Maison symphonique: la cathédrale sonore

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, et le président du conseil d’administration de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), Lucien Bouchard, ont inauguré hier soir sans fausse note la Maison symphonique de Montréal sous le regard brillant du maestro Kent Nagano, des musiciens et d’un parterre de spectateurs triés sur le volet.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le premier ministre du Québec, Jean Charest, et le président du conseil d’administration de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), Lucien Bouchard, ont inauguré hier soir sans fausse note la Maison symphonique de Montréal sous le regard brillant du maestro Kent Nagano, des musiciens et d’un parterre de spectateurs triés sur le volet.

Ça y est! Devant un parterre de dignitaires et de notables, la nouvelle salle de concert de Montréal a ouvert ses portes hier soir, aux sons d'œuvres contemporaines québécoises et de la 9e Symphonie de Beethoven.

Plus tôt dans la journée, le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine avait annoncé le nom officiel de cette nouvelle institution: la Maison symphonique de Montréal.

Les spectateurs, composés de mécènes, de personnalités et de gens des médias, ont d'abord foulé un tapis mauve pour assister à cette soirée sur invitation. Le grand public, qui pourra entendre le programme à la Maison symphonique de Montréal demain et samedi, était invité à suivre la soirée festive sur écran géant. La diffusion sur l'esplanade de la 9e Symphonie de Beethoven, habillée de prestations du Cirque Éloise et de paroles édifiantes, était également relayée par la télévision de Radio-Canada.

Les discours inauguraux réunissaient dans un même souffle deux premiers ministres, ancien et actuel: Lucien Bouchard et Jean Charest. Le premier a rendu un hommage appuyé au second: «Il s'est trouvé un premier ministre et un gouvernement pour décider et agir. Ce sera votre honneur et celui de votre gouvernement d'avoir doté le Québec de cette magnifique réalisation.»

M. Bouchard a également souligné le travail de trois personnes auxquelles l'OSM doit «son existence et son prestige»: Wilfrid Pelletier, Pierre Beïque et Charles Dutoit, avant de s'adresser à Kent Nagano et aux musiciens actuels. Il voit en la construction de cette salle un hommage à «leur talent et leur passion». Enfin, Lucien Bouchard a tenu à souligner l'apport déterminant de Monique Jérôme-Forget à cette réalisation.

Qualifiée en 2006, par la nouvelle vice-première ministre Line Beauchamp, d'«ange gardien de ce projet», l'ancienne présidente du Conseil du trésor savourait dans le public ces moments dont elle avait rêvé ainsi que des hommages mérités. «Au nom de tous les Québécois: merci!» a renchéri Jean Charest à l'adresse de son ancienne ministre, chaleureusement applaudie.

Le premier ministre a insisté sur le fait que «la force de notre culture nous a gardés vivants depuis 400 ans» et que l'OSM, «l'une des institutions du Québec les plus mondialement connues» méritait cet «investissement en culture, source d'épanouissement pour notre société». Jean Charest voit en cette nouvelle salle un élément qui «donne à tout le Québec un élan de créativité».

Loin du miracle

Kent Nagano ne s'est pas exprimé verbalement. On l'attendait d'ailleurs plutôt au tournant musical, de même — évidemment et surtout — que la salle, dont on allait enfin jauger l'acoustique.

On nous avait tant vanté une salle que le monde entier nous envierait, qu'on avait fini par le croire, oubliant que l'acoustique n'est pas une science exacte.

On conçoit aujourd'hui des salles avant de construire un bâtiment autour. Ces salles sont dites ajustables par des panneaux régulant la hauteur du plafond, des rideaux, etc. Il était clair avant même l'inauguration que la finesse du réglage sonore prendrait un ou deux ans. Mais dans le cas de la Maison symphonique de Montréal, on est très loin de parler de finesse de paramétrage. C'est un véritable ravalement et une remise en cause profonde qu'il va falloir pour que cette salle réponde aux attentes élevées.

Assurément, concentrer toute cette science pour se retrouver avec une acoustique digne d'une salle des pas perdus n'était pas au programme du cahier des charges du ministère. Pour une salle de concert, celle-ci a une étrange acoustique de cathédrale, avec une réverbération massive tout à fait inédite dans l'histoire récente des créations de salles de concert.

Ce paramètre nécessite assurément de baisser la partie du plafond au-dessus de la scène, pour calquer l'espace dont ont bénéficié les musiciens placés au-dessus de l'orchestre (choeurs, solistes, flûte dans l'oeuvre de Gilles Tremblay), qui, eux, sonnaient bien.

Ce qui est un peu plus inquiétant, c'est que, malgré le généreux halo, le son manque pour l'heure d'attaque, de présence, de clarté, de chaleur et de vie. Or l'histoire nous dit que les premières impressions révèlent la personnalité intrinsèque d'une salle. On peut l'aménager, pas la transfigurer.

Du travail à faire

La firme d'acousticiens Artec a en poche un contrat d'un an pour effectuer les adaptations de la salle et son optimisation. Ses ingénieurs risquent d'avoir beaucoup plus de travail qu'ils ne s'y attendaient.

Un gros effort de dernière minute a été consenti par le groupe Ovation, un partenaire privé, pour donner du lustre aux couloirs et aux foyers, transformés par rapport au chantier des derniers jours.

