La musique jusqu'à l'excès

Paco de Lucía<br />
Photo: Jean-François Leblanc - Le Devoir Paco de Lucía

C'était presque trop: tant de moments de cadences démoniaques, de douces rêveries, de voyages imaginaires et de contrastes déconcertants. En voici quelques-uns:

Le moment du sacré conteur: Hugh Masekela. Il joue la trame de la vie en chantant, cabotine sur des paroles de sage, lâche ses petits cris, se décrit comme un Louisianais déporté par les grandes vagues et offre un formidable clin d'oeil pour l'humanité.

Le moment de l'état de grâce: Paco de Lucía. Le maestro de l'introspection, des contrastes, des raclements subits et des palos de la déchirure profonde, accompagnait aussi la douceur éraillée, l'harmonica aérien et le martèlement du corps qui exulte. C'était grand!

Le moment des enfants cartons: GRUBB. Ils ont fait vibrer la fibre de l'appartenance, la subversion urbaine, le hip-hop dans la fanfare heavy métal du théâtre populaire, la fête du quartier Rom jusque dans la rue. La dignité humaine porte un nouveau nom: GRUBB.

Le moment des imaginaires nomades: The Astounding Eyes of Rita d'Anouar Brahem. Les yeux grands ouverts à la poésie sans mots, il faisait jaillir la lumière et transmettait l'écho de l'immensité du silence en trio sans le percussionniste annoncé. Une musique de lenteur avec les micros tons pour l'ailleurs et le groove délicat. Une beauté immense!

Le moment de la grande classe: Ana Moura. Elle a fait vivre le coup de tonnerre et la caresse dans la même phrase, la respiration entre les notes de ses dérives, mais aussi les nuances porteuses et les fados de joie presque sautillants.

Le moment du Nouveau Monde en deux temps: Roberto Lopez Project et Novalima. Roberto, gonflé à l'afro latino rapero, se plongeait dans les racines champêtres sans piano, l'âme projetée vers le futur panaméricain, alors que Novalima faisait exploser le rythme et la machine.

Le moment de se rappeler la vérité sacrée de Sing the Truth, la voix majestueusement céleste de Milton Nascimento, la finesse visionnaire de Caroline Planté, les tripes sur la table de Freshlyground, la gouaille rutilante de Marco Calliari, les pulsations terreuses du groupe Doueh, la planète miniaturisée du Small World Project, le feu roulant de la salsa Fania de la Excelencia et la puissante décharge afrobeat d'Afrodizz.

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Collaborateur du Devoir