De Philadelphie et de cornichons!

Deux heures avant son concert à la tête de l’Orchestre de Philadelphie au Festival de Lanaudière, hier soir, Charles Dutoit (à gauche) a accepté de rencontrer quatre journalistes spécialisés des médias montréalais.
Photo: Christina Alonso Deux heures avant son concert à la tête de l’Orchestre de Philadelphie au Festival de Lanaudière, hier soir, Charles Dutoit (à gauche) a accepté de rencontrer quatre journalistes spécialisés des médias montréalais.
Sur le choix du moment de son retour au Québec, Charles Dutoit avoue en discuter depuis 2007 ou 2008 avec le Festival. «Les dates ne collaient pas; j'étais libre en 2010, mais pas l'orchestre. Là, comme c'est ma dernière année à Philadelphie, c'était sympathique que je vienne maintenant.»

Les relations avec Lanaudière datent des débuts du Festival. «En 1978, nous avons joué dans un cinéma. Ensuite dans une église», se souvient l'ancien directeur musical de l'OSM, qui avoue que les relations personnelles s'étaient rapidement refroidies quand Fernand Lindsay, fondateur de la manifestation, avait signé une pétition s'opposant à la construction d'une salle de concert pour l'OSM. Charles Dutoit se souvient bien des premiers projets de salle en 1981 avec René Lévesque et même des pelletées de terre: il y a 30 ans déjà.

Son premier contact avec l'Orchestre de Philadelphie lui reste aussi en mémoire: «C'est le premier orchestre étranger que j'ai entendu à Genève en 1955. La semaine suivante, nous avions celui de Leningrad avec Mravinski!»

Le chef suisse est l'un des rares à être un invité régulier des «Big Five» américains. Dès 1982-1983, il les avait dirigés tous les cinq. Il souligne que chacun a su conserver à sa manière les qualités avec lesquelles il avait été façonné. «À Philadelphie, il y a toujours une forte tradition de cordes que je m'efforce de préserver.» Interrogé sur Yannick Nézet-Séguin et d'un parrainage supposé à Philadelphie, Charles Dutoit précise: «Oui, je l'ai forcément parrainé puisque je l'ai invité dès 2008. C'était l'un de ses premiers concerts aux États-Unis. Moi, je quitte mon poste à Philadelphie en 2012. Mon jugement s'arrête là. Je ne l'ai pas nommé.» On n'en saura pas plus. En demandant s'il s'agit «d'une entrevue sur Nézet-Séguin», Charles Dutoit indique clairement à mon confrère qu'il est temps de passer à autre chose.

Cette autre chose, ce sera la Corée, où le chef rêve de réunir un orchestre de jeunes Nord et Sud-Coréens. Il revient d'un voyage dans les deux pays et notamment de Pyongyang, visité pour la première fois en 2002, car, dit-il: «Quand j'ai quitté l'OSM, j'ai décidé de finir de voir tous les pays du monde.»

Au chapitre montréalais, la rancoeur est tenace. Si Charles Dutoit est très content de diriger au Québec, c'est «pour le public; je n'ai pas eu le temps de lui dire au revoir».

«Un jour on parlera, quand il y aura eu des changements.» S'il n'est pas loquace, Charles Dutoit lance tout de même quelques flèches. Il avoue avoir reçu une invitation pour l'inauguration de la nouvelle salle. «Une circulaire; par courriel; on avait juste mis mon nom.» Le sourire crispé en dit long. L'OSM a aussi lancé une invitation musicale. Mais là, pas question: «il y a quelques cornichons que j'aurais horreur de rencontrer». Les «cornichons» vont l'empêcher de revoir le «vaste groupe de musiciens» montréalais avec lesquels Dutoit aimerait refaire de la musique. Quant à son opinion sur l'administration, un net «il ne faut pas me parler de cela», clôt rapidement la conversation.

Nous nous quittons en nous souhaitant «bon concert» de part et d'autre. Vous en lirez le compte-rendu dès ce matin sur notre site Internet.

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