Il faut dire que le bâtiment n'est pas encore tout à fait complété. Débuté en mai 2009 seulement, il ne sera définitivement achevé qu'à la fin décembre. Son coût de 266 millions de dollars comprend — à peu près à égalité de parts — le prix de la construction et celui de son entretien par le partenaire privé sur une période de trente années.

Quant à la musique, nous avons entendu une mystérieuse oeuvre pour choeur de Vivier, une composition pour flûte un peu longuette de Gilles Tremblay, mais avec des effets dynamiques saisissants, et une création vigoureuse, à la fois moderne et consensuelle de Julien Bilodeau.

La 9e Symphonie de Beethoven par Kent Nagano, nous la connaissons depuis le concert inaugural de 2006. L'approche est vive, très musicologique et peu frémissante. En l'état, la polyphonie orchestrale ne gagne pas vraiment en clarification dans la nouvelle salle, même si le son d'ensemble a plus d'impact.

Les musiciens, très contents du son qu'ils entendent sur scène, n'ont pas encore trouvé leurs marques les uns par rapport aux autres et l'étagement de l'orchestre en paliers mérite d'être reconsidéré, notamment pour les contrebasses, qui pâtissent du manque d'ampleur des graves.

La salle est ouverte. Mais elle est pour l'instant bien plus belle à voir qu'à entendre. Le défi est à présent d'équilibrer ses qualités visuelles avec ses qualités sonores.
28 commentaires
  • Jean Francois - Inscrit 8 septembre 2011 01 h 25

    Uni-son Québec

    Son uni, pour un monde meilleur !

  • Catherine Paquet - Abonnée 8 septembre 2011 05 h 51

    Confusion

    On peut peut-être faire deux choses à la fois, mais on ne peut pas admirer une oeuvre musicale grandiose et le chef qui en dirige l'interprétation tout en s'exlamant des prouesses des gens du cirque.

    Radio-Canada n'a rendu justice à aucun en passant de l'un à l'autre, de l'intérieur à l'extérieur, nous montrant tantôt l'orchestre et son chef, inspiré et concentré, pendant que nous avions encore en tête les acrobaties des athlètes, et un instant plus tard, nous remontrant les acrobates et jongleurs, alors que nous voulions poursuivre la compréhension de l'oeuvre de Beethoven et apprécier le talent des musiciens et de Kent Nagano.

    Les cameramen de Radio-Canada semblaient souffrir du syndrôme de l'hyperactivité et du déficit d'attention. Et nous, nous n'avons pu apprécier ni la nouvelle Salle, ni l'Orchestre ni le Cirque.

  • Roland Berger - Inscrit 8 septembre 2011 06 h 48

    À la télé

    La réverbération massive a été bien captée par les micros de Radio-Canada. Dommage, car le concert par ailleurs bien mené méritait mieux.
    Roland Berger

  • D Poulin - Inscrit 8 septembre 2011 06 h 54

    coitus interruptus

    L'histoire de l'humanité a fourni peu de chefs-d'oeuvre qui égalent la perfection de la neuvième symphonie de Beethoven. Vouloir modifier l'exécution de cette oeuvre en ce 21è siècle ne peut d'aucune façon améliorer ce qui constitue déjà un tour de force. Voilà ce que Radio-Canada (télé) a réussi à faire en cette soirée d'inauguration de la nouvelle maison symphonique.

    Vous vous apprêtez à jouir -le mot n'est pas trop fort- et aux moments opportuns on vous arrête: que voici un jongleur, une danseuse, un groupe d'acrobates, que sais-je? Bon, voilà, leur "numéro" fini, reprenez là ou vous étiez et essayez de poursuivre votre plaisir interrompu. Vous y arrivez presque mais, halte là: voilà maintenant qu'on vous explique, ou plutôt que l'on essaye de faire votre éducation en vous inondant de propos supposément éclairants sur le sens à donner à cette oeuvre par des intervenants sans doute bien intentionnés. Un Marc Hervieux qui ne nous apprend rien que l'on ne sache déjà, un Fred Pellerin égal à lui-même complètement perdu dans un univers qui n'est pas à sa portée, et une chanteuse qui nous envoie un baiser en pleine face, tout cela pour supposément nous faire apprécier un sommet de la création artistique qui à lui seul rejoint l'auditeur au plus profond de son être.

    Cette soirée se voulait un hommage à la fois à la musique et à la nouvelle salle de concert. Or, bien au contraire, ce fut une tentative superficielle de divertissement complètement ratée. Fort heureusement, les gens sur place -dans la salle- ont pu apprécier la chose. Quant aux téléspectateurs ils ont eu droit à une parodie, une déformation de ce qui aurait pu être un grand événement. On sait maintenant ce qu'est un coitus interruptus. On sait surtout qu'à vouloir intéresser le bon peuple aux chefs d'oeuvre de la musique par des artifices et des à-côtés inutiles on risque fort de l'éloigner du véritable sens à donner aux grandes créatio

  • Gilles Bousquet - Inscrit 8 septembre 2011 07 h 10

    Faut l'avouer, bon coup pour Messieurs Bouchard et Charest

    Félicitations aux responsables de cette salle incluant l'OSM. Cette construction aidera à conserver Montréal, comme une place de choix pour les entrepreneurs pour s'y installer avec leurs projets, ce qui devrait créer des emplois en plus grand nombre.