Douze hommes rapaillés: la reconquête d'un public déjà épris

L'équipe de Douze hommes rapaillés lors du lancement du volume 2 l'été dernier.
Photo: -Le Devoir L'équipe de Douze hommes rapaillés lors du lancement du volume 2 l'été dernier.

Un amoureux déjà solidement épris peut-il être reconquis? Certes, le spectacle Douze hommes rapaillés dans sa deuxième mouture aura de nouveau eu raison du public au théâtre Maisonneuve hier soir. Séduite, charmée, envoûtée, la foule, en parfaite symbiose avec les Séguin, Rivard, Vallières, Faubert et tous les autres, a encore une fois bu jusqu’à la lie les puissants mots du poète Gaston Miron portés par les mélodies de Gilles Bélanger, arrangées par Louis-Jean Cormier.

Je n’attends pas la fin du monde / Je t’attends

Le premier spectacle présenté aux FrancoFolies en 2009 avait été tant acclamé et porté aux nues qu’on imaginait difficilement que le second puisse être encore mieux. Il le fut pourtant, sans grand besoin d’innover, de révolutionner la formule. Le metteur en scène Marc Béland a gardé le meilleur du meilleur des douze hommes et en a rajouté un peu. Comme un diamant qu’on polit, un ciel auquel on accrochait encore quelques étoiles.

Déjà, le spectacle a été bonifié du répertoire du volume 2 de Douze hommes rapaillés. Ainsi, en plus de la vibrante Pour retrouver le monde et l'amour de Richard Séguin ou l’émouvante Mon bel amour, interprétée par Jim Corcoran, le public a eu droit à Ma rose éternité de Pierre Flynn, l’enveloppante Amour sauvage amour (encore Perreau, grand chouchou du public, qui fait honneur à sa réputation) et Le Vieil Ossian, magnifiquement interprétée par Daniel Lavoie, pour de nommer que celles-ci. Il est incroyable de constater chaque fois à quel point les mélodies et les arrangements — les poèmes même — siéent bien aux interprètes. Salut au génie de Gilles Bélanger et Louis-Jean Cormier.

C’était avant tout un hommage au grand poète disparu. Les douze hommes ne l’avaient pas oublié et sont demeurés sobres mais authentiques, livrant les vers de Miron comme s’ils pénétraient les cœurs pour la première fois. Le poète n’était d’ailleurs jamais très loin. Mais plutôt que d’apparaître virtuellement, projeté sur un grand écran comme ce fut le cas lors de la première tournée aux Franco il y a deux ans, Miron n’était simplement qu’une voix, comme venue de l’au-delà, qui prononçaient des paroles profondes, transcendantes.

«Tous les pays qui n’ont plus de légendes seraient condamnés à mourir de froid».

La mi-spectacle fut l’occasion d’un heureux changement de ton. Onze hommes ont quitté momentanément la scène, laissant Louis-Jean Cormier seul avec sa guitare craquer les accords de Au long de tes hanches, susurrant presque. Le public, dans un silence absolu, a tendu l’oreille et retenu son souffle.

Cormier fut rejoint par les hommes qui ont tous chanté, se donnant quelques accolades. La fratrie tissée serrée se retrouvait autour d’un micro, comme rassemblée au bord d’un feu de camp. Ce fut l’occasion de sublimes harmonies de voix, notamment dans Nature vivante, ondulations divines dans l’espace qui ont supprimé d’un seul coup la distance entre la scène et le public. Harmonica, violon, voix. C’était le grand retour à la tradition, dans un mélange de folk et de country.

Mes paumes te portent comme la mer / en un tourbillon du cœur dans le corps entier

Tranquillement, l’ambiance de proximité et de chaleur a cédé sa place aux interprétations fougueuses et plus rock. Perreau a livré sa mirifique Marche à l’amour, passant de la guitare-voix à l’orchestre et laissant le spectacle se terminer sur l’interprétation d’Art poétique d’un Martin Léon éclatant de vérité.

Mais le public, qui ne tarissait pas d’applaudissements, n’avait pas dit son dernier mot. Les musiciens (Philippe Lafontaine de Karkwa, le violoniste Guido del Fabbro, Marc-André Larocque, Hugo Perreault et Mario Légaré) ont dû remonter sur scène accompagnés des douze hommes. Ils ont accompagné Yves Lambert qui a entonné a capella Retour à nulle part, hymne d’espoir malgré tout. Debout, battant le rythme des mains, le public fébrile a suivi. Et c’est ainsi qu’on peut dire qu’il a été reconquis.

Nous sommes ce couple ininterrompu / tour à tour désassemblé et réuni à jamais.

À voir en vidéo