Don McLean et America à la PdA - Pointes de tarte

Mettons, pour démonstration, que le spectacle d'hier soir, programme double all-american qui jumelait Don American Pie McLean et le duo America à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, serait une tarte. Je ne cherche pas loin l'image: c'est à cause de la chanson-porte-étendard-seul-et-unique-succès du gars en première partie: American Pie. Eh bien, dans ma savante analogie, le duo America a servi la part généreuse de la tarte, et McLean la part congrue. Une petite pointe de rien du tout.

A priori, McLean et America ont chacun livré leur spectacle habituel. Ces vétérans-là, ça roule à longueur d'année sur le circuit de la nostalgie, ils vont partout où le «price is right», dans les casinos, les soirées corporatives. Si le chéquier est conséquent, McLean ira même vous entonner «bye bye Miss American Pie...» à la réception de mariage.

La routine, quoi. Sauf que la routine de l'un n'est pas la routine des autres. Pour McLean, la routine est une chose bien chiche. Une croute de restant d'étalage, réchauffée au micro-ondes. Des miettes. Jusque dans sa façon de chanter, ce type-là s'économise: j'en témoigne, il abrège ses notes. Don a du coffre, mais n'ouvre la machine qu'un instant ici, un instant là. Don reprend du Buddy Holly & The Crickets, mais ne nomme aucune chanson, ni l'artiste: chouette idée, dans la thématique American Pie, de commencer par Well All Right, Crying, Waiting, Hoping et Peggy Sue Got Married, mais les chansons de feu Buddy ne sont plus universellement reconnaissables. Faut mettre en contexte. Tant pis. Don McLean ne doit même pas s'apercevoir qu'il expédie tout, paresse intégrée. À un autre moment, il chante (mal, très mal) la merveilleuse Crying du tout aussi regretté Roy Orbison. Encore l'anonymat.

Encore heureux qu'il la chante, l'American Pie: le pingre va jusqu'à omettre Vincent, la seule autre chanson un peu connue du fameux album de 1971. Remarquez, c'est peut-être par charité chrétienne: le gars est très porté sur les références religieuses. Il ne nous aura pas épargné une mouture moche d'And I Love You So, l'autre grande chanson de sa vie, qui lui rapporte une petite fortune en droits d'auteur (ce qu'il ne manquera pas de préciser). Désagréable expérience? De quoi haïr une chanson bien-aimée.

Les gars d'America, Dewey Bunnell et Gerry Beckley, avaient la routine consciencieuse, eux. Tous les succès y étaient — Tin Man, Ventura Highway, la beegeesienne I Need You, la georgeharrisonienne Sister Golden Hair et la beatlesque Lonely People —, et toutes étaient impeccablement rendues, harmonies entrelacées avec la même finesse que sur les disques, arrangements sans faille, y compris l'incontournable A Horse With No Name. «Comment arrivez-vous à jouer les mêmes chansons de la même façon soir après soir?», a ironisé Beckley, répétant la question d'office de toutes les interviews. Eh bien, en leur faisant honneur.

Eux aussi ont émaillé leur spectacle de reprises: du Joni Mitchell (Woodstock), Fountains Of Wayne (A Road Song), Buffalo Springfield (splendide On The Way Home), Mamas & Papas (California Dreamin'). À la différence de McLean, les chansons étaient nommées, les artistes célébrés. Total contraste. Autant se sentait-on complices de ces chouettes gars qui se connus sur une base militaine américaine en Europe (ils ont pris le temps de raconter), autant McLean nous ignorait: nous n'avons jamais été que la garniture de sa tarte.
1 commentaire
  • Michel Lapointe - Abonné 7 juillet 2011 09 h 50

    un autre Don Mclean ...

    Bonjour Sylvain,
    La prestation de Don Mclean que tu décris dans ton article est très loin du spectacle que j,ai eu la chance de voir à Rouyn lors du Festival des Guitares du MOnde. Un show de près de 2 heures bourré de petits commentaires et de présentations de certains morceaux. Un mélange de classiques et de ses succès bien fait et très elax. J'avais d'ailleurs noté sur Facebook que le medley "crossroads" et "Vincent" m'avais tiré les larmes des yeux ... Dommage pour vous.

    La prochaine fois, fais le voyage jusqu'à Rouyn! tu pourrais etre surpris.