Catherine Ringer, Stefie Shock, vient un moment où il faