonique.
    Puisque tout ce qui est noble est difficile. Puisque tout ce qui est généreux est ouvert. Puisque tout être qui porte en lui le secret des choses et la richesse merveilleuse de l'Homme est Monsieur ou Madame, pour moi c'est Monsieur Jim.
    Et c'est pour lui : merci Monsieur Jim.