FIJM: envoûtante Spalding

C'était l'un des concerts les plus attendus du Festival de jazz: deux ans après son premier passage à Montréal, la contrebassiste et chanteuse Esperanza Spalding présentait hier son projet Chamber Music Society au théâtre Maisonneuve. Admirée par Barack Obama et Prince, Spalding a surpris tout le monde — elle la première — en remportant devant Justin Bieber le Grammy 2011 de la meilleure nouvelle artiste.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir C'était l'un des concerts les plus attendus du Festival de jazz: deux ans après son premier passage à Montréal, la contrebassiste et chanteuse Esperanza Spalding présentait hier son projet Chamber Music Society au théâtre Maisonneuve. Admirée par Barack Obama et Prince, Spalding a surpris tout le monde — elle la première — en remportant devant Justin Bieber le Grammy 2011 de la meilleure nouvelle artiste.

On espère vivement qu'il y avait quelques fans de Justin Bieber au théâtre Maisonneuve hier soir. Qu'ils aient eu la chance de comprendre qui est Esperanza Spalding — parce que c'était une question chaude sur Twitter au lendemain de sa victoire aux Grammy — et pourquoi elle a devancé l'ado-star au scrutin 2011 de la meilleure jeune artiste.

Fort différente de celle présentée en 2009 au Gesù, la performance de Spalding donnée hier montrait tout le chemin parcouru par une artiste qui déborde d'audace et de talent. Le ton était dramatiquement différent, mais pas l'effet: envoûtant. Absolument.

Il y a deux ans, nous avions trouvé une jeune chanteuse et contrebassiste sautillante, débordante d'énergie sur scène, et qui proposait une musique naviguant entre la soul, le R&B, la pop, la chanson brésilienne, le tout dans un cadre de jazz contemporain affirmé.

Hier, l'heure était à l'introspection et à l'écoute attentive d'une oeuvre — Chamber Music Society — d'une grande maturité, d'une beauté profonde et d'une richesse harmonique certaine.

Spalding a donné le ton avant même le lever de rideau. La salle était plongée dans le noir quand une lampe sur pied s'est allumée sur scène. C'est Spalding qui était là, très sixties dans l'allure, debout dans une sorte d'espace-salon aménagé devant le rideau. Pas un mot. Un fauteuil et une table avec du vin. Spalding s'est déchaussé de ses ballerines et servi un verre avant de s'asseoir.

Derrière le rideau, le petit orchestre de chambre (deux violons, un violoncelle) a entamé l'introduction de Little Fly, bientôt rejoint par Spalding et sa contrebasse plus grande qu'elle (même avec cette afro dont l'ampleur dépasse ses épaules, véritable capteur de lumière). Un pianiste, un batteur et une choriste ont suivi.

Chamber Music Society est un projet au carrefour du jazz et de la musique classique de chambre. Au micro, Spalding révèle des couleurs qu'on avait mal perçues en 2009: une grande élasticité dans la voix, qui permet de hautes envolées et des scats mélodiques. Les arrangements créent un environnement sonore foisonnant et proposent plusieurs montées dramatiques riches (Wild Is In the Wind), tout en restant dépouillés (Apple Blossom).

Conclusion? On a trouvé beaucoup de Joni Mitchell chez Esperanza Spalding, hier. Impression rare, et fichtrement bonne.

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