L'Enfant-porte au Festival d'été de Québec - Le pouvoir des mots des marmots

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Photo: Renaud Philippe Francis Cabrel a expliqué aux médias québécois  son projet L’Enfant-porte, hier à Québec.

Québec — L'horaire est chargé pour Francis Cabrel en ce début du Festival d'été de Québec (FEQ). Après être monté sur scène jeudi soir pour le concert Paris-Québec sous les étoiles, où il a été décoré du prix Miroir de la renommée, l'auteur de Petite Marie présente aussi un disque-spectacle destiné à la marmaille, intitulé L'Enfant-porte.

«On est heureux dans nos p'tites têtes / on dort, on travaille, on achète.» Voilà la situation de départ de l'histoire de ces chansons, qui n'ont pas été créées par Cabrel, mais dont il est le producteur et l'un des musiciens. Né lors des Rencontres d'Astaffort, organisées par l'organisme Voix-Sud dont Cabrel est le fondateur, L'Enfant-porte était d'abord un projet éphémère. Une quinzaine d'auteurs-compositeurs étaient simplement réunis pour créer et réseauter, mais le produit final a touché le chanteur, qui a décidé de pérenniser le travail accompli.

C'est donc sous forme de disque que le projet a d'abord vécu — il est disponible au Québec — puis s'est transposé sur scène. Musicalement, c'est à travers des chansons aux accents un brin forains que se déroule l'histoire, qui est doublée d'une narration.

L'Enfant-porte raconte l'histoire du petit Mute, qui vit au pays des Feuns. La population est contrôlée par un couple d'épiciers, les Luh, «qui jettent tout ce qui est culturel dans une énorme déchetterie», raconte Cabrel. Parce que, pour ces marchands, moins on en sait, mieux c'est, et plus on achète. Mute, lui, est un rebelle dans le lot, préférant jouer avec des cailloux, chanter avec les oiseaux. «Les Luh ont fermé les écoles, ils ont viré l'instituteur, ils ont fermé les musées, raconte Sylvain Reverte, qui incarne Mute. Leur seul loisir est donc tout simplement et bêtement de consommer à longueur de journée. Et justement, dans ce fonctionnement, le petit enfant que j'incarne ne veut pas rentrer dans ce système-là.»

Et la porte, là-dedans? C'est celle que chaque enfant a dans le dos et où se cachent les mots ensevelis, les jeux interdits, les cerfs-volants, etc. «On peut transposer ça sur un mode politique. [...] Je trouve important qu'il y ait deux lectures, une pour les parents, l'autre pour les enfants, dit Francis Cabrel. La résistance à l'aliénation, à la surconsommation, à l'abrutissement des masses, c'est un combat que j'ai depuis que j'ai 16 ans, quand j'étais maoïste!»

Les trois spectacles au FEQ seront parmi les derniers où Cabrel jouera sur scène. «Il faut aussi que je m'occupe de composer mes propres chansons! Mais, pour les grandes occasions, je reviendrai jouer avec eux.» Cabrel a-t-il déjà des idées en tête? «Pour l'instant, il y a euh... ben rien du tout! Mais ça ne me stresse pas. Ça fait longtemps que je n'ai pas fait une vraie chanson d'amour. Il me faudrait une Petite Marie 2012, parce que je la chante toujours, Petite Marie, que j'ai écrite en 1975.»