Life in Photographs de Linda McCartney - Muse, témoin, bouc émissaire, photographe

Durant sa carrière, Linda McCartney aura témoigné de ce qui l’entourait, photographié ceux qu’elle aimait.<br />
Photo: Linda McCartney Durant sa carrière, Linda McCartney aura témoigné de ce qui l’entourait, photographié ceux qu’elle aimait.

Paul est de retour en ville, mardi et mercredi, au Centre Bell. Pour peu que ça lui prenne comme ça lui a pris à Las Vegas le 10 juin dernier, il chantera Maybe I'm Amazed. Et ce sera pour elle. Si jamais il chantait My Love, ce serait pour elle aussi: Linda McCartney, sa «lovely Linda with the flowers in her hair». Linda la regrettée, que le cancer emporta en 1998. Linda le grand amour de sa vie, l'âme sœur, la «nature girl» folle éprise des chevaux et des vertes collines.

La complice rock'n'roll, aussi. C'est elle qui, en cadeau d'anniversaire, offrit à Paul la contrebasse de Bill Black, celle-là même qu'on entend claquer dans Heartbreak Hotel. C'est elle, Linda Eastman l'ado la plus dégourdie de Scarsdale la cossue, qui allait voir tous les «package shows» d'Alan Freed au Paramount de New York, avec Chuck Berry, Jackie Wilson, Jerry Lee Lewis et tous les autres, pendant que Paul à Liverpool la moins cossue rêvait d'Amérique et apprenait à jouer Ain't That a Shame.

C'est elle surtout qui, avant Annie Leibovitz, fut la première femme à signer la photo de une du Rolling Stone. Elle qui, dès 1968, publiait Rock and Other Four-Letter Words, fabuleux recueil de photos avec les bas de vignette d'un collègue, véritable who's who de la «génération électrique».

S'y trouvaient, mal imprimés, en format de poche, néanmoins magnifiques, ses amis: Jimi, Eric Burdon, Jim Morrison, les Young Rascals, tous les groupes de San Francisco, Janis bien sûr. Ses photos les montrent détendus, garde baissée, toujours en lumière naturelle: elle avait l'oeil, Linda, savait cadrer, composer. Mieux, elle photographiait naturellement, sans chichi, sans mise en scène. Au milieu de la conversation, clic! L'instant qui parlait. Elle était cool, voilà tout.

Forcément, ses photos des Beatles, prises notamment au lancement de Sgt. Pepper's chez Brian Epstein, sont extraordinaires: on voit ce qui se passe entre eux quatre, la magie entre John et Paul est encore manifeste. Deux ans plus tard, elle était Linda McCartney, enceinte de Mary, fondait sa deuxième famille. Quatre ans plus tard, elle était la claviériste-choriste de Wings, bouc émissaire des critiques en mal de Beatles. Et ne photographiait plus que les siens. Paul, les enfants, les animaux, la ferme en Écosse. Abandonnée la carrière, pas la photographie: même oeil, même naturel, même art de la composition. Plus tard, des expositions révélèrent la continuité dans son travail: de bout en bout, elle aura témoigné de ce qui l'entourait, photographié ceux qu'elle aimait.

C'est bien ce que montre le très gros et très beau et impeccablement imprimé Life in Photographs que propose aujourd'hui Taschen: une vie de lumière ambiante et de regards sans filtre. Qu'il s'agisse de Mick Jagger croqué par la débutante pour le magazine Town & Country en 1965, de la petite Mary en liberté dans un studio d'enregistrement en 1970, de Paul au bain comme en promenade ou en spectacle, c'est pareil: il ne s'agit jamais d'immortaliser, mais bien de saisir quelque chose en train d'avoir lieu. La vie, quoi. «Maybe I'm amazed of the way you pulled me out of time», écrivit Paul jeune marié, n'en revenant pas de sa chance. Nous ne sommes pas moins impressionnés.