Disques et spectacles - Chacun son émoi, chacun son automne

Sylvain Cormier Collaboration spéciale
Roger Daltrey (à gauche) servira intégralement le Tommy des Who sans le comparse Pete Townsend à la PdA le 27 septembre.
Photo: Agence Reuters Timothy A. Clary Roger Daltrey (à gauche) servira intégralement le Tommy des Who sans le comparse Pete Townsend à la PdA le 27 septembre.

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée culturelle 2011

L'automne country, l'automne grunge, l'automne Vigneault, l'automne des dix ans de Pop Montréal, l'automne d'Arcade Fire-sur-la-même-scène-que-Karkwa: les événements des uns ne sont pas les événements des autres.

Oui, bien sûr, il y aura un nouveau Coldplay (au drôle de titre: Mylo Xyloto). Me laisse froid, Coldplay, pour dire la vérité. Mais dans l'industrie du disque en mal de consensus, ça compte. Ça se comptabilise, même. L'incontournable d'octobre. Incontournable? Contournera qui veut. Il se trouve que nous vivons sur une planète pop où, depuis le big bang Elvis-Beatles-Led Zep (je résume), ça n'a jamais cessé de fuser dans tous les sens et le consensus est chaque année un peu plus mou.

Sauf quand il s'agit d'aller acclamer U2 tous ensemble à l'Hippodrome, l'enthousiasme se vit désormais le plus souvent par petits groupes, pour ne pas dire par grappes: j'en connais qui sont fous de joie à l'idée que Richard Thompson l'auteur-compositeur émérite, vétéran du Fairport Convention, s'amène le 6 septembre au Corona. Ça titille nettement moins les fadas de rockabilly que la venue au 7e Red Hot & Blue Rockabilly Weekend de Sonny Burgess lui-même en personne, dernier Mohican de chez Sun Records et témoin direct du big bang ci-haut mentionné (le 3 septembre au Lion D'Or). Ce dont se contrefichent les détenteurs de bonnes places au concert de Roger Daltrey, lequel servira intégralement le Tommy des Who sans le comparse Pete Townsend à la PdA le 27 septembre. Chacun son incontournable, chacun son émoi.

D'autres resteront chez eux, bien trop occupés à savourer le nouveau Tom Waits attendu depuis le précédent d'il y a sept ans (ça s'intitule Bad As Me et c'est en magasin le 25 octobre). Êtes-vous de ceux que les alliances contre nature excitent? Sachez que Lou Reed a enregistré un album avec... Metallica. Eh! oui. Et que Mick Jagger, lassé d'attendre que Charlie Watts revienne de sa chasse à courre quotidienne, a formé un supergroupe (baptisé SuperHeavy, quoi d'autre?) en compagnie des Dave Stewart, Joss Stone, fiston Damian Marley et A.R. Rahman. Gros hype, comme on dit: méga tapage préalable dans l'antichambre médiatique. Émoi télégraphié?

Les vingt ans du grunge

Parfois l'émoi est au moins générationnel. Pas mal de trentenaires se pinceront en même temps cet automne: le grunge de leur adolescence a vingt ans, et ça se célèbre et ça se monnaye. Réédition grand luxe de l'essentiel Nevermind de Nirvana, coffret Pearl Jam coïncidant avec le documentaire de Cameron Crowe et la tournée anniversaire (grand-messe au Cen-tre Bell le 7 septembre), la machine est bien huilée pour fêter les rugueux. Machine, dis-je? Plus que jamais, welcome to the machine à dépenser. C'est fou tout ce qui se fabrique ces jours-ci à l'usine des intégrales et des rééditions.

Ainsi la multinationale EMI s'affaire-t-elle à orchestrer toute une campagne autour du catalogue Pink Floyd: ça se déclinera en toutes sortes de configurations. Qui ne voudra pas la totale? Pensez: The Dark Side Of The Moon, version CD-DVD de six disques, avec des démos, pièces inédites, séquences de spectacles d'époque, mixages multiples (quadriphonie, quelqu'un?), colifichets et bébelles, etc. Même traitement annoncé pour Wish You Were Here. C'est la logique du maintenant ou jamais: dans dix ans, le client sera trop vieux, ou trop pauvre. Et c'est le même manège en France: après Gainsbourg, c'est le père Brassens qui s'y colle, 30 ans suivant le trépas. Intégrale en 19 disques, y compris des inédites de derrière les fagots. Et nous qui croyions avoir tout.

