La nouvelle salle de concert de Montréal - Tendre les bras à la musique

Photo: Source : Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine

Le 7 septembre prochain, l'Orchestre symphonique de Montréal inaugurera la nouvelle salle de concert de Montréal. Cette semaine, architecte, acousticien et chef de projet faisaient visiter un auditorium qui commence à prendre forme. À quoi ressemblera cette salle et à quelle philosophie acoustique peut-elle s'affilier?

Que fait l'ange musicien ornant le balcon d'une salle de concert du XIXe siècle? Outre son aspect décoratif, il renvoie le son! Effet bien peu paramétrable. La conception d'une salle de concert ne mise plus aujourd'hui sur la taille des angelots et le relief des armoiries. Comme le résume Tateo Nakajima, acousticien de la compagnie Artec, responsable de la nouvelle salle de concert de Montréal: «Dans le temps, on construisait un bâtiment, dans lequel on mettait une salle et on disait à l'acousticien: faites-moi sonner ça le mieux possible. Aujourd'hui, on part de la salle et on construit autour.» Les mots d'ordre sont «impact», «densité sonore» et «proximité». Un concept résumé par l'architecte Jack Diamond: tout contribue à «tendre les bras à la musique».

L'acoustique n'en devient pas une science exacte pour autant. «Les recherches scientifiques autour de l'acoustique ces dernières années nous ont fait mieux comprendre ce que nous ne devrions pas faire, mais ne nous apportent pas vraiment la recette infaillible du succès, reconnaît Tateo Nakajima. Les recherches nous donnent les ingrédients, mais pas leurs proportions. C'est comme une soupe de légumes: il faut des légumes, du sel, du poivre, des épices, de l'eau. Mais combien? Mélangés dans quel ordre? Mijotant combien de temps? Servis à quelle température?» Les outils scientifiques se multiplient, mais la primauté du savoir-faire demeure.

Le projet montréalais a entériné la primauté des acousticiens. Kent Nagano leur parle depuis sa nomination, en 2004. «Sa vision de la salle, de son rôle dans la communauté, tout comme sa vision pour l'orchestre et son répertoire ont été à la base de ce que nous avons proposé», a avoué Tateo Nakajima cette semaine. De facto, l'engagement d'Artec par le ministère de la Culture en 2005, plus d'un an avant l'annonce de la construction de la salle, est la première étape du projet montréalais.

À chaque époque son modèle

Au XIXe siècle, on construisait des salles rectangulaires plutôt étroites à plafond horizontal avec un parterre à un seul niveau. Le Musikverein de Vienne en est le plus bel exemple. Les années 1920 marquèrent un changement de philosophie, avec des auditoriums plus larges aux plafonds plus bas: ce fut l'époque des salles à forte capacité en forme de mégaphone.

L'après-guerre vit la mort de deux concepts: celui de la salle en forme de mégaphone et la considération du nombre d'auditeurs comme la donnée acoustique fondamentale. On sait aujourd'hui que le volume de la salle et la surface occupée par les spectateurs priment.

Les années 50 et 60 furent celles des salles multifonctionnelles, servant à la fois au concert classique, aux spectacles divers, à l'opéra et à la danse. À l'image de la salle Wilfrid-Pelletier, elles font tout, mais pas forcément très bien.

Les années 80 marquèrent le retour en grâce des salles sur le modèle de celles construites un siècle auparavant. Cette forme de «boîte à chaussures» est défendue par Artec face à la forme de type «vignoble», comme la Philharmonie de Berlin.

Au concept de boîte à chaussures se superpose désormais l'idée de l'acoustique modulable. Dallas, en 1982, marque le départ de cette lignée de salles, comprenant celles de Vancouver, de Calgary, d'Edmonton, de Birmingham, de Lucerne et de Singapour.

Moduler une acoustique

À l'intérieur d'un volume donné, celui de la salle, le son peut être modulé en changeant la dimension des surfaces sur lesquelles se produit la réflexion initiale du son. Dans les termes d'acousticien, cela amène à jouer sur les volumes de chambres acoustiques dites «primaires» et «secondaires». Ces chambres secondaires fournissent, non pas un écho, mais ce que le cerveau décode comme un volume sonore. «Le son qui rentre dans la chambre secondaire et en ressort va se mêler au son direct et au son réfléchi. Le tout sera décodé par le cerveau comme un seul son», synthétise Tateo Nakajima.

Dans les salles de concert, ce volume secondaire peut être créé par des chambres de résonance sur les côtés ou en jouant sur un espace sous le plafond. La largeur disponible à Montréal ne permettait pas la réalisation de chambres latérales. Les ingénieurs ont donc tout misé sur un dispositif de huit panneaux réglables électroniquement, couvrant les deux tiers du plafond. Monter ou baisser certains ou tous ces éléments modulera à la fois la vitesse à laquelle le son va atteindre le spectateur, mais aussi le volume d'une chambre secondaire, nichée entre les panneaux et le plafond. À terme, on pourra définir des réglages standard selon le type de musique joué. Le nombre de ces réglages dépend des utilisateurs: il y en a six à Budapest, mais seize à Lucerne.

La salle «cousine» de celle de Montréal, en matière de configuration, se trouve à São Paulo, ou bien à Singapour, où le Philharmonique de Berlin vient de réaliser un film en 3D sans jamais y avoir joué auparavant. Notre salle ne disposera hélas pas d'un système audiovisuel résident. On aurait pu penser qu'une telle caractéristique pouvait constituer, en 2011, une priorité permettant, par exemple, de diffuser les concerts de l'OSM partout au Québec et dans le monde via Internet. La salle de concert virtuelle, c'est pour plus tard...

Signature montréalaise


Même si rien ne permet a priori de reprendre l'assertion de Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, qui parlait cette semaine de «l'une des, ou la meilleure salle au monde», une chose est sûre: Montréal a mis les moyens pour réduire les risques.

L'habillage de la salle est en hêtre du Québec et la surface de ce hêtre, sur les parois, est soit lisse, soit sablée, pour permettre une propagation optimale des différentes fréquences. En hauteur, des bandes de plâtre blanc brisent les excès de fréquences moyennes.

L'architecte en chef Jack Diamond a engagé son propre acousticien, Bob Essert, un ancien dirigeant d'Artec (1980-1996), acousticien du Four Seasons Center de Toronto, pour dialoguer avec ses anciens collègues choisis par le ministère. Montréal devra à Essert l'absence de colonnes rondes dans une salle tout en sobres courbures et la mise à niveau du plateau de scène avec la rue, facilitant ainsi le chargement des instruments. L'apport majeur de Jack Diamond sera la façade en verre sur la rue Saint-Urbain, en lieu et place du béton prévu lors de l'élaboration du projet.

La singularité montréalaise est le système d'isolation et son efficacité. «Boîte dans une boîte», la salle est détachée du reste de la structure du bâtiment et déposée sur des isolateurs acoustiques en caoutchouc et en acier qui empêchent la transmission des bruits et vibrations de l'extérieur.

La surprise de cette salle de 1900 places, auxquelles s'ajoutent 200 places derrière l'orchestre, est la présence d'une fosse d'orchestre assez grande pour loger 95 musiciens. La salle ne peut servir d'opéra, car on ne peut y stocker et changer des décors, mais elle est parfaitement adaptée à l'opéra «semi-scénique». Si le budget suit, gageons que Kent Nagano ne s'en privera pas.

Il ne reste plus qu'à trouver un nom pour ce premier projet culturel en PPP, qui coûtera 259 millions de dollars sur 30 ans. On a, un temps, parlé de «salle de l'OSM», appellation encore utilisée à Radio-Canada il y a moins d'un mois. Avec 240 jours d'occupation par an (plus qu'il n'en faut), l'OSM, formation en résidence, est fort bien loti. Ce quota généreux est garanti pour trois ans. La programmation de ce qui reste est du ressort de la Place des Arts. On y entendra, dès la saison 2011-2012, l'Orchestre métropolitain, trois concerts des Violons du Roy, Le Messie de Haendel par I Musici et les concerts Pro Musica.

