Musique classique - Philadelphia Story

L'année 1912 est une date bénie dans l'histoire de l'Orchestre de Philadelphie. C'est celle de l'arrivée à sa tête de Leopold Stokowski, un chef anglais d'ascendance polonaise. Stokowski restera à Philadelphie jusqu'en 1936; 24 ans, le temps de transformer un orchestre en légende vivante. «Cet orchestre est un géant; c'est renversant!», déclara Otto Klemperer, invité à le diriger.

À la pointe du progrès

D'emblée, Stokowski introduit le répertoire de son temps. Il dirige les premières américaines du Chant de la terre de Mahler, des Gurrelieder de Schoenberg, du Sacre du printemps de Stravinski, des trois dernières symphonies de Sibelius, etc.

Mais si, en 1936, l'Orchestre de Philadelphie rayonne au-delà de la ville, c'est grâce aux enregistrements. Les premiers datent de 1917: deux Danses hongroises de Brahms. La première symphonie complète — l'Inachevée (!) de Schubert — est gravée en 1924. L'année suivante, l'orchestre effectue le premier enregistrement électrique, pour Victor: la Danse macabre de Saint-Saëns. Débute alors une course effrénée: être le premier à graver les grandes oeuvres symphoniques du répertoire.

L'historien John L. Holmes rapporte que le Philadelphia Orchestra, Stokowski et Victor tenteront d'imposer en 1931, avec une 5e Symphonie de Beethoven, un disque microsillon tournant à 33 tours et 1/3. Il faudra attendre deux décennies pour voir ce procédé s'imposer!

Parmi les premières dans l'univers des orchestres symphoniques, Philadelphie revendique la première radiodiffusion nationale (1929), la première bande-son d'un long métrage (1936) — une expérience qui mènera, en 1940, au fameux Fantasia — et la première apparition télévisée (CBS, 1948).

Ormandy

C'est Eugene Ormandy, un Hongrois dont le vrai nom est Jenö Blau, qui est engagé en 1938. Ormandy, déjà connu pour ses enregistrements à Cincinnati, poursuit l'association avec Victor jusqu'en 1943 avant de passer chez Columbia (1943-1968). La période des enregistrements Columbia monophoniques (grosso modo les années 1950) est le legs discographique le plus méconnu, mais le plus fantastique, à la fois d'Ormandy et de l'Orchestre de Philadelphie. Ces disques ont disparu, puisque le chef réenregistra «tout» en stéréo. Il refit même l'ensemble une troisième fois, en repassant chez RCA en 1968.

Parmi les chefs qui gravèrent des disques de légende avec le Philadelphia Orchestra, il y eut Rachmaninov pour trois de ses oeuvres — L'Île des morts, Vocalise et la 3e Symphonie — et aussi Toscanini, dont une série de concerts donnés en 1941 furent immortalisés par RCA.

Après Ormandy, en poste pendant 52 ans, les directeurs musicaux sont Riccardo Muti, Wolfgang Sawallisch et Christoph Eschenbach. Les deux premiers enregistrent pour EMI. On en retient quelques disques de Muti (Tableaux d'une exposition, Sacre du printemps, Schéhérazade). En 1996, EMI arrête les frais, car les orchestres américains sont devenus trop chers à enregistrer. Neuf ans de disette s'achèveront en 2005, sous l'ère Eschenbach, par un contrat éphémère avec le label finlandais Ondine.

L'orchestre diffuse aujourd'hui quelques concerts choisis en téléchargement. On peut y entendre Charles Dutoit dans la Symphonie alpestre de Strauss ou Roméo et Juliette de Berlioz.

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