Les dix ans de Pop Montréal

Si l'on cherche à la saison un événement rassembleur, on le trouvera du côté du festival Pop Montréal, dixième du nom (du 21 au 25 septembre, tout partout en ville): en plus de la flopée de groupes et d'artistes pas banals qui émaillent comme d'habitude la programmation — ça va de Redd Kross à Marie-Jo Thério, de Jean Leloup et ses Last Assassins à Liam Finn, et des vraies de vraies Velvelettes de l'ère de gloire Motown au bédéiste légendaire Art Spiegelman, vous avez dit éclectique? —, un grand programme double gratuit alliera notre groupe franco le plus important des dernières années (Karkwa) à notre groupe anglo le plus important des dernières années (Arcade Fire). Un soir historique, à n'en pas douter: rendez-vous le 22 septembre à la place des Festivals.

Mes émois à moi


Je vous entends d'ici. Et Portishead au quai Jacques-Cartier le 7 octobre, c'est pas assez événementiel? Et le retour d'Iron & Wine? Et Ben Harper? Et Jay-Z avec Kanye West au Centre Bell, pas assez big? Bigrement big en effet. Et Feist au Métropolis avec un nouvel album (Metals) en bandoulière? Et les nouveaux spectacles de nos vaillants artistes? Impossible de ne pas mentionner les premières du cher Jimmy Hunt, du grand Richard Séguin (deux soirs au Métropolis, c'est pas rien), du Pascale Picard Band, de l'excellent Patrice Michaud, d'Ingrid St-Pierre dont j'ai tant aimé le premier album. Il y aura tous ceux-là et d'autres, et des disques en voulez-vous en v'là, le nouveau projet de Björk, un Miossec, un Fred Pellerin ET un Nicolas Pellerin, les premiers efforts des gagnantes de concours Salomé Leclerc et Chloé Lacasse, un Lenny Kravitz de plus, un autre hommage à Gainsbourg auquel participera fiston Lulu (partageant Bonnie & Clyde avec... Scarlet Johansson, à ce qu'il paraît), un Thomas Dutronc, un Antoine Gratton, un Bénabar, le deuxième disque de Coeur de pirate, le troisième de Catherine Major, le énième de Jean-Louis Murat, le centième d'Aznavour, la suite des folles aventures de Camille, etc.

De tous ces disques et spectacles, et pas seulement les mentionnés, Le Devoir vous entretiendra au moment idoine, mais l'automne, mon automne, je vous le dis comme je le sens dans mes bottes, sera country-folk ou ne sera pas. J'attends le nouvel album de la grandissime Renée Martel comme j'attends le rarissime passage en ville de la grandissime Gillian Welch (à L'Olympia le 25 octobre): impatiemment à en piaffer. S'ajoutera à mon bonheur un album country fraîchement achevé par Éric Goulet avec l'as guitariste Carl Prévost et cie: il y reprendra L'Hôtel des coeurs brisés de Stephen Faulkner, c'est dire. Le prochain Isabelle Boulay sera également country 100 % pur jus. Que puis-je bien vouloir de plus? On a ses lubies: je frémis, je frétille, mes Bangles reviennent dans un petit mois tout juste, leur nouvel album de pop néo-sixties s'intitule Sweetheart Of The Sun et les extraits entendus sur le site du groupe me ravissent déjà. On ne refait pas: on se rafistole et on se revisite. Bon automne à vous et aux vôtres.

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1 commentaire
  • dianaros - Inscrite 31 août 2011 11 h 51

    et Diane Tell

    Et moi aussi je sors mon nouvel album : Rideaux ouverts ! J'espère que tu aimeras ! Wow ! au milieu d'une si belle compagnie !