Festival Orford - Le mieux, ennemi du bien

Deux concerts de configurations très différentes n'étaient pas de trop pour jauger la nouvelle acoustique de la salle Gilles-Lefebvre du Centre d'arts Orford.

Le Centre d'arts a fait réaliser de vastes travaux de mise à niveau des infrastructures, à hauteur de huit millions de dollars. Ces travaux concernent les bâtiments, mais aussi la salle de concert, dans laquelle scène, plafonds, sièges et aération ont été refaits.

Ministres, ex-ministres et dignitaires se pressaient vendredi pour le concert d'ouverture marquant les 60 ans du Centre d'arts, l'ouverture du Festival 2011 et l'inauguration de cette nouvelle salle Gilles-Lefebvre. Ils étaient bien moins nombreux après la pause. Lourdeur du programme, longueur des discours, saturation sonore ou relents de peinture fraîche?

On ne s'aventurera pas à donner une raison unique à cette «fuite d'huiles», mais, assurément, reprendre en l'état le concert donné par André Laplante au Ladies' Morning le 1er mai n'était pas une idée très festive. Il y a d'excellents programmes pas forcément adéquats avec des ouvertures de festivals et des inaugurations de salles.

La maîtrise musicale et formelle de Laplante, son intégrité esthétique et digitale sont aujourd'hui exceptionnelles, que ce soit dans Haydn, Ravel ou Liszt. La puissance de son jeu aussi. Le problème, qui plus est dans une salle aussi sonore, est désormais celui des geignements et autres chantonnements émis par le pianiste. Ils parasitent énormément la musique. Surtout dans une telle salle, en récital, André Laplante n'invite pas les auditeurs à rejoindre son univers et porte atteinte à la quiétude du leur.

Si, au terme du récital, on pouvait se dire que l'on en avait eu plein les oreilles, la chose était attribuable au son de Laplante comme à la nouvelle salle, nettement améliorée sur le plan du confort et de la climatisation, mais pas forcément sur celui de l'acoustique. Le concert d'instruments à vent de samedi allait nous fixer sur la part de la nouvelle acoustique, et le verdict est sans équivoque: il va falloir faire des changements pour aérer le son, lui enlever de la sécheresse et du volume. Ce n'est pas le Sextuor de Poulenc et ses fines oppositions de climats que l'on a entendus: c'est un pilonnage sonore.

Je commence à craindre un phénomène de mode: la réalisation de salles «hyper-acoustiques», comme si l'on concevait désormais des auditoriums pour sourds et malentendants. Le défaut guette le Palais Montcalm de Québec et plombe carrément la salle du Conservatoire de Montréal et celle des Jeunesses musicales. Espérons que la salle d'Orford est adaptable: enlever deux panneaux de réflexion au-dessus de la scène et reculer les musiciens ferait déjà pas mal de bien.

Pour ce qui est du groupe «all stars» de vents, hors Sextuor de Poulenc, le concert, animé par le basson de Stéphane Lévesque et le cor de James Sommerville, fut excellent. Mais je n'ose imaginer les contorsions instrumentales nécessaires pour faire passer un pianissimo dans cette salle. Le hautboïste, en tout cas, n'a pas trouvé la recette!

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Christophe Huss était l'invité du Festival Orford et du Spa Eastman.

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Récital André Laplante (piano)

Haydn: Sonate pour piano Hob. XVI: 52. Ravel: Oiseaux tristes, La Vallée des cloches, Sonatine. Liszt: 2e Année de pèlerinage: L'Italie. Salle Gilles-Lefebvre, vendredi 1er juillet.

«Voyage en France»

Poulenc: Sextuor pour vents et piano, Trio pour piano, hautbois et basson. D'Indy: Chanson et Danses op. 50. Gounod: Petite Symphonie. Robert Langevin (flûte), James Mason (hautbois), James Campbell (clarinette), Stéphane Lévesque (basson), James Sommerville (cor) et Maneli Pirzadeh (piano). Salle Gilles-Lefebvre, samedi 2 juillet.
1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 4 juillet 2011 08 h 05

    «Fuite d'huiles»

    «Fuites d'huiles»; mon cher Huss, je rirai ce jeu de mots pendant une semaine minimum!