Musique classique - Kent Nagano en DVD

Deux nouvelles parutions en DVD mettent à l'affiche le directeur musical de l'Orchestre symphonique de Montréal, une fois avec son orchestre, une fois avec celui de l'Opéra de Berlin. Deux nouveaux disques et deux façons différentes de filmer un concert.

Réglons tout d'abord le cas du concert de gala de l'Opéra de Berlin, qui nous arrive chez Euroarts: comme bien des parutions Arthaus ou Euroarts depuis quelques mois, il s'agit en fait d'un rhabillage résultant de l'arrêt de la production des DVD de marque TDK et de la répartition de ce catalogue entre diverses étiquettes.

Ce DVD Berlin Opera Night, issu d'un concert de novembre 2003, est le dixième gala organisé par l'Association allemande de lutte contre le sida. Il était déjà paru chez TDK en 2005, après avoir été édité en CD par RCA en 2004, et prouve qu'une agréable soirée de télévision culturelle (eh oui, cela existe encore en Allemagne!) ne fait pas forcément un DVD passionnant. Il est d'ailleurs amusant, dans la première plage, de voir une galerie de tronches de spectateurs qui ont l'air de s'ennuyer à périr; venus plus de force que de gré, juste pour se montrer à la soirée...

Les airs d'opéra choisis ont pour fil conducteur l'amour. La réunion d'artistes — notamment Angelika Kirchschlager, René Pape (basse), Adrianne Pieczonka, Anne Schwanewilms, Juliane Banse, Vesselina Kasarova, Salvatore Licitra, Vladimir Galouzine — forme une belle affiche, mais les quelques ensembles ne sont que des appariements de circonstance, comme le témoigne le trio du Chevalier à la Rose avec Kirchschlager, Banse et Pieczonka. Cette dernière a fait depuis — comme en témoigne son air de Russalka — quelques progrès au chapitre de la rigueur.

Tour de chant, donc, dans lequel se distinguent le ténor Licitra et la mezzo Kirchschlager, ainsi qu'une vieille gloire, Grace Bumbry, dans Mon coeur s'ouvre à ta voix. Elle est une Dalila à la voix atteinte, mais à l'aura magnétique. De là à prétendre que cela vaut l'investissement, le pas est grand...

Tourbillons à la cathédrale

À propos de grands pas, la juxtaposition de ce gala opératique de 2003 et du Messie de Haendel en 2010 à la basilique Notre-Dame de Montréal est édifiante. À Berlin, les caméras captent la soirée avec tempérance, calme et une attention particulière portée à l'expression des chanteurs. En quelque sorte, les caméras documentent un concert. Cela peut apparaître passif, mais c'est intègre et la démarche laisse la primauté à la musique.

À Montréal, le film sur le Messie de Haendel à la basilique devient le sujet en soi. Le montage est vif, les plans se succèdent en une cascade visuelle. La basilique, génialement éclairée, est scrutée par des travelings plongeants et des effets d'éclairage jouant sur des couleurs saturées. Ladite basilique est habillée de son par la grâce d'un concert qui a lieu ce soir-là. La musique devient accessoire d'embellissement.

En commentant la diffusion télévisée, en différé à la télévision de Radio-Canada, qui ne nous offrait qu'un condensé de l'oeuvre, d'ailleurs différent sur le réseau francophone et anglophone, nous avions calculé que l'Hallelujah comptait 87 plans pour 200 secondes de musique!

«Faut-il vraiment violer la musique pour qu'elle soit jugée montrable?», nous demandions-nous. La question reste évidemment posée, que ce soit à la basilique Notre-Dame filmée par Jocelyn Barnabé ou sur la scène du Metropolitan Opera secouée par les pulsions incontrôlées de Gary Halvorson. Le problème du rythme de l'image vs le rythme de la musique étant posé, il convient de souligner la beauté intrinsèque des images prises isolément. C'est leur agencement au montage qui pose problème.

On se souvient aussi du débat lancé par The Gazette, qui osait enjoindre à Kent Nagano de demander au publc, lors de la reprise du concert, d'accomplir le geste de déférence monarchique consistant à se lever au moment de l'Hallelujah. L'OSM obtempéra, mais les plans du montage, en faux consensus ridicule, se divisent équitablement entre public assis (premier soir de concert) et audience au garde à vous (second soir).

La musique est tout à fait plaisante pour qui tient le coup du visionnement. Évidemment, la vidéo, contrairement à la diffusion télévisée, montre le concert entier. Cela dit, le DVD est d'évidence un sous-produit bâclé de la diffusion télé. Le Messie est divisé en chapitres, mais ceux-ci ne sont pas accessibles par le menu, qui n'offre que la lecture continue! Et les metteurs en plages ont oublié de chapitrer l'Halleluia! Sur le plan du son, le DVD n'a pas de piste deux canaux stéréo, ne proposant qu'une piste multicanal 5.1.

La réalisation visuelle est critiquable, mais au moins on ne pourra pas la taxer de l'amateurisme qui plombe la publication en DVD.

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Kent Nagano en DVD
Le Messie de Haendel (2010). Dominique Labelle, Daniel Taylor, Michael Schade, Tyler Duncan, Choeur et Orchestre symphonique de Montréal. Radio-Canada DVD SMCD 5251.

Berlin Opera Night
Euroarts 205 3589 (Naxos).
1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 3 juillet 2011 10 h 05

    Concernant la captation, tout à fait d'accord !

    Nous pouvons lire «Hallelujah» et aussi «Halleluia», est-ce normal ? Un petit «i» a été oublié dans «publc».