Le Petit Roy - Dans son âme et dedans sa tête

Benoît L’Herbier, concepteur et coscénariste du musical Le Petit Roy<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Benoît L’Herbier, concepteur et coscénariste du musical Le Petit Roy

Présenté au 5 au 16 juillet en «événement phare» du festival Juste pour rire, le musical ficelé à partir des chansons de Ferland est né du flash d'un vétéran de la pub Benoît L'Herbier, qui en signe aussi le livret avec Robert Marien. Pur hasard d'échéanciers, le même L'Herbier publie ces jours-ci La Mine d'or, son premier roman, polar se déroulant dans les coulisses du showbizz québécois. L'occasion ou jamais de rencontrer celui qui fut aussi le premier journaliste rock au Québec. Mon maître.

C'est le type même du type discret. C'est moi qui lui fais signe, quand il entre dans le café du Plateau. Il s'étonne que je le reconnaisse. «Je n'ai pas une tête connue», dit-il comme si ça le résumait. Est-ce d'avoir passé le plus clair de sa carrière en publicité? Est-ce d'avoir la plupart du temps travaillé en coulisse, recherchiste pour la télé, programmateur à la radio? Est-ce plus fondamentalement l'ombre portée d'un père très public, feu Robert L'Herbier, le chanteur de charme et fondateur-patron de Télé-Métropole? «C'est ma nature. Me montrer, je n'y pense même pas.» Bonne tête de barbu poivre et sel, pourtant. Regard pétillant, un visage ouvert. «Je ne sais pas si c'est en réaction à la vie de mon père, à ce monde des vedettes que j'ai tout de suite vu de l'autre côté du miroir, mais la surface des choses ne m'a jamais intéressé. Je suis et j'ai toujours été un homme de contenu, d'idées. J'ai toujours conçu, parfois dans le vide, parfois pour quelque chose...»

Il sourit, excité comme un enfant. Ce mardi a lieu la première représentation au Saint-Denis — et le 11 juillet, la première médiatique — du «musical» qu'il a conçu et coécrit: Le Petit Roy. Son grand quelque chose. «Six ans de ma vie, et là, c'est formidable, ça aboutit.» Il vit pleinement le contentement de l'arrivée au bout du processus. «Quiconque a mené un projet à bout de bras dans le milieu artistique sait par où on passe...» L'idée, le développement de l'idée, le colportage de l'idée, le montage financier... «Il y a tellement de moments où ça aurait pu basculer et ne jamais se faire...» Il y a l'écriture, les réécritures, le peaufinage à l'infini, enfin les collaborations, en l'occurrence Robert Marien pour le livret, la prise en charge par le metteur en scène-tête d'affiche Serge Postigo, etc. «Je suis dans la phase d'émerveillement. Et de fébrilité en même temps.»

Et cette idée? S'est-il écrié «bon sang mais c'est bien sûr!», tel le commissaire Bougret dans la bédé de Gotlib? «J'ai crié à l'intérieur. J'étais à Toronto pour un tournage de pub. Un soir, j'avais rien à faire, ça peut arriver à Toronto, j'ai été voir Mamma Mia!, le musical avec les chansons d'Abba. J'étais pas un fan. Je connaissais les succès. J'ai trouvé ça génial. L'histoire et les chansons allaient tellement bien ensemble. Une bonne histoire, de bonnes chansons. L'idée était simple: est-ce que ça pourrait se faire au Québec, avec le répertoire d'un artiste de chez nous?»

Mais qui? De la courte liste à Ferland et personne d'autre que Ferland, L'Herbier n'a pas cherché loin. «Il a tout, Ferland. Longévité, popularité, richesse de répertoire, force narrative... et Jaune. Sing Sing m'est venu en tête: mon histoire était là. Pourquoi il est allé en prison? Qui a-t-il tué d'un coup de couteau dans le dos? Ça s'est imbriqué tout seul. Simone, Le Chat du Café des artistes, La Route 11, Monsieur Gobeil, tout se greffait. Les chansons n'ont pourtant rien à voir les unes avec les autres, a priori: mais chaque chanson de Ferland est une petite histoire qui se tient, avec des sentiments forts.» La mécanique de la passion chez l'homme, le grand sujet universel. «La différence avec Mamma Mia!, c'est l'ossature, l'histoire de base ne vient pas d'une chanson d'Abba: avec Ferland, on a l'os... et la viande!»

Ce n'est pas un hommage à Ferland, répétera-t-il quatre fois plutôt qu'une, même si «la profondeur de l'oeuvre montre bien tout son génie et toute sa sensibilité». L'Herbier, fidèle à lui-même, homme de contenu, a créé son musical en s'inspirant de la matière fournie par cinquante ans de chansons de Ferland. «On n'a presque rien changé, un temps de verbe ici et là. Et "Roy" avec un y. Pour en faire notre personnage principal, notre gars sorti de prison, un dénommé Jean-Philippe Roy qui, depuis l'enfance, se fait appeler "le p'tit Roy".» L'Herbier insiste sur un autre aspect: Robert Marien, le spécialiste du genre, y a vu, leur Petit Roy est un vrai de vrai «musical dans la tradition de Broadway», où il se joue certes un drame, mais où ça chante, ça danse, où l'on est diverti. «L'idée, c'est de ne pas divertir à partir de rien. Si t'as une bonne histoire, l'habillage n'a pas l'air emprunté.»

