Vitrine du disque du 12 août 2011

Folk: Bon Iver - Bon Iver - Jagjaguwar: Le deuxième disque du groupe américain Bon Iver n'est pas une nouveauté brûlante, mais profitons du creux estival pour revenir sur les disques oubliés. Disons d'emblée que le groupe de Justin Vernon surprend — et déçoit — par le choix esthétique très rétro de cet album, simplement intitulé Bon Iver. Le lent folk écorché vif de For Emma, Forever Ago, son premier album, est ici étouffé, baigné du timbre fade de saxophones et de claviers très années 80, beurré dans le kitsch. Dommage, parce qu'il y a de vraiment belles pièces sur cet album, des textes simples, des mélodies fortes, chantées par la très jolie voix haut perchée de Vernon. Pensons à la pièce d'ouverture Perth, à Holocene et à Towers. Mais un peu partout viennent s'ajouter des lignes de clavier ou des passages de saxophone sucrés à la mélasse. Bon Iver joue-t-il à Owen Pallett? Quant à l'atroce pièce finale, aussi bien l'effacer de votre disque dur. Je me replie sur For Emma... - Philippe Papineau


Bon Iver: Minnesota, WI.


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Reggae folk

Jah is the Way

Prince Koloni

Trans Amasoniennes

Né sur les rives surinamiennes, près de la Guyane française, Prince Koloni est un descendant des «marrons», les esclaves qui ont fui vers l'enfer vert. Fils d'une des icônes de l'aléké, la musique de fête des jeunes de la région du fleuve Maroni, il descend des Fania, une dynastie de musiciens. À son tour promu figure de proue de l'aléké, il adhère aussi à la philosophie rasta, proche de son peuple, les Bushinengués. D'où la place prépondérante qu'il accorde au reggae roots dans ce disque: un reggae roots mâtiné de voix, sensibles comme la sienne, de cuivres et parfois de rock ou de synthés. Quelques pièces révèlent un folk délicat mariant une guitare acoustique et des rythmes propres à l'aléké. Mais l'esprit paisible, le message d'unité et le propos social transparaissent toujours, le plus souvent livrés en anglais. En voilà un qu'on risque de revoir à l'affiche d'un grand festival d'été l'an prochain, Peut-être même bien avant.

Yves Bernard


Prince Koloni: Jah is the way


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World jazz

Racines mêlées

Mehdi Nabti & Nass Lounassa

Indépendant / MMM

Saxophoniste issu de l'école européenne et flûtiste fortement inspiré par les musiques confrériques maghrébines, Mehdi Nabti conçoit un world jazz percutant et très physique. La réalisation de ce disque d'une vingtaine de minutes a pour but de donner une idée du son du répertoire, et non du développement des pièces, qui peuvent durer jusqu'à vingt minutes chacune en concert. On opte donc ici pour la synthèse et la précision en pénétrant directement dans un groove très dense qui est le coeur de cette musique. Une basse et une batterie à la forte pulsion, la derbouka et le bendir pour

les timbres maghrébins, les congas pour l'âme latino: tout cela permet d'exprimer les racines mêlées. Du Maghreb, Mehdi Nabti retient une flûte de berger au son aérien de même qu'une façon de composer les mélodies et les séquences rythmiques. Il fait partie de Gnawa El Jazz dans le cadre d'Orientalys, au théâtre de Verdure dimanche 14 août.

Y. B.

Mehdi Nabti: Exaltation



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Classique

Rota

Symphonie no 3. Concerto soirée. Divertimento concertant. Filarmonica '900 du Teatro Regio de Turin, Gianadrea Noseda. Chandos 10669 (SRI).

Ce disque fait suite à la parution chez le même éditeur, sous la direction de Marzio Conti, des Symphonies nos 1 et 2. Chandos complète ici notre panorama de l'inspiration orchestrale «classique» de Nino Rota (1911-1979), compositeur attitré des musiques des films de Fellini. Des trois oeuvres, le Concerto pour piano, ou «Concerto soirée», est le plus documenté, avec deux versions admirables, de Benedetto Lupo (HM) et Danielle Laval (Valois). On notera que Rota réutilisera, ultérieurement, le thème du cancan final dans sa musique pour Huit et demi. L'enregistrement Lupo-Pons du concerto est plus pétulant, mais le CD Chandos vaut surtout pour les deux autres oeuvres: un Divertimento pour contrebasse et orchestre et la Symphonie no 3, composition néoclassique qui complète la collection laissée inachevée par le CD précédent.

Christophe Huss

Nino Rota: Concerto Soirée/Can-Can


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Classique

Beethoven

Sonates pour piano nos 5, 6 et 7. Mari Kodama. Pentatone PTC 5186 377 (Naxos).

Mari Kodama — madame Nagano à la ville — complète petit à petit un cycle complet des sonates de Beethoven. Il serait avisé de la part de l'éditeur de numéroter les volumes, car les pochettes se ressemblent. En abordant les Sonates nos 5 à 7, les trois de l'Opus 10, la pianiste japonaise se mesure aux oeuvres dont la discographie a bénéficié du plus grand saut qualitatif ces 15 dernières années, avec les enregistrements Brendel III, Kovacevich, Zacharias, Schiff, Brautigam et Korstick. Mari Kodama reste fidèle à sa ligne sobre et intègre, assez brendelienne, mais sans les microraffinements de ce dernier. Mon pianiste de chevet reste ici Kovacevich, dévoré d'une ferveur intérieure. Par contre, Kodama est un excellent choix sur le marché du SACD multicanal. Son concurrent y est Brautigam, qui joue sur un pianoforte. Le choix de l'instrument sera donc déterminant pour les acheteurs.

C. H.

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Classique

Mullova

The Peasant Girl. Viktoria Mullova (violon) et le Matthew Barley Ensemble. Onyx 2 CD 4070 (SRI).

Viktoria Mullova en paysanne: il faut le voir pour le croire! Si nous vous présentons ce disque qui transcende les genres musicaux, c'est parce que l'artiste qui cautionne la démarche est sérieuse. Cette discipline du crossover est en général source de soupes frelatées pour gogos. Avec Mullova, comme lorsque Gidon Kremer s'y adonne, le parcours est sérieusement planifié pour maintenir un standard de qualité. La tendance actuelle est aux parutions «tziganes»; aux violonistes qui s'encanaillent ou cherchent leurs racines. Au pire, cela donne le disque de Sarah Nemtanu, la violoniste pourtant brillante du Concert de Radu Mihaileanu. Mullova, elle, nous déroule, associée à quatre musiciens, un mélange ethnico-jazzo-classique, dans lequel on retrouve aussi bien Les Yeux noirs, du Zawinul (Weather Report) que le Duo pour violon et violoncelle de Kodály. Album intéressant pour amateurs d'éclectisme.

C. H.

Mullova: For Nedim


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