Festival d'été de Québec - Turlute des temps modernes

Lancé sans aucune attente, le projet Alaclair ensemble reçoit un accueil favorable presque partout où il passe, et le groupe a des concerts prévus jusqu’en 2012.
Photo: Festival d'été de Québec Lancé sans aucune attente, le projet Alaclair ensemble reçoit un accueil favorable presque partout où il passe, et le groupe a des concerts prévus jusqu’en 2012.
Du quoi? «Du post-rigodon bas-canadien», dit Ogden, le plus sérieusement du monde, appuyé par les hochements approbateurs de Maybe Watson, d'Eman et de Vlooper, d'autres membres du groupe qui compte aussi en son sein KenLo et Mash. Il y a un an, Alaclair ensemble a lancé le disque 4,99 $, vendu à 1000 exemplaires à ce même prix, mais depuis distribué gratuitement sur le Web. L'album foisonne d'idées et de textures sonores, passant de productions presque électro à certains rythmes jazzés.

Du post-rigodon, donc. On a besoin d'aide, là, les gars. Le bavard Ogden livre sa réponse avec le talent d'un jeune politicien. «Le post-rigodon, c'est une tradition folklorique bas-canadienne qui est la rencontre du héros Robert Nelson et du révolutionnaire de Detroit James Dewitt Yancey», mieux connu comme le rappeur J Dilla. «C'est la rencontre de ces deux sphères culturelles, si on veut. C'est notre linguistique bas-canadienne, notre tradition orale, avec le joual, sur des thèmes sérieux, mais légèrement humoristiques, qui rencontre la musique américaine.» Eman, qu'on entend aussi avec Accrophone, en rajoute en disant qu'en tant que musique du peuple, le rigodon a longtemps été l'équivalent du hip-hop de nos ancêtres.

La méthode de la Bolduc

Il y a donc dans les explications des membres d'Alaclair une forte prise de position politique en faveur du Québec, ne serait-ce qu'en référence à Nelson et à sa déclaration d'indépendance du 28 février 1838. Pourtant, en écoutant 4,99 $, on n'entend pas un mot sur tout ça. Pas de revendications, ni de drapeaux, ni de tuques en fleur de lys, même que l'ensemble est plutôt badin et inoffensif.

Ogden, une casquette affichant le logo «Don't Stool» sur la tête, explique. «Mon coach d'impro me disait: "Dis-le pas, fais-le." C'est plus simple d'être le post-rigodon que d'essayer de l'expliquer et de le rationaliser, de le justifier à travers nos chansons. Si je suis un gars de Los Angeles qui fait du country, je ne vais pas parler de Los Angeles et du country, je vais parler d'une fille que j'ai rencontrée, des choses dont le country parle. Si t'écoutes la Bolduc qui énumère des noms de légumes, il se dégage de là tout un mode de vie basé sur l'agriculture, il se dégage une réalité qui est tellement bien véhiculée à travers ça. C'est bien plus efficace que si la Bolduc nous décrivait l'état de sa société.»

Des airs de punk

Lancé sans aucune attente, le projet Alaclair reçoit un accueil favorable presque partout où il passe, et le groupe a des concerts prévus jusqu'en 2012. Demain, au Festival d'été de Québec, le groupe sera au parc de la Francophonie avant Manu Militari et le Français Booba. «On se fait booker beaucoup dans des festivals où il y a des groupes rock. Et je ne sais pas si c'est dû à notre énergie de punk-rockeurs, mais c'est vraiment l'fun, dit Eman. C'est une de nos forces, de pouvoir se faire inviter n'importe où, avec n'importe qui.»

Et ça brasse sur la scène, avec eux. Même Maybe Watson dit avoir perdu du poids depuis qu'Alaclair monte régulièrement sur les planches. Mais bien évidemment, leurs performances restent très spontanées, sans grande préparation prévue. «Aux FrancoFolies, les gens nous disaient que notre mise en scène est incroyable. Mais on en avait jasé pendant 20 minutes avant le spectacle, rigole Eman. On a surtout été chanceux que tout le monde se rappelle les petits pas de danse qu'on avait prévus!»

Ils sont habituellement six à monter sur scène, mais le groupe peut vivre avec quelques joueurs en moins. «Alaclair, c'est comme un Transformer, on forme Voltron, ose Maybe Watson. C'est un robot de l'espace, il peut faire plein d'affaires, il a plein de pouvoirs, de talents. Et s'il lui manque un bras, il n'est pas handicapé pour autant, il peut quand même botter des culs.» Ayoye.

À voir en vidéo