Vitrine du disque du 21 octobre 2011

Rockabilly : Beyond the Sun / Chris Isaak / Wicked Game - Vanguard : Que devient le meilleur chanteur néo-rockabilly de la galaxie? On le croyait perdu dans l'espace intersidéral des chaînes spécialisées, animant l'une ou l'autre émission dans le grand fatras numérique, ici The Chris Isaak Show, là The Chris Isaak Hour. Nous le retrouvons à la source même de son univers, là où le big bang eut lieu: dans le studio des disques Sun, à Memphis. Fatalement, l'ex-pugiliste à voix de velours, habit d'émeraudes et pif épaté, sorte d'Elvis putatif des années 1990, devait aboutir dans le temple de feu Sam Phillips, et relire à sa suave manière les classiques de Jerry Lee Lewis, Carl Perkins et autres Warren Smith. La proximité du soleil a l'effet souhaité: ses versions de Dixie Fried, Great Balls of Fire et Miss Pearl (belle inconnue de chez Sun, signée Jimmy Wages) sont en feu. De préférence, dénichez la version Deluxe, avec son disque complémentaire et ses 14 pistes en sus. CD ou vinyle, c'est comme vous voulez. De toute façon, ça brille.

Sylvain Cormier

Chris Isaak: Miss Pearl

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Classique

Bach

Cantates BWV 54 et 120. Suite no 2, BWV 1067. Concerto BWV 1060. Daniel Taylor (haute-contre),

Tafelmusik, Jeanne Lamon.

Analekta 2 9878.

Voilà «le» disque qui sauve la mise à Analekta pour cette rentrée 2011, assez en demi-teinte de la part du label québécois. La première satisfaction est sonore. Le tant vanté ingénieur du son Carl Talbot, qui nous a maintes fois déçu, a trouvé ses marques dans la Humbercrest United Church de Toronto, dans laquelle il avait enregistré six mois auparavant, pour Analekta, cette même 2e Suite de Bach, dans une version mettant alors en évidence le chaleureux hautbois de John Abberger. Le galbe sonore est très beau, dans un cadre réverbérant très agréable. On retrouve avec plaisir, ici, le hautboïste Abberger à la fin du programme dans le Concerto pour hautbois et violon BWV 1060. Mais ce sont les deux cantates Vergnügte Ruh... et Widerstehe doch der Sunde qui font le prix du CD. L'optique sonore y est même plus proche et enveloppante.

Christophe Huss

Bach, par Taylor et Lamon

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Électro-pop

Tropical Passion

Orange Orange

Kartel Musique

Orange Orange, dont on a entendu abondamment le titre Je suis le héros dans la publicité de Tou.tv, vient de livrer son deuxième disque, Tropical Passion. Le duo, formé de Sabrina Sabotage et de Dom Hamel (ex-Gatineau), confirme ici son amour du clinquant, du rebondissant, du scintillant. Sabotage et Hamel en font la preuve autant dans leur musique que sur leur singulière pochette — une Vénus de Milo colorée et... vitaminée. Ce nouveau Orange Orange est encore plus sucré, lustré, raffiné, destiné aux DJ, aussi wannabe soient-ils. Tout de même, on note quelques touches plus organiques, diverses guitares plus présentes, du saxophone. Là où le bât blesse, c'est que cette bien belle bulle reste creuse et trop axée sur les deux protagonistes. Que reste-t-il après trois ou quatre écoutes? L'envie d'une ligne mélodique qui ne finit pas en gymnastique vocale, mais surtout de moins d'éphémère et d'un peu d'universel.

