Concerts populaires - Marc Hervieux: crooner au radar

Marc Hervieux et son complice Stéphane Laforest ouvraient la série des Concerts populaires de Montréal, jeudi, avec une «soirée ballroom» dans un centre Pierre-Charbonneau quasiment comble. L'affiche avait mis en avant les noms d'Irving Berlin et de Cole Porter. Mais ils n'étaient présents au programme qu'avec une chanson chacun. Ce qui comptait, c'était l'ambiance générale très années 1940, avec quelques échappées plus récentes, dont J't'aime comme un fou de Plamondon et Charlebois. Les Concerts populaires renoueront avec le classique la semaine prochaine.

Marc Hervieux est à présent intronisé par sa biographie comme «l'un des artistes principaux du Metropolitan Opera de New York» entre 2006 et 2010. Certes notre ténor y oeuvre comme doublure, ou triplure, de ténors vedettes, mais il n'a — à ma connaissance — jamais foulé la scène pour une représentation! On ne peut que conseiller aux artistes de donner leur imprimatur aux biographies. Si Hervieux a laissé consciemment passer cela — ce qui ne lui ressemblerait pas —, c'est grave.

En tout cas, de l'aplomb il en a sur scène et ce sont ses talents d'animateur qu'on retient en tout premier de la soirée. Au micro, le chanteur fait le lien entre les numéros avec naturel, décontraction et humour. Pour le reste, on sent bien sa volonté de toucher à tout et, surtout, de trouver des débouchés hors du classique où sa carrière internationale ne décolle décidément pas. Après Nelligan à l'Atelier d'opéra, en 2010, j'avais écrit que Marc Hervieux devrait «choisir assez vite s'il veut être le Placido Domingo québécois ou un simili Serge Lama». J'imagine qu'il pense pouvoir mener tout de front. Mais avec quelle autocritique, quel garde-fou et à quel niveau?

Le tour de passe-passe entre les répertoires est possible, mais il requiert un choix opéré avec un discernement extrême. Ce n'est pas le cas. Le disque Après nous l'a prouvé. La «soirée ballroom» l'a confirmé. Admirablement efficace dans les romances Unforgettable et Moon Dance, le cha-cha Sway ou My Way, Marc Hervieux en poussant une voix de ténor travaillée passe totalement à côté du côté crooner de Cheek to Cheek et Ces mots stupides. Là, son image est aussi hypothéquée que celle, jadis, de Peter Hofmann chantant du Rod Stewart. Dans J't'aime comme un fou, aussi, Hervieux ne trouve pas le ton. Mais, à vrai dire, on s'en balance.
1 commentaire
  • Du Caurroy - Inscrit 3 juillet 2011 17 h 09

    Dur, dur d'être artiste!

    Vous avez sans doute raison sur le fond; mais je vous trouve un peu dut pour notre ténor.
    Les «chanteurs classiques» québécois se marchent un peu sur les pieds (ils sont nombreux) et leur auditoire potentiel frôle l'anorexie.
    Les fins de mois, pour la plupart, doivent être difficiles. Un peu d'indulgence serait de mise.

    Dans un autre ordre d'idée, vous parlez, dans le cahier «Agenda» de samedi, des «Concerts populaires, si bien nommés dans la plus noble acceptation du terme».
    Il aurait fallu dire «dans ... acception».
    Peut-être est-ce ce que vous aviez écrit, qu'un correcteur d'épreuves a voulu améliorer... le mieux étant parfois l'ennemi du bien.