Concerts classiques - Les dieux de la scène

Il y a effectivement un «Philadelphia Sound». Et il est renversant.
Photo: Christina Alonso Il y a effectivement un «Philadelphia Sound». Et il est renversant.
Cette signature sonore repose sur des cordes d’une cohésion et d’une puissance exceptionnelles. Le son est «gras», mais les phrases sont toujours attaquées et articulées avec un mordant rare. Pour éblouir le public, chef et orchestre ont sué jusqu’à la dernière goutte. Éblouissement il y eut. Des décennies passeront avant que je n’entende pareille entrée en matière dans La Mort de Tybalt du Roméo et Juliette de Prokofiev. C’est exactement la même impression qui m’a saisie à l’écoute des Danses symphoniques de Rachmaninov, d’une densité et d’une puissance que je ne pouvais même pas imaginer avant hier soir.

Lorsque Charles Dutoit avait été interrogé avant le concert à savoir si la menace financière qui planait sur l’orchestre pourrait affecter la performance musicale, le chef avait presque éclaté de rire et répondu: «Oh non, pas ces musiciens-là!» Il avait bien raison.

Ces dieux de la scène (il y a bien des dieux du stade, non?) sont avant tout un ensemble. Mais il est impossible de ne pas distinguer certaines individualités, notamment un Konzertmeister et une 1re violoncelliste tout simplement phénoménaux. Le timbalier, la percussion, les trompettes se sont autant couverts de gloire que les cordes. On est effectivement à un niveau d’ensemble encore supérieur au Symphonique de Pittsburgh, hôte de Lanaudière l’an passé, même si les cors de ce dernier apparaissent quasiment insurpassables.

Charles Dutoit a été ovationné à son entrée, mais il n’a jamais tiré la couverture à lui, allant même jusqu’à respecter le decrescendo à la fin de la Marche hongroise de Berlioz donnée en bis. Par ailleurs, il a laissé s’exprimer l’orchestre, en cadrant parfaitement les œuvres. Seule la fin de Roméo au tombeau de Juliette manquait de ces frémissements d’éternité qu’on entend dans des instants de grâce. Le reste fut grand, tout simplement. Et avec classe.

On peut tout de même s’étonner d’avoir observé que l’amphithéâtre comptait encore 10 ou 15 % de chaises inoccupées. Le Métropolitain et Yannick Nézet-Séguin ont rempli davantage pour la 9e de Beethoven! Suite ce soir…

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