Le nom «Adresse symphonique» est honorable pour un chantier, pas pour une salle. Interrogée par Le Devoir cette semaine, Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, a assuré vouloir nommer la salle avant l'inauguration et a exprimé le souhait d'y voir figurer «de Montréal». Il y a urgence, au point où l'opération de dénomination dépend d'un groupe de réflexion interne au ministère et non de la Commission de toponymie.

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Collaborateur du Devoir
4 commentaires
  • Bernard Lorazo - Abonné 18 juin 2011 06 h 50

    Nom

    J'espère que l'on ne nous imposera pas un nom du style de ces amphithéâtres récents (BELL) ou à venir (QUÉBÉCOR), simplement pour des questions de gros sous.. Si tel était le cas, je résilierais immédiatement mon abonnement.
    Un concours sur le nom devrait être organisé.

  • André Michaud - Inscrit 18 juin 2011 09 h 24

    Élitisme?

    Combien de gens et de quelle classe sociale iront écouter de la musique classique à cet endroit, comparativement aux citoyens qui utiliseront le futur amphithéâtre de Québec ?

    Dans les deux cas les billets seront très chers, mais la musique classique a un public très très restreint qui aime la musique très ancienne (rarement hélas de musique contemporaine). Aux USA ce sont de riches commanditaires (Rockfeller) qui finance ce type de musique.


    @ Bernard Lorazo

    Dois-je comprendre que vous souhaitez payer plus de taxes au lieu d'avoir un commanditaire pour le nom? Trouvez beaucoup de gens comme vous prêt à payer, et choisissez VOTRE nom favori..ou faites votre concours...

  • camelot - Inscrit 18 juin 2011 12 h 17

    Enfin !

    Depuis le temps qu'on en parle. J'ai connu mes premiers concerts de l'OSM avec Wilfrid Pelletier. C'était les "Matinées musicales" où des école entières débarquaient. La programmation était ajustée à ce public : Pierre et le loup, "Trumpet tune and air", Rapsodie espagnole, Ravel, Verdi, mais aussi Couture, Xenakis et même Stockausen. Nous ressortions joyeux, heureux d'avoir élargi notre répertoire musical. Par après ce fut les concerts plus pointus à l'auditorium du Plateau. J'ai bien hâte d'entendre des concerts dans la "Cochlée de Montréal".

  • Michel Dion - Abonné 18 juin 2011 19 h 46

    Médiocrité?

    Je suis toujours atterré à la lecture de ces chantres de la médiocrité qui s’opposent à — ce qu’ils appellent — l’élitisme. La sempiternelle équation grande Culture = Classe aisée est toujours au cœur de leur argumentaire erratique.
    À quelle classe sociale appartiennent ceux qui sont prêts à flamber 200$ pour voir le « Show » (c’est comme ça qu’ils appellent ça) de Madonna, de Lady Gaga, des Rolling Stones ou de Céééééline? Beaucoup de ceux-là sont tellement incultes qu’ils confondent ces manifestations bruyantes et platement commerciales avec ce qu’est la véritable musique contemporaine dont ils ne sauraient nommer aucun compositeur.
    Encore, à quelle classe sociale appartiennent ceux qui seront prêts à allonger plusieurs milliers de dollars pour l’achat de « billets de saison » des éventuels Nordiques? Quelles leçons sur l’histoire de l’art et notre civilisation en retireront-ils? Cela fera-t-il d’eux des esprits plus riches et plus fins? Les évènements récents de Vancouver semblent nous prouver le contraire.
    À Montréal, comme à Winnipeg récemment, c’est l’entreprise privée qui a payé la construction des amphithéâtres. N’est-ce pas l’entreprise privée qui s’enrichit le plus de la crétinisation des masses?
    Les médiocres ne seront-ils réconfortés que le jour où l’on fermera les musées, les bibliothèques, les théâtres et les salles de concert et d’opéra?
    Au sortir d’un concert où on avait donné une mémorable exécution de la septième de Bruckner, j’ai vu trois jeunes gens, encore enivrés par ce qu’ils venaient d’entendre, se boucher les oreilles
    et crier « Ouach!» au passage d’une voiture qui émettait à tue-tête l’une de ces musiques de singes. Voilà, ce qui me réconforte. L’avenir n’appartiendra pas qu’aux primitifs.