Vive McCartney! Vive le pompier!

Paul McCartney mardi soir au Centre Bell où 16 993 fans s'étaient donnés rendez-vous.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Paul McCartney mardi soir au Centre Bell où 16 993 fans s'étaient donnés rendez-vous.

Il a tout, McCartney. Les chansons, tellement de chansons. La forme (à 69 ans, bon sang!), tellement la forme. Le goût de chanter devant les multitudes, plus que jamais. En plus, «he’s such a ham», dirait-on en angliche dans le texte. Le type même de l’entertainer bien dans son rôle, heureux dans sa peau de propagateur de bonheur. Il ne se lasse pas d’en donner plus, plus, toujours plus. Il veut toujours bien faire, plaire, émouvoir, transporter, faire le party. Satisfaire au-delà du prix demandé, prix fort pourtant.

Oh si parfois, comme le vieux copain Ringo l’a noté récemment, il finit par croire qu’il est les Beatles à lui tout seul, et ses hommages aux frères disparus? John avec Here Today et A Day in the Life/Give Peace a Chance, George avec Something? font désormais partie du spectacle à un point d’intégration qui frise l’appropriation, mais la beauté de la chose est que toute sa démarche est profondément saine. «We’re going to have a good time», annonçait-il tôt en soirée dans Birthday (une surprise dans la liste des chansons: il la fait seulement aux occasions spéciales genre 400e de Québec, celle-là). Eh bien c’était exactement ça, le spectacle de Paul McCartney mardi au Centre Bell, et les 16 993 fans de mercredi soir diront la même chose que les 16 993 de mardi: à quasiment trois heures du meilleur bon temps possible sur la planète pop, le degré de contentement est inégalé.

Et ce, même si nous étions quelques milliers (au moins) à récidiver: on pourrait se dire que la loi de la répétition amoindrie des plaisirs devrait prévaloir, qu’on a déjà eu notre totale en août 2010, et la totale encore plus totale sur les Plaines en 2008, mais non. Paul s’amène sur scène dans un veston rouge boutonné Beatles, il lance Hello Goodbye et c’est reparti pour la joie des joies. Moi, du parterre où j’étais, rangée M, le siège rêvé (merci Evenko!), j’avais oublié mon âge, mon poids, le décalage horaire, tout. Et quand Paul, après Hello Goodbye et le chouette rock Junior’s Farm ressorti du vaste répertoire des années Wings, a démarré All My Loving, j’ai ENCORE UNE FOIS perdu contenance. Et quasiment perdu connaissance. Sans blague. Encore une fois, j’ai accusé le coup: c’était Paul, là, avec sa binette de Beatle Paul et ses bottes cubaines et sa basse violon (et, plus tard, l’Epiphone Casino de Paperback Writer!). Le vrai de vrai Paul McCartney qui a vécu toute cette vie incroyable, vie qui n’est pas fictive puisqu’il est là. C’est fou, les Beatles ont vraiment existé, ce n’était pas qu’un rêve, la preuve!

The Night Before en plus


Bien sûr, c’est à peu près le spectacle de l’an dernier (hormis la voix un peu moins pétante de santé): même film d’intro, mêmes remarques et gags dans les présentations, même sympathique maladresse dans sa manière de s’adresser coûte que coûte en français à la foule: «Je vais chanter une chanson du Fireman [son alter ego expérimental], le... pompière? Pompier? Vive le pompier!» Le batteur-Bouddha a refait sa petite danse rigolote pour Dance Tonight, la dernière heure alignait la série des incontournables données dans le même ordre. Mais ça ne fait rien: omettre Hey Jude, impensable! Qui ne veut pas avoir les pétards et les jets de flamme dans Live And Let Die? Bien sûr qu’on veut tout. Et on a tout!

En fait, non, Paul choisit: je pourrais nommer sans effort des dizaines d’immortelles qu’il n’a pas chantées mercredi: The Fool on the Hill, My Love, Here, There And Everywhere... Mais pour que les fous finis soient contents AUSSI, le futé Paul en sort toujours une ou deux autres de son sac sans fond: oui, il y a encore des chansons qu’il n’a jamais interprétées sur scène. Celle qu’il chantait «pour la première fois au Canada» mardi, c’était The Night Before, la chanson de la séquence du terrain d’entraînement militaire dans le film Help! Demandez aux purs et durs: depuis 1989 qu’on la voulait, celle-là. Pour ceux qui ont commencé leur histoire d’amour avec Paul au temps de Wings, c’était Junior’s Farm le cadeau, bonus béni.

Il en reste encore un joli paquet, remarquez, dans le sac à «goodies». J’ai une théorie: Paul vient d’enregistrer un album de reprises des années 20-30-40, chansons qui ont marqué son enfance (ou que son papa lui jouait au piano...). Je crois qu’un nouveau spectacle suivra, hors tournée, dans lequel il y aura d’autres jamais-encore-jouées du répertoire, qu’il se gardait en réserve pour cette occasion-là exprès, toutes celles que McCartney a écrites dans ce style: on aura alors droit à Martha My Dear, Maxwell’s Silver Hammer, When I’m 64, Honey Pie, Your Mother Should Know, Baby’s Request... Est-ce le fantasme du beatlemaniaque refusant que ça finisse? Peut-être. Mais Paul McCartney l’a encore démontré de la façon la plus remarquable qui soit en deux soirs inespérés à Montréal-la-chanceuse: tout est encore possible.
14 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 27 juillet 2011 11 h 24

    festival de grands succès

    J'admire le grand talent de Sir Paul, un des plus grands "songwriter" de tous les temps. Il respecte son public et donne toujours le meilleur de lui-même. Sa musique est toujours interprétée de façon impeccable..

    Cependant ce sont presque uniquement toujours les mêmes grands succès dans ses concerts... Comme fan des Beatles, je voudrais plus de ces "Night Before" et autres perles jamais jouées en concert.. Entendre Hey Jude par la millionnième fois ne me donne plus de frissons..

  • Claude Lavoie - Abonné 27 juillet 2011 11 h 32

    Pour en finir les "has been"

    À ce rythme, Sir Paul pourait simplement s'installer au Canada.

  • Rara - Inscrit 27 juillet 2011 12 h 07

    Montréal/Québec : même combat?

    Où sont-ils ceux qui critiquaient la présence de McCartney au 400e de Québec?
    Doit-on proclamer dorénavent: "Vive la Métropole bilingue et multiculturelle!"

  • Personne - Inscrit 27 juillet 2011 12 h 17

    Èncore! Encore!

    À la prochaine!

  • Erwan Basque - Inscrit 27 juillet 2011 12 h 32

    Un ambassadeur de paix !

    Bonjour,
    Bravo Sir Paul McCartney pour votre musique qui traversera encore des siècles et des siècles à venir. Quel ambassadeur vous fûtes et que vous êtes pour la Fière Albion ! En espérant que pour vos soixante-dix printemps, vous ferez de nouveau d'une magistrale façon la conquête des Plaines d'Abraham. Merci beaucoup, Erwan Basque.