Philippe Papineau

Orange Orange - Wannabe DJ

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Blues touareg

Tassili

Tinariwen

Anti

Après avoir troqué ses armes pour les guitares électriques, la figure emblématique du blues touareg propose ici une musique à dominante acoustique. En avant-plan, le chant, en solo, à répondre, presque susurré ou en douces harmonies, avec les guitares, la calebasse et parfois les claquements de main. Les riffs paraissent plus croches que jamais et pourtant, il n'en est rien: simplement une belle asymétrie lancinante et quelques climats dénudés, dont certains sont propres à la contemplation. On n'a pas résisté à l'envie d'inviter quelques membres de TV on the Radio et le guitariste Nels Cline de Wilco pour ajouter quelques passages en anglais ou des moments de guitare atmosphérique et de slide. Les cuivres du Dirty Dozen Brass Band ponctuent aussi une pièce de notes étirées et de quelques élans bluesy. Était-ce bien nécessaire? Sans doute pas. Mais cela ne dénature pas l'esprit d'une musique que l'on pourrait faire autour du feu: une musique... allumée.

Yves Bernard

Tinariwen - Assuf d'alwa

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Chanson

Ilo Veyou

Camille

Virgin - EMI

Encore braque, la folle? À peine le quatrième Camille était-il sorti de l'enveloppe que déjà, je me braquais. Ce titre bizarre, d'abord. Ilo quoi? Ilo Veyou, je vous le donne en mille, c'est I Love You. La belle affaire. Hou que j'allais sévir. Au moindre frétillement de glotte, je l'attachais au poteau d'exécution avec ses cordes vocales, la Björk made in France. Et puis non. C'est fou: j'aime Ilo Veyou. Oh! Il y a bien Bubble Lady où elle prête flanc à mon saint courroux, faire la Bobby

McFerrin lui vaudrait quelque médiévale chatouille si ce n'était le constat de ravissement général: la Camille des vocalises inouïes partage désormais l'espace avec une Camille des tendresses. On lui pardonne même l'imitation de Mireille Mathieu (La France, féroce), tellement c'est joli L'étourderie, doux Le berger, charmant ce Message, délicat Le banquet, exquis les violons et violoncelles, tellement maman Camille en fait moins pour épater et plus par goût de la beauté. Bigre, me voilà réconcilié.

S. C.

Camille - L'Étourderie

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Classique

Dubois

Fantaisiestück, Suite concertante, Concerto capriccioso, In memoriam, Andante cantabile. Marc Coppey, Jean-François Heisser,

Orchestre Poitou-Charentes. Mirare MIR 141 (SRI).

Theodore Dubois (1837-1924), oublié en France, a bien des partisans au Québec, où son oratorio Les sept dernières paroles du Christ est resté au répertoire. Deux messes parues chez Atma ne nous avaient pas convaincu, au contraire de la musique de chambre enregistrée par le Trio Hochelaga (Atma aussi) et, surtout, du Vénus et Adonis ressuscité par Jean Philippe Tremblay (Analekta). Le bonheur est quasiment le même avec ce disque d'oeuvres pour soliste(s) et orchestre qui nous arrive de France. Le violoncelle y a la part belle, surtout dans le petit bijou qu'est la Pièce de fantaisie. Seule déception: la Suite concertante pour piano et violoncelle, où Dubois ne parvient pas à faire travailler les deux solistes en synergie. Le CD est un bel exemple de sincérité musicale et de romantisme tranquille.

C. H.

Dubois, Pièce de concert

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Monde

Move

Sultans of String

Indépendant

Célébré dans le ROC comme un véritable ambassadeur de la diversité musicale, ce quatuor est une véritable formation d'élite capable d'improviser dans le jazz, transmettre les claques de la rumba flamenca, survoler la subtilité de la musique moyen-orientale ou nord-africaine, swinger cubain ou manouche, et se plonger dans l'intimité de la bossa. Les musiciens possèdent la maîtrise de leurs guitares, percussions et violon. Ils ont l'art des arrangements progressifs, des dialogues, des transitions, de la variation des timbres et des rythmes. Ils se feront funky ou plus pop dans la rumba, nostalgiques dans le bluegrass, intimes dans le folk, plus swing avec les violons et les cuivres en avant, bluesy sur un rythme cubain et plus free à la fin. Les surprises, qui sont nombreuses, apparaissent par couches subtiles après plusieurs écoutes. Preuve que ces musiciens n'ont pas besoin d'épater la galerie. Leur musicalité s'impose d'elle-même.

Y. B.

Sultans of String: Dos Guitarras