Samian au 21e festival Présence autochtone - Le warrior pacifiste

Samian veut organiser un concert-bénéfice pour le Wapikoni mobile, cet automne.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Samian veut organiser un concert-bénéfice pour le Wapikoni mobile, cet automne.

Pour Samian, rapper en anishnabe est une question de survivance. Premier à intégrer l'idiome au hip-hop et à le marier au français, le warrior pacifiste révèle la force brute d'une parole qui dénonce l'injustice et l'ignorance. Jeudi soir à la place des Festivals, il tentera une fois de plus d'abattre avec son rap de réserve ce mur invisible érigé au-dessus des autochtones depuis quatre siècles. Avec son groupe, il intégrera violon, flûte et danse traditionnelle.

Il parle de toutes les Premières Nations et insiste sur les mots: «Anicinape, Atikamekw, Mik Kmaq, Mohawk, Innu, Cri, Huron-Wendat, Inuit, Abenakis, Malécite, Naskapi», lance-t-il clairement dans sa pièce Mino Picaok (Ooma Kopek Aki) pour que ces clés de l'histoire pénètrent finalement l'imaginaire québécois.

À raison, Florent Vollant a déjà dit de lui qu'il était le porte-parole de sa génération. Il assume: «Mon gros public est dans les réserves, dit-il. Les jeunes s'identifient maintenant beaucoup à ma musique et je reçois plusieurs messages d'eux. Parfois, je trouve ça dur à porter, mais c'est quand même beau de voir qu'ils s'accrochent à ça. Il y a maintenant des enfants qui s'appellent Samian et des jeunes se mettent à rapper dans leur communauté, surtout dans leur langue.»

Rappe-t-on maintenant dans toutes les langues autochtones du Québec? «Pas nécessairement, mais je pense que les jeunes sont plus conscients de leur identité. Au début, on ne sait pas trop où s'enligner et on s'inspire du rap américain, mais j'ai l'impression que les jeunes parlent plus dans leurs chansons de leur réalité et non de celle qu'on nous offre à la télé.»

Une réalité fort bien exprimée par les créations du Wapikoni mobile, récemment amputé d'une subvention fédérale de 490 000 $, mesure qui a soulevé une vague d'indignation jusqu'en Bolivie et en France. Samian est issu du Wapikoni, comment réagit-il? «Évidemment, je suis un éternel reconnaissant de ce projet. Je suis déçu, mais il faut rester positif. C'est sûr que je vais organiser un grand concert-bénéfice pour eux à l'automne.»

Rassemblement et soutien

Il est aussi un naturel du festival Présence autochtone. Tout comme Elisapie Isaac, la chanteuse polaire qui donne de l'espace à son chant et qui montera sur la scène vendredi soir. La table sera mise pour le grand rassemblement des cultures premières à la place des Festivals. Jusqu'à dimanche soir, un tipi géant sera érigé et animé par des chants, des danses et des démonstrations des arts et de métiers.

À cela s'ajoutera une compétition internationale de films et vidéos. En tout, 60 titres en lice, parmi lesquels: La Nouvelle Kahnawake des Français Patrick Bernier et Olive Martin, Nuummioq, un long métrage groenlandais et des documentaires comme Children of the Amazon, Flores en el desierto, Le Business de l'or au Guatemala et des courts, produits par le Wapikoni mobile.

Quoi d'autre? Cinq expositions pour le volet arts visuels, une soirée de poésie avec Joséphine Bacon, Domingo Cisneros et Naomi Fontaine, des démonstrations archéologiques, le colloque universitaire «Regards sur les autochtones des Amériques» et des activités organisées dans les deux communautés mohawks de Kahnawake et de Kanesatake.

Reste le volet culinaire et gastronomique à l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec (ITHQ) avec ses menus composés de découvertes comme les rillettes de lièvre aux baies d'amélanchier, la dinde au roucou et au Mezcal, le wapiti braisé aux herbes et saumon fumé à froid. Comme un goût de revenez-y!

***

Samian: Mino Picaok (Ooma kopek aki)


Collaborateur du Devoir