L'entrevue - Aux origines de Nuits d'Afrique

Depuis 40 ans, Lamine Touré a beaucoup contribué à la vie culturelle québécoise.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Depuis 40 ans, Lamine Touré a beaucoup contribué à la vie culturelle québécoise.

Au départ, il venait en simple touriste. C'était en 1974. Lamine Touré n'a pas quitté le Québec depuis. À Montréal, il a fondé le Club Balattou, une boîte de nuit où on danse sur des airs de musique du monde. Puis de là est né le Festival international Nuits d'Afrique, dont la 25e édition prend son envol demain et se poursuivra jusqu'au 24 juillet.

Dans sa jeunesse, établi à Paris, Lamine Touré voyageait beaucoup. «J'avais parcouru toute l'Europe et un ami m'a dit un jour: "Tu n'as jamais pensé à l'Amérique?"» Il a donc décidé de venir au Québec.

C'est la ville de Chicoutimi que le Guinéen d'origine a d'abord choisie pour destination, là où se trouvaient des amis qu'il avait connus en Europe et tirés d'ennui. «Ils avaient tout perdu, leurs bagages, leurs passeports, tout», raconte-t-il. Mais Touré comprenait mal ce que disaient ces touristes chicoutimiens: «Ils m'ont expliqué qu'ils provenaient du Québec. Mais une île de mon pays natal s'appelle Kabak, alors j'ai d'abord pensé qu'ils se foutaient de ma gueule!»

Voulant découvrir l'Amérique francophone, il avait enfin répondu à l'invitation de ses amis québécois. Un choc pour lui, Chicoutimi? «Non. Le froid et la neige, j'avais déjà connu en Union soviétique.» Mais le voyage durera plus longtemps que prévu: près de 40 ans maintenant! Depuis son arrivée, Petit Touré, comme tout le monde l'appelle, a beaucoup contribué à la vie culturelle québécoise.

Le Café créole


Il a d'abord fondé le Café créole, un lieu d'accueil informel pour les immigrants, puis ouvert le Club Balattou, une boîte de nuit du boulevard Saint-Laurent à Montréal, très connue des communautés africaines dans le monde. Puis il a créé le Festival international Nuits d'Afrique, qui célèbre ses 25 ans cette année.

Mais pourquoi ce globe-trotter a-t-il décidé de rester au Québec? «C'est par hasard», explique-t-il. À Montréal, la veille de son vol de retour, il s'assoit dans un café: «La Casa Pedro, où se réunissaient les immigrants parce que c'était le seul endroit où on trouvait du café espresso!», se rappelle-t-il. Il aperçoit alors par la fenêtre un ami d'enfance dont il a perdu la trace depuis longtemps. «Je savais qu'il était en Amérique, sans plus.» Touré sort et l'invite à prendre un café.

Et son ami ne l'a pas laissé repartir. «Depuis qu'il était ici, il n'avait jamais parlé sa langue. Avec moi, c'était la première fois qu'il pouvait le faire. Il se sentait isolé. Et il pleurait!» Ainsi, il a convaincu Touré de rester. C'est peut-être là aussi qu'a germé l'idée du Café créole.

Fondé par Lamine Touré alors que Montréal comptait une petite communauté noire, le Café créole a été le premier lieu de rencontre des immigrants africains. «À une certaine époque, c'étaient les taximans eux-mêmes qui les envoyaient là. De l'aéroport, quand ils voyaient un Africain qui ne connaissait personne, hop!, ils le déposaient chez nous. Avec ses valises...»

Au Café créole, les nouveaux arrivants étaient bien accueillis. On les aidait à régler leurs papiers d'immigration, et parfois ils étaient même logés et nourris. «L'étranger, il est aveugle. Pas parce qu'il est con, mais il lui faut du soutien. Du moment qu'on lui réserve un bon accueil, l'étranger se sent à l'aise. Autrement, son esprit se ferme automatiquement. Et quand il ne sait pas quoi faire, il panique.»

Mais le Café créole n'a pas duré. Problèmes de rentabilité. «On avait habitué les gens à considérer l'endroit comme une centre culturel: dès qu'une personne se pointait là, argent ou pas, elle était servie.» Quand le loyer a augmenté, toutefois, c'est devenu difficile: «On ne voulait pas devoir dire aux gens: tu veux une bière, un verre d'eau, alors il faut l'acheter.» Lamine Touré a finalement décidé de fermer boutique.

Le Club Balattou

C'est le public qui en a redemandé. Au début, pas question pour Touré de replonger. Puis il a craqué et a choisi d'ouvrir une boîte de nuit. Le Club Balattou, c'est un peu comme le Café créole: les gens y retrouvent la chaleur et la convivialité caractéristiques des cultures africaines. C'est moins communautaire, mais l'esprit a été préservé. «Le Balattou, c'est à la fois culturel et commercial, explique-t-il. Avant de pouvoir accueillir du monde, il faut d'abord qu'il y ait des gens sensibilisés aux besoins des autres.»

Le Festival international Nuits d'Afrique a été créé deux ans après le Club Balattou. Touré se souvient du jour où il en a eu l'idée. «J'étais assis devant le Balattou et deux enfants métis sont passés. En me voyant, ils ont lancé à leur mère: "C'est papa!" Je me suis dit: c'est pas possible.» Pour Touré, si ces enfants disaient cela, c'est qu'ils ne connaissaient pas vraiment leurs origines. Il a voulu qu'ils puissent être en contact avec leur propre culture.

Lamine Touré a lui-même investi pour créer le festival: «Je l'ai fait pour tout le monde... Moi, je peux aller danser au Balattou, mais les enfants, non. Et ce ne sont pas tous ces gens qui ont la possibilité d'acheter un billet d'avion pour l'Afrique. Maintenant, l'Afrique est à Montréal, voilà la meilleure chose.»

À sept, ils ont monté la première édition du Festival international Nuits d'Afrique, il y a de cela 25 ans. «Ç'a marché tout de suite», affirme Petit Touré. Et ça marche encore fort aujourd'hui. Pour la première fois cette année, l'événement aura lieu au parterre du Quartier des spectacles, place des Festivals.
2 commentaires
  • Claude L - Inscrit 11 juillet 2011 07 h 59

    Belle culture que celle de l'Afrique

    La musique est très riche

  • Marjolaine258 - Inscrite 11 juillet 2011 08 h 43

    Enrichissement

    Cette belle culture africaine nous enrichit tous.