Brassens ici? Mais oui, une fois, en 1961, écoutez ça!

Georges Brassens
Photo: Collection personnelle de Patrice Lozano Georges Brassens
D'où sort donc cet enregistrement inédit, inespéré, récital intégral de Brassens saisi par un micro bien placé? oui, le son est bon!? lors de l'unique tournée canadienne du gars pas sorteux de l'impasse Florimont? «C'est la même filière que le Nicolet 1964 de Félix, les Archives nationales du Québec», précise Martin Duchesne, indomptable fouilleur du passé chansonnier québécois et actuel directeur artistique chez Disques XXI. Plus précisément, le fonds Gérard-Thibault, d'où un spectacle d'Édith Piaf à Québec a déjà émergé. À la trouvaille majeure (il n'existait auparavant aucun récital complet de Brassens avant son Bobino de 1964, à peine des extraits de son Olympia de 1960), Duchesne a ajouté un livret copieux en détails et photos rares, fort utile mise en contexte, avec le concours précieux d'un grand spécialiste, webmestre du site www.georges-brassens.fr: Patrice Lozano a sorti des clichés de sa collection immense, montrant Brassens en auto, au centre-ville de Montréal, et jusqu'en visite à... Caughnawaga.

Duchesne écrit: «À Montréal, malgré un agenda particulièrement accaparé par les interviews radio, télé et journaux, on a voulu lui faire goûter l'exotisme local et une expédition fut organisée à la réserve amérindienne voisine de Caughnawaga [Kahnawake, aujourd'hui] où un "pow-wow" était organisé au profit des touristes.» L'amener en Amérique avait été le plus difficile: le cher bourru abhorrait l'avion. Le secrétaire Gibraltar refusa carrément de quitter la terre de France. C'est Félix Leclerc et leur agent commun Jacques Canetti qui avaient intercédé, et finalement convaincu l'homme de traverser la grande mare. Jacques Vassal, biographe de Brassens, évoque leur rencontre à Dorval dans son Brassens, l'homme libre: «À son arrivée à l'aéroport de Montréal, le... 22 septembre 1961, Brassens est accueilli par Félix Leclerc devant la presse. Les deux compères parlent, entre autres, de François Villon et d'une mise en musique d'un de ses poèmes que le visiteur a en projet.»

Une fois sur place, on ne le lâche plus: concert à Ottawa, séjours au cabaret Chez Gérard et à la Comédie-Canadienne, passage à l'Université de Montréal. Tout ça dura un bon mois, et Brassens repartit content: il avait triomphé partout et rencontré des tas de gens sympathiques, dont Gilles Vigneault, qui se lançait au même moment sur la scène du Gesù. Mais l'épreuve de l'avion l'éprouva trop: «chaleur de leur accueil» ou pas, on ne l'y reprendrait plus, au Canada. Reste ce récital épatant, où les gens rigolent aux passages crus de Le Mécréant, où un Brassens enthousiaste s'emballe parfois dans ses mots.

Pierre Shuller, qui publie le bulletin Auprès de mon arbre, consacré à toutes choses Brassens, n'en revient carrément pas de la découverte. «Je viens de recevoir et d'écouter ce disque avec un plaisir inégalé, y compris quand j'y découvre Pierre Nicolas disant à Brassens: "Tu dérailles ce soir [...]"» Il faut bigrement prêter l'oreille pour entendre ça, à la fin d'Au marché: on est fan fini ou on ne l'est pas. À quelques semaines des 30 ans du trépas (le 29 octobre 1981, on en reparlera), l'émoi est grand, et rien n'est plus bienfaisant qu'une nouvelle heure de Georges Brassens bien vivant.

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