La passion chanson

Mine de rien, l'histoire permet à L'Herbier d'évoquer la période des cabarets et des débuts de la télé, terrain familier... et familial. «Le père de Jean-Philippe s'appelle Mathieu Roy, un pianiste de la Main dans les années 40, très célèbre, qui amenait son fils là où il jouait: Le Café des artistes. C'est un peu un clin d'oeil à André Mathieu.» L'histoire du fils d'un papa bien connu? «Eh oui. C'est naturel pour moi d'en parler.» De la même façon, l'histoire de La Mine d'or, ce polar qu'il a écrit depuis un bon moment déjà mais qui paraît presque opportunément ces jours-ci («on n'a tellement pas fait exprès...»), se déroule dans l'antichambre du succès: «C'est parti de l'idée simple que les vedettes génèrent souvent plus d'argent mortes que vivantes. Et je me suis servi de ce que je sais des rouages du show-business de la musique populaire...»

On a l'impression que Le Petit Roy, autant que La Mine d'or, servent pour Benoît L'Herbier la même fonction: se rapprocher de la chanson. «Ce n'est pas conscient. Finalement, c'est peut-être mon sujet de prédilection. J'ai toujours été un fou de musique.» C'est bien pour ça que je tenais à le rencontrer, lui dis-je. Pour célébrer le retour à la chanson du Benoît L'Herbier qui écrivait à lui tout seul la section underground du journal Photo-Vedettes. Le premier véritable journaliste rock au Québec, au sens Rolling Stone, Crawdaddy et Rock & Folk du terme. Le premier biographe de Robert Charlebois, aussi. «Il y avait Georges-Hébert Germain à La Presse», relativise-t-il. En effet, mais c'est le Photo-Vedettes que je lisais, moi, en 1970, dans la roulotte au terrain de camping. Et lire Benoît L'Herbier était passionnant, autant que le jeune gars (de neuf ans mon aîné, à peine) était passionné. Si je suis fada des Beatles, c'est probablement un peu à cause de sa page Beatles hebdomadaire. Mon premier maître!

Il sourit à ces mots, qu'il trouve exagérés. «Ça a été trois années extraordinaires. Ça a commencé par l'entremise de mon père, évidemment: Télé-Métropole voulait un reportage sur un festival pop, je me suis proposé, j'ai été à celui d'Atlantic City. C'était parti. Claude Charron, mon rédacteur en chef, ne connaissait rien au rock. J'avais entière liberté. Je me faisais venir tous les Dylan, tous les Doors, j'étais tout seul à les demander. L'accès aux artistes était tellement facile.» Il a été partout, jusque dans la chambre 1742 du Reine Elizabeth lors du fameux bed in de John et Yoko. «J'avais emprunté la carte d'un gars de la CBC. Ai-je passé 15 minutes ou deux heures avec eux, je ne sais plus, c'était un tel high d'être là...» Je veux d'autres anecdotes, il me parle des albums, la beauté du premier Elton John, l'édition promo du Let It Be des Beatles avec l'album de photos. «Veux-tu que je te dise? Oui, j'étais dans la limo avec les gars de Led Zeppelin de Dorval à l'hôtel, oui, j'ai ma photo avec Janis, c'était trippant, mais le bonheur pour moi, c'était d'avoir les disques, tous les disques.» Le contenu, toujours le contenu. «J'en achète encore trois par semaine.»
1 commentaire
  • Gaston Bourdages - Abonné 3 juillet 2011 06 h 14

    Monsieur Cormier, Monsieur l'Herbier, Messieurs Marien et Postigo, mille...

    ...mercis pour cet autre fort généreux partage de Beautés vous habitant. Et que dire de M.Ferland ? Chapeau! Bravos! Quant à M. Roy, c'est dans une de mes «qualités»...sic d'ex-détenu que j'ai fait votre connaissance. Plus encore, j'ai pris contacts «virtuels» avec vous. Le «Vingt ans» de la chanson de Jean-Pierre, j'en ai fait les expériences. Ouache ! Oui, libéré de prison et de pénitenciers au 1/6 de «ma» sentence mais PRISONNIER de «mon» affaire et de ce qui m'y avait conduit pendant PLUS de vingt ans...une sentence que M. le juge Verdon ne m'a jamais donnée, condamné j'ai été, à l'époque, à 7 ans.
    Hé! je suis loin de votre bel article Monsieur Cormier mais peut-être fort près de ce qui a animé et anime Monsieur l'Herbier.
    Mercis encore à vous ! La vie, autant celle dite «La P'tite vie» (Cf. Radio-Canada - télé) que l'autre, celle que je qualifie, amoureusement, de la grande...que j'écris grand V», se veulent fort plus que...
    Mes respects,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com