Le printemps de la jeunesse libanaise

Le groupe Mashrou’ Leila vient de lancer son second album.<br />
Photo: Mashrou'Leila Le groupe Mashrou’ Leila vient de lancer son second album.
«La plupart de la musique pop arabe parle de cet amour parfait où le couple se marie et a des enfants», explique dans un petit café de la capitale libanaise Haig Papazian, violoniste du septuor, ainsi que l'un de ses piliers. «Ou encore la femme cocue qui pardonne à son mari et [encore une fois] "ils vécurent heureux"... La réalité n'est pourtant pas comme ça.»

La poésie de Mashrou' Leila est plus subtile. De l'absurde à la critique acerbe, elle raconte et décrit l'état de la société libanaise actuelle. Les paroles de ce groupe mélangeant l'accroche pop, la fougue rock et le lyrisme arabe ont d'ailleurs à la fois choqué et séduit dès leur premier grand concert dans un festival organisé par la ville de Beyrouth en 2008. Les bombardements, le sectarisme, l'économie lancinante, la perception sociale de l'amour homosexuel, l'abus de pouvoir: tout était en place pour toucher un large public à la recherche d'innovations. Et le fait de chanter en arabe était loin d'être anodin, quand la plupart des groupes rock de la région se contentent d'imiter ou de reprendre des chansons dans la langue de Molière ou de Shakespeare.

«Les gens ont vécu tellement de choses au Liban, il y a tellement plus que ce monde parfait qui est dépeint dans la pop. On a été inspiré intuitivement par ce qui se passait autour de nous. C'est comme ça que tout a commencé.»

Le groupe s'est formé alors que ses membres étudiaient l'architecture à l'université (sauf le chanteur, designer graphique). L'engouement a été tel que le premier disque était attendu avant même qu'il ne soit produit. Une fois celui-ci sur les tablettes, en 2010, leur premier vidéoclip a attiré l'attention hors du Liban, et le téléchargement illégal de l'album a fait le reste, ce qui les a agréablement surpris.

Après un spectacle en Serbie, un autre en Égypte et un lancement fin juillet à Beyrouth, le groupe se prépare à partir vers la Jordanie où, d'ailleurs, plusieurs autobus de jeunes palestiniens de Ramallah, Jaffa et Nazareth sont attendus («on ne peut pas jouer en Palestine, pour les raisons que l'on connaît»).

«Le deuxième disque met de côté l'observation du monde autour de nous et observe plutôt comment celui-ci affecte et influence la vie des gens. Même s'il y a des chansons très entraînantes, les paroles sont très intimistes. C'était notre état d'esprit, faut croire.»

La musique de ce second opus vogue ainsi d'une énergie brute à la mélancolie, alors que chaque pièce, ou presque, raconte l'histoire d'un personnage, ses travers ou ses questionnements.

Le disque, El Hal Romancy, est disponible au Québec sur iTunes, mais aussi en téléchargement gratuit (et légal) sur leur site: www.mashrouleila.com.

***

Collaborateur du Devoir

***

 

Mashrou Leila: Imm El Jacket