Festival international de jazz de Montréal - Monsieur Brahem

Anouar Brahem (à gauche), le grand oudiste, se produisait samedi avec François Couturier (piano) et Jean-Louis Matinier (accordéon).<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Ousama Ayoub Anouar Brahem (à gauche), le grand oudiste, se produisait samedi avec François Couturier (piano) et Jean-Louis Matinier (accordéon).

Quelques mois avant son décès, la chanteuse Lhasa de Sela nous avait confié que sa définition de la beauté en musique avait un nom: Anouar Brahem.

Le regard embué, elle avait évoqué un concert de Brahem au FIJM en 2007. «Il a pincé une corde et on a senti une vague de sérénité et d'émotion traverser la salle. J'ai vu des gens pleurer plus tard... Pas parce que c'était triste, mais parce que ça nous touchait au coeur.»

On a beaucoup pensé à Lhasa vendredi et samedi soir, alors qu'Anouar Brahem présentait ses projets Le Voyage de Sahar et The Astounding Eyes of Rita. Parce que oui, cette musique est empreinte de sérénité, de beauté et d'une forme de tristesse heureuse qui procure un apaisement assez intégral merci.

Vendredi, le grand oudiste se produisait donc avec François Couturier (piano) et Jean-Louis Matinier (accordéon). Bon choix de salle que le Gesù pour ce trio qui cultive la délicatesse et l'art de la suggestion. Ce fut d'une douceur... tout à l'image de l'album honoré ce soir-là, dans la lignée aussi du Pas du chat noir, réalisé avec la même équipe. Mots d'ordre: élégance mélodique, richesse harmonique et subtilité du discours. Peu d'improvisations et d'envolées, plutôt une musique interprétée dans les mêmes formes qu'à sa création. Pas surprenant, mais exquis.

Samedi, Brahem a aussi décliné la musique d'Astounding Eyes of Rita sans trop sortir de la partition. On ne saurait lui en tenir rigueur: cet album tient du chef-d'oeuvre. C'est un poème, envoûtant, sombre et lumineux, une musique mélodiquement très puissante et portée par une rythmique plus soutenue qu'à l'habitude chez Brahem.

Le public était d'ailleurs un peu déçu de constater que le quartet annoncé était amputé du percussionniste, qui n'a pu faire le voyage. Toutefois, Brahem, Klaus Gesing (clarinette basse) et Björn Meyer (bassiste) ont rapidement fait oublier l'absence de leur collègue, Meyer se chargeant notamment de procurer l'assise rythmique délicate, mais soutenue de la musique.

On ne va pas voir Anouar Brahem pour être renversé par ses prouesses techniques. L'homme connaît ses limites, et favorise aux élans passionnés la retenue d'une ligne parfaitement composée. Sur scène, Brahem ne bouge pas, ne parle pas, il n'entre pas en transe. Économie d'effets, économie de notes. Mais quelle profondeur! Beauté pure. Et salut, Lhasa.