Marianne Faithfull au théâtre Maisonneuve - Elle risque tout, encore

La voix magnifiquement brisée, le corps meurtri, mais le sourire large, Marianne Faithfull aura survécu à tout, même au trac fou d’hier à la PdA. <br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La voix magnifiquement brisée, le corps meurtri, mais le sourire large, Marianne Faithfull aura survécu à tout, même au trac fou d’hier à la PdA.

C'était tout elle en un cliché rock'n'roll. «When in doubt, do something reckless...», a lancé Marianne Faithfull comme on se lance dans une piscine vide. À la fin des années 1960, ça voulait dire accro à l'héro, et advienne que pourra pour la «sister morphine». En 2011 à Maisonneuve, ça veut dire se présenter sur scène avec une thrombose dans la jambe, et rester debout presque tout le temps, contre le plus élémentaire bon sens. Ça veut dire affronter une attaque de panique qui la traquait depuis la veille et qui, à l'arrivée sur scène, la pétrifiait.

Sacrée Marianne! Transparente Marianne, qui nous prenait à témoin de sa mi-soixantaine pas malheureuse, mais pas facile non plus. Immobile Marianne qui lisait ses textes, dans un cartable ouvert sur un lutrin. Magnétique Marianne, dont on ne pouvait détourner le regard, fantôme de la jeune fille en fleurs qu'elle était,

survivante à la voix magnifiquement brisée, noire comme le fonds d'un puits quand elle ne souriait pas, lumineuse quand son sourire lippu lui fendait si largement le visage.

Elle aime ses chansons, cette Marianne telle quelle, et le disait sans ambages. Collaborateurs admirés («the tall and handsome Nick Drake»), héros célébrés («I love Merle Haggard!»), tout était partagé. Chaque chanson comptait, investie des désirs de toute une vie, autant les très autobiographiques siennes (Prussian Blue, Horses And High Heels) que les reprises d'autrui (Byrds, Lennon, Decemberists, Tom Waits). Avec la même affection, elle a revisité As Tears Go By, Sister Morphine et Broken English, balises de la grande aventure de ses années 1960 et 1970. À la fin, elle avait tout fait: assise, elle était contente. Vraiment. Ça ressemblait à une victoire de plus contre le sort.
1 commentaire
  • Stephen Atchison - Inscrit 5 juillet 2011 12 h 04

    Petite correction

    Je crois qu'il s'agissait plutôt de Nick Cave, et non pas de Nick Drake. La chanson The Crane Wife 3 a été coécrit par Nick Cave.