Jongler avec la croissance - Le Festival d'été de Québec apprend à gérer son succès et pense déjà à l'avenir

Environ 328 000 personnes différentes visitent le site du FEQ.<br />
Photo: Source Festival d’été de Québec Environ 328 000 personnes différentes visitent le site du FEQ.

C'est ce soir que la 44e édition du Festival d'été de Québec (FEQ) prend officiellement son envol. Réparti principalement entre trois scènes extérieures et quatre salles de la capitale, le festival met à l'affiche des artistes de tout acabit et de toutes origines, de Malajube à Metallica, en passant par Elton John et Baloji. Le Devoir sera sur le terrain jusqu'au 17 juillet pour capter l'essentiel de cet événement qui prend du galon d'année en année.

Au Festival d'été de Québec, l'époque où l'on trouvait son macaron laissez-passer les yeux fermés et pour le prix de deux ou trois vinyles usagés est bel et bien révolue. Depuis une dizaine d'années, le festival musical de la capitale nationale a perdu en spontanéité, mais a aussi certainement gagné en volume et en crédibilité.

Si on peut juger de cette mutation tranquille du FEQ par sa programmation musicale des dernières années, un simple coup d'oeil à la billetterie montre aussi le chemin parcouru. Pour cette présente édition, les 150 000 laissez-passer — coûtant 5 $ de plus qu'en 2010 et prenant désormais la forme de bracelets à puce — se sont écoulés en quelques jours à peine, le système informatique ayant même eu maille à partir avec les robots automatisés de revendeurs.

Même qu'il y a une dizaine de jours, le FEQ annonçait que pour des raisons de sécurité, les enfants de moins de 12 ans ne seront pas admis au concert de Metallica, le 16 juillet. Ils devront voir le spectacle sur des écrans, derrière la scène.

Est-ce la rançon de la gloire pour le festival? Son directeur général, Daniel Gélinas, n'y voit que de beaux problèmes. «On y a rêvé depuis longtemps, on y est maintenant. Moi, la vision que j'avais en 2002 quand je suis entré en poste, c'était d'arriver avec un événement que la population s'approprie complètement.»

Daniel Gélinas fait le calcul pour nous. Comme les laissez-passer peuvent se transférer d'une personne à l'autre, environ 328 000 personnes différentes visitent le site du FEQ. «Quand j'enlève les touristes, il reste environ 200 000 personnes de la région qui assistent au festival. Ça, c'est presque une personne de Québec sur trois! Et ça, pour nous autres, c'est un élément de fierté vraiment très fort. Les gens ont adopté leur événement, tous âges confondus.»

D'abord, vendre vite

Le directeur général du festival admet que dans le cas des grands spectacles sur les plaines d'Abraham ou au parc de la Francophonie, il faut prévoir sa sortie. Déjà, les billets d'un jour (30 $) ne donnent pas accès au spectacle de Metallica et d'Elton John. Mais la vente massive et rapide des entrées est une stratégie voulue par la direction. «Ça continue d'être l'objectif, de vendre dans une période assez courte pour qu'on puisse garantir les revenus et pouvoir offrir le maximum de programmation intéressante au public», précise M. Gélinas, qui a récemment piloté les Fêtes du 400e de Québec.

Peu inquiet de possibles compressions budgétaires gouvernementales — le financement public du festival représente environ 17 % des 22 millions du budget total —, Daniel Gélinas pense que le festival peut continuer à grossir, entre autres grâce à des réaménagements du vaste site. «Il y a une tendance mondiale depuis quelques années qui fait que les grands événements musicaux comme Bonnaroo, ou Sasquatch!, qui ont de grandes têtes d'affiche et qui aussi ajoutent à ça beaucoup de musiques de toutes provenances, connaissent du succès, analyse M. Gélinas. Il y a un transfert de l'achat de billets en aréna vers les événements où les gens peuvent faire le plein de vedettes, de nouvelles musiques émergentes, de musique du monde. On est dans cette mouvance-là.»

