Jill Barber - L'art de la séduction

Jill Barber<br />
Photo: Source FIJM Jill Barber

Surprise: au bout du fil, Jill Barber risque quelques mots de français. Pour vanter cette langue, justement, qu'elle trouve «si belle, sensuelle et romantique». Et qu'elle a décidé d'apprendre après son deuxième passage devant un public montréalais, en 2009.

Charmée par sa soirée à L'Astral lors du 30e FIJM, Barber est allée passer un mois en immersion française dans le sud de la France. Pas suffisant pour tenir une conversation, mais assez pour comprendre, s'exprimer, communiquer avec son public... et chanter en français, ce qu'elle fait d'ailleurs sur son nouvel album, Mischievous Moon.

«J'ai un amour profond pour le français», dit-elle en évoquant les chansons d'Édith Piaf. Ceci expliquant peut-être cela, le Québec lui rend bien cette passion: si la popularité de Jill Barber va croissant au Canada (elle est née à Toronto, a vécu à Halifax avant de s'établir à Vancouver), c'est dans la province francophone qu'elle trouve ses meilleurs appuis. En ce sens, elle estime que le spectacle du 10 juillet 2009 a été «un tournant». «J'ai senti qu'il se passait quelque chose, que j'avais fait une impression...»

Une sacrée impression, oui. L'Astral à ses pieds, pour résumer. Le public découvrait ce soir-là une auteure-compositrice brillante, mais surtout une interprète au charme immense — et à la voix tout à fait unique. De la lumière, Jill Barber. Et un côté rétro vachement séduisant (surtout la robe à pois).

Elle présentait alors Chances (nommé au prix Polaris 2008), un album qui marquait une rupture assez nette avec ses disques précédents. De la folk acoustique intimiste des débuts (A Note to Follow So, Oh Heart, For All Time), Barber passait à une pop-jazz aux effluves des années 30 et 40. Classique et romantique. Efficace.

Mischievous Moon s'inscrit dans la lignée de Chances. «Je pense avoir trouvé ma voix et mon son avec Chances, explique Barber. Je voulais poursuivre dans la même veine, développer davantage ma signature [c'est elle qui a écrit tous les titres], sentir la même sorte d'énergie.»

Surtout qu'elle a bien vu que le public embarquait vraiment dans cette proposition. «Ça donne confiance, tout ça. J'ai pris des risques et ç'a fonctionné. La base s'est élargie. Cette relation-là établie, j'ai envie de la creuser un peu.» C'est en ce sens cohérent avec le thème de ses deux derniers disques: tomber amoureux (Chances) et entretenir la relation (Mischivous).

Musicalement, Mischievous se révèle plus ambitieux que Chances. Rapport aux arrangements et à l'orchestration, plus amples. «Tout le monde fait des albums dans son salon: moi, j'aime entendre l'orchestre, que tout soit vrai, dit Jill Barber. J'ai voulu que celui-ci sonne vraiment, qu'il soit plus dramatique, et qu'il s'écoute comme une trame sonore.»

Celle d'un vieux film de James Bond, peut-être (il faut voir la vidéo de Tell Me, enregistrée à Buenos Aires), où l'on ne se prend pas trop au sérieux... et où la séduction est un jeu.

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