Ouverture de la nouvelle salle de l'OSM - Julien Bilodeau, l'heureux élu

Julien Bilodeau, un compositeur de 36 ans, a déjà fait ses preuves en matière de composition orchestrale.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Julien Bilodeau, un compositeur de 36 ans, a déjà fait ses preuves en matière de composition orchestrale.

L'ouverture de la nouvelle salle de concert, ce soir, se fera aux sons de la 9e Symphonie de Beethoven. Il y aura fort heureusement un prélude vivant et québécois à cela, puisque Kent Nagano et l'OSM ont commandé une nouvelle œuvre à un compositeur d'ici.

Surprise majeure, le choix ne s'est pas porté une fois de plus sur l'un de nos caciques de l'establishment universitaire, mais sur Julien Bilodeau, compositeur de 36 ans, qui a déjà fait ses preuves en matière de composition orchestrale.

C'est le chef Jean-Philippe Tremblay qui nous avait fait découvrir le talent de Bilodeau, en 2004, en dirigeant son oeuvre Myriades. Le Devoir avait alors vanté la «soif d'orchestre» de ce «talent impressionnant, aussi prometteur qu'un Guillaume Connesson en France». Depuis, Bilodeau est avec quelques autres — Éric Champagne, 30 ans, par exemple — l'un des créateurs que nous suivons avec le plus grand intérêt.

L'OSM l'a donc repéré, enfin. «Au printemps 2010, Marianne Perron, adjointe de Kent Nagano, désirait constituer une bibliothèque de musiques déjà écrites par des auteurs québécois. Un de mes anciens professeurs lui a donné mon nom, se réjouit Julien Bilodeau en entrevue au Devoir. J'ai fourni mes musiques pour orchestre et trois mois plus tard, Kent Nagano, qui avait entendu ces pièces, a décidé de me confier une commande pour l'inauguration de la salle. Je ne l'avais jamais rencontré et il ne me connaissait pas; il cherchait un son. En écoutant mes oeuvres, il a trouvé ce qu'il cherchait. J'étais vraiment content que ce choix se passe sur une base anonyme.»

La commande stipulait qu'il y ait un lien avec la 9e Symphonie de Beethoven. «La composition s'est faite en deux temps. D'abord, quelques mois à analyser l'oeuvre de Beethoven et à faire des recherches pour retourner dans ses esquisses et ses carnets. Puis, lorsque l'oeuvre de Beethoven est devenue une seconde nature, cela a été plus facile pour moi d'en intégrer des éléments à ma musique.» Ce faisant, Julien Bilodeau tentait d'éviter de tomber dans le travers d'une musique de citations.

L'oeuvre, Qu'un cri élève nos chants!, sera jouée après une composition pour choeur de Claude Vivier et une partition pour flûte seule de Gilles Tremblay. De la Neuvième de Beethoven, Bilodeau a picoré un élément par mouvement: «la quinte du 1er mouvement, le rythme pointé du 2e, le chromatisme du 3e et la "fanfare" du 4e».

La durée étant imposée, la composition durera un peu plus de huit minutes. Comme Jacques Hétu, Julien Bilodeau regrette la brièveté des commandes d'oeuvres contemporaines: «Il y a un gaspillage de talent à travers cette sempiternelle formule du 10-15 minutes, qui ne permet pas aux créateurs de laisser exploser leur talent, ni au public de développer l'écoute. D'un autre côté, je me réjouis que, pour un événement aussi important, Kent Nagano ait fait une commande. Il y a peut-être là une ouverture vers une communauté de créateurs qui ont l'énergie et la force créatrice pour se lancer dans des oeuvres d'envergure. En Europe, cela existe encore...»

Julien Bilodeau a assisté aux deux premières lectures, avant-hier, et avoue avoir ressenti une certaine nervosité. «Maintenant, ma musique est entre les mains de l'orchestre; elle ne m'appartient plus».