Les francophones

Faire le plein de vedettes à Québec, donc. Et il y en a en tout genre. Ben Harper, Elton John, The Black Keys, Simple Plan, Joe Satriani, John Fogerty seront sur les plaines d'Abraham. Quatre grands spectacles sur onze seront chantés dans la langue de Miron: Paris-Québec sous les étoiles (ce soir 7 juillet), Yelle et Marie-Mai (12 juillet), Michel Pagliaro et Éric Lapointe (13 juillet) ainsi que Les Charbonniers de l'Enfer et Jean-Pierre Ferland (15 juillet).

Si plusieurs amateurs de musique francophone estiment que quatre sur onze, c'est bien peu, Daniel Gélinas rejette encore une fois les critiques. «Je pense qu'il y a eu une distorsion dans l'esprit des gens, qui croyaient que le FEQ avait la responsabilité, le fardeau, de présenter de la musique francophone. Je n'ai jamais compris pourquoi ça nous est tombé sur les épaules, alors que ça n'arrive pas au Festival de jazz. On est le Festival d'été de Québec. C'est vrai que durant toutes les années 1990, ce qui remplissait les terrains, c'était les artistes québécois, les Kevin Parent, les Éric Lapointe. C'est pour ça qu'ils étaient plus nombreux au FEQ, parce que c'était ça que les gens voulaient beaucoup. Les choses ont changé depuis les années 2000 avec la mondialisation. Il y a eu une ouverture sur le monde, la popularité de grands groupes a explosé.»

Rendons à César ce qui appartient à César, les scènes secondaires et les salles accueilleront pas mal de groupes de la francophonie. Alex Nevsky, Grand Corps malade, Stefie Shock, Gatineau, Florence K, Douze hommes rapaillés, Jimmy Hunt, Gaëtan Roussel, Karkwa, Malajube, Ours... «74 % de tous nos contenus sont francophones», conclut le directeur général, qui dit être un amateur de musique symphonique et de rock progressif.

Le Web et les médias

Après avoir atteint, voire devancé ses objectifs de croissance, le Festival d'été de Québec va tabler sur ce que M. Gélinas nomme la «consolidation». «Là, il faut fidéliser la clientèle et continuer à faire en sorte qu'elle nous adopte sur une longue période. On a commencé grâce à la vente sur le Web et aussi en les informant sur notre page Facebook. Ça, c'est un succès faramineux, on a 40 000 adeptes, on est au-dessus de tout le monde, le Festival de jazz n'en a que 20 000.»

L'autre objectif du FEQ: se faire voir dans les médias nationaux. «Encore cette année, il y avait l'émission de Pénélope McQuade qui diffusait l'ouverture du spectacle du soir des FrancoFolies sur le réseau national. Alors que nous, au FEQ, on a le plus gros événement musical extérieur au Canada, mais on ne sera jamais sur une opération nationale, dit M. Gélinas. On n'est pas fâché contre ça, parce qu'on fait nos affaires nous-mêmes, mais ce bout-là, il faut travailler fort pour l'obtenir.»
5 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 7 juillet 2011 05 h 55

    Et dire qu'un jour, il y a de cela des lunes, j'ai lu ...

