Festival d'été de Québec - Yelle, une Française dans la jungle d'Amérique

Sur scène comme sur la pochette de son dernier album, Yelle joue la carte du safari, des motifs et des accessoires africains. Même ses deux musiciens sont costumés en chasseur typique de <br />
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Photo: Grégoire Alexandre Sur scène comme sur la pochette de son dernier album, Yelle joue la carte du safari, des motifs et des accessoires africains. Même ses deux musiciens sont costumés en chasseur typique de
la savane.

Si elle n'est pas tout à fait prophète en son pays, la Française Yelle, de son vrai nom Julie Budet, parcourt de long en large l'Amérique du Nord depuis la parution de son deuxième disque de pop-électro, Safari disco club, en mars. Ce soir, elle s'arrête au Festival d'été de Québec, où elle chantera avant Marie-Mai sur les plaines d'Abraham.

Dire que Yelle et ses deux comparses musiciens, GrandMarnier et Tepr, sont méconnus en France serait grandement exagéré. C'est tout de même là qu'est née en 2006 l'aventure de Julie Budet, avec la bombe irrévérencieuse Je veux te voir. Ce qui aurait pu n'être qu'un feu de paille s'est muté en un album, Pop-up, qui s'est écoulé à 125 000 exemplaires. Pas mal du tout dans l'absolu, mais pas non plus la fin du monde si on tient compte de la population du pays.

Pourtant, en dehors de l'Hexagone, l'électro rose bonbon très 1980 du groupe fait mouche. Le Québec a toujours accueilli chaleureusement ses chansons qui mettent en scène une femme moderne, assumée et en contrôle, qui aime draguer les garçons dans les boîtes de nuit sans perdre sa dignité. Et, depuis le lancement de Safari disco club, Yelle a joué dans pas moins de 23 villes américaines, en plus de Montréal, Québec, Toronto et Vancouver.

«Notre musique, elle plaît notamment aux Américains pour son côté très dansant, très frais, raconte Julie Budet. Pour le côté exotique aussi, du fait qu'elle est chantée en français, il y a une excentricité, ou en tout cas une originalité que les gens retrouvent dans notre musique et qui les interpellent.» Le site Internet de la chanteuse est d'ailleurs souvent écrit en anglais.

Pendant ce temps-là, donc, les choses sont moins simples en France. «On a peut-être brouillé les pistes à un moment, en faisant tout ce qui nous plaisait à fond, dit Yelle, qui a récemment tourné avec Katy Perry en Grande-Bretagne. On a certains aspects du côté populaire, on me reconnaît dans la rue par exemple, mais en même temps notre musique est beaucoup téléchargée. On n'a pas eu les chiffres de ventes de Safari disco club, mais, par rapport à la visibilité, c'est pas dingue, malgré un succès critique vraiment important. C'est un peu le cul entre deux chaises! Mais je suis contente que ça se passe bien à l'étranger, et tant pis si ça prend un petit peu plus de temps en France, c'est pas très grave.»

Un safari la nuit

Safari disco club reprend là où Pop-Up avait laissé, mais avec une plus grande cohérence sonore, une esthétique plus proche de la musique house et un propos moins adolescent. «On a grandi, nos envies ont évolué, même si on ne change pas foncièrement, explique la chanteuse d'origine bretonne. J'ai l'impression que de plus vouloir chanter que scander les textes, ça amène une forme d'apaisement. Et j'aime bien ce côté double lecture qu'il peut y avoir dans les textes écrits par GrandMarnier, et aussi le côté double écoute dans les morceaux. Il y a la possibilité de les écouter soit à la maison calmement, attentifs aux textes et aux petites choses qu'on a mises dans ces morceaux, ou alors on peut les écouter en concert ou dans une boîte de nuit, et danser tout simplement sur ces morceaux.»

Sur scène comme sur la pochette de son dernier album, Yelle joue la carte du safari, des motifs et des accessoires africains. Même ses deux musiciens sont costumés en chasseur typique de la savane. «Quand on a enregistré la pièce Safari disco club, ces trois mots accolés ensemble nous ont tout de suite beaucoup parlé au niveau des images. GrandMarnier avait en tête la scène finale du film Subway, de Luc Besson, où un groupe de musique fait un concert dans le métro et ils sont tous habillés en explorateurs comme ça. C'est aussi un peu l'aspect rythmique assez chaud qui nous a amenés à développer cette thématique-là, le côté animal aussi.»

Et ces déguisements, c'est pour mettre en évidence son personnage? «Yelle, c'est pas un personnage vraiment, mais plus ma partie extravertie qui s'exprime sur scène. Mais s'habiller, se mettre en contexte, c'est important pour se lâcher plus. Moi, quand on me demande de faire un morceau a capella, alors que je suis chez moi, je suis tétanisée. Alors que chanter sur scène devant 10 000 personnes, ça ne me cause pas de problème.»