Jean-Michaël Lavoie, l'épreuve du feu

La carrière de Jean-Michaël Lavoie est désormais gérée par ICA Classics, l’agence d’artistes londonienne qui s’occupe aussi de Kent Nagano.<br />
Photo: Jean Radel La carrière de Jean-Michaël Lavoie est désormais gérée par ICA Classics, l’agence d’artistes londonienne qui s’occupe aussi de Kent Nagano.

Il a 29 ans, il est Québécois, chef d'orchestre et nous revient après deux années passées à Paris. Jean-Michaël Lavoie dirige dimanche au Festival de Lanaudière, à la tête de l'Orchestre symphonique de Québec, son premier grand concert symphonique dans son propre pays.

Le parcours du jeune chef d'orchestre possède déjà un ancrage international solide. En tant que chef adjoint de l'Ensemble intercontemporain, à Paris, de 2008 à 2010, il a travaillé auprès de Pierre Boulez et de la directrice musicale de l'ensemble, Susanna Mälkki, qu'il a assistée également à la Scala de Milan pour la création de l'opéra Quartett de Luca Francesconi. En 2010, Jean-Michaël Lavoie a été l'un des quatre «Dudamel Conducting Fellows» auprès de l'Orchestre philharmonique de Los Angeles, où il a dirigé la Symphonie fantastique.

L'Orchestre symphonique de Québec est encore en quête du successeur de Yoav Talmi. Il y a peut-être pour Jean-Michaël

Lavoie un coup à jouer. Le chef a-t-il l'impression de passer une audition géante? «Honnêtement pas du tout, car nous n'avons pas discuté à ce niveau-là. Pour l'instant, ce sera mon premier concert au Canada en tant que chef symphonique. C'est tout nouveau, je suis très peu connu. Pour le reste, il n'y a rien d'autre», dit-il au Devoir.

La carrière de Jean-Michaël Lavoie est désormais gérée, depuis janvier 2011, par ICA Classics, l'agence d'artistes londonienne qui s'occupe aussi de Kent Nagano.

Le ghetto contemporain

«J'ai fait toutes mes études à Montréal, à l'Université McGill, jusqu'en 2007. C'est pour cela que l'on m'a peu connu avant que je quitte le Québec pour Paris en 2008, résume Jean-Michaël Lavoie. Après mes études, j'ai passé des auditions un peu partout, surtout au Canada. Celle à Paris avec l'Ensemble intercontemporain fut la bonne. C'est un peu ironique, parce que j'ai dû quitter mon pays pour développer ma carrière de chef d'orchestre!»

À McGill, Lavoie avait déjà été chef adjoint de l'ensemble de musique contemporaine pendant quatre ans. Il a aussi dirigé deux fois l'ensemble de la SMCQ. «Cela m'a bien préparé pour l'Ensemble intercontemporain, une institution de très haut niveau qui travaille rapidement des répertoires très difficiles et a besoin de s'entourer de gens préparés qui connaissent leur métier.» À Paris, Jean-Michaël Lavoie a approfondi sa connaissance du répertoire contemporain et rencontré beaucoup de compositeurs.

Son regard sur la scène québécoise n'a rien de complaisant: «J'ai compris, quand j'ai vu comment cela se passe en Europe, qu'au Canada et au Québec, il y a une fermeture sur soi. Le protectionnisme est très fort ici. Se protéger est une bonne chose, puisqu'on encourage ce qui se fait localement, mais à long terme cet enfermement empêche une ouverture culturelle. La culture de la musique contemporaine doit s'actualiser et se positionner par rapport à ce qui se fait ailleurs. Il faut changer, sinon l'avenir ne sera pas très réjouissant.»

En souvenir de ses années parisiennes, Jean-Michaël Lavoie parle avec émotion de la nouvelle version de la musique de Martin Matalon pour Métropolis, qui s'ajuste désormais au nouveau montage du film de Fritz Lang. C'est dans Métropolis que Jean-Michaël Lavoie a entamé, en mai, son nouveau statut avec l'Intercontemporain; celui de chef invité.

Ce soir au parc Roland-Beaudin de Québec et dimanche à l'Amphithéâtre Fernand-Lindsay, Jean-Michaël Lavoie dirigera la Symphonie Nouveau Monde de Dvorak, un choix de l'OSQ dans le cadre d'une thématique autour des musiques de divers pays d'Europe. Le secret de la symphonie lui semble résider dans l'énigme de la succession entre relâchements et accélérations, alors même que «les tempos plus lents du premier mouvement ne sont pas du tout écrits plus lents». La dichotomie entre la lettre et la tradition interprétative? Voilà un problème qui évoque singulièrement celui du Finale de la 9e Symphonie de Beethoven, jouée à Lanaudière samedi dernier.