    ...«Small is beautiful» (Cf. E.F. Schumaker - 1989 -286 pages) ! Force est d'admettre que nous sommes à l'ère des grandeurs. Particulier que ce comportement humain avec cette recherche de plus gros, de plus étendue où une foule de «bibittes à deux pattes», que nous sommes nous êtres humains manifestons cette inqualifiable soif de défoncer toutes limites.
    Puisque c'est ainsi, Monsieur Gélinas que je soupçonne appuyé par une équipe de gens dédiés, attentionnés, généreux de leur personne...bref, TOUT ce beau monde, mérite une nourrissante admiration de notre part.
    Le FEQ est sans aucun doute un possible et disponible rendez-vous avec la Beauté. Celle-ci sous les formes et contenus satisfaisant nombre de cultures musicales différentes. Plus est, le FEQ se veut aussi rencontre avec le $$$ et une possible valse de millions. Le vedettariat a toujours UN prix et l'orgueil, parfois, s'y immisce de façon si subtile...je souris lorsque je lis :«...on est au-dessus de tout le monde...»
    Puisse Dame Nature contribuer à ce «Big is beautiful» ! Un «beautiful» nourrissant pour le coeur, pour l'esprit voire pour lâme de celles et ceux qui y assisteront.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Michel Laurence - Inscrit 7 juillet 2011 07 h 13

    Daniel Gélinas doit s'assumer sans nous insulter

    Daniel Gélinas, directeur général du FEQ, vient encore de faire la preuve de son étroitesse d’esprit et du fait qu’il est atteint du complexe du colonisé, comme son maire, Régis premier.

    Voici ce qu’il a déclaré au Devoir : « C'est vrai que durant toutes les années 1990, ce qui remplissait les terrains, c'était les artistes québécois, les Kevin Parent, les Eric Lapointe. C'est pour ça qu'ils étaient plus nombreux au FEQ, parce que c'était ça que les gens voulaient beaucoup. Les choses ont changé depuis les années 2000 avec la mondialisation. Il y a eu une ouverture sur le monde, la popularité de grands groupes a explosé.»

    Quel imbécile !

    Les choses ont changé depuis les années 2 000 ? Presley, les Beatles, U2, Prince, Michael Jackson, les Platters, etc. datent de bien avant 2 000. N’importer quoi pour justifier le point de vue du Québécois qui s’écrase sous prétexte d’ouverture sur le monde, comme si les deux, l’amour de la culture québécoise et l’ouverture sur le monde, étaient impossibles à vivre concurremment.

    Je n’en reviens pas à quel point les « pas de couilles » du Québec peuvent pérorer pour justifier l’injustifiable.

    La vérité ? C’est que Daniel Gélinas est là pour faire de l’argent ce qui, en soit, est tout à fait louable. Mais alors, les subventions et l’argent public sont de trop.

    Qu’il l’admette et qu’il cesse de nous dire quand on aime la culture et les artistes québécois nous faisons preuve de fermeture sur le monde.

    Bref qu'il s'assume sans nous insulter.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 7 juillet 2011 07 h 39

    L'un des plus beaux au monde

    Si le FEQ n'est pas le plus gros festival au monde, c'est sans doute le plus beau, le plus agréable, le plus accessible, le plus diversifié, le plus sécuritaire.

    Lorsqu'il fait beau, lorsqu'on est 100,000 personnes sur les Plaines (on nous a pris pour des imbéciles la semaine passée en nous faisant accroire qu'on pouvait mettre 300,000 personnes sur la colline parlementaire à Ottawa pour voir Kate et William), lorsque les macarons brillent de toutes leurs couleurs sous un ciel étoilé, c'est le plus près sans doute qu'on peut être du paradis.

    Bon festival dans la ville boréale, bijou des trois Amériques

  • Claude Kamps - Inscrit 7 juillet 2011 13 h 52

    Et voila comment officialiser l'anglisisation de Québec

    On offre des subventions pour des artistes importés anglais et on pousse à la rue nos artistes francophones qui pour faire carrière aurait bien besoin de ces plaines devenue «anglophones»...

    Depuis la conquête on célébrait en français à Québec, mais Labaume le vendeur de charme en a décidé autrement... En fait, c'est le fief des extrémistes «red necks» du Québec...

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 7 juillet 2011 15 h 21

    Ce soir

    y'a Charlebois, Louise Forestier, Nicoleta, Coeur de pirate et Cabrel sur la même scène! Bonjour l'anglicisation.

    Quant aux subventions gouvernementales, c'est à peine 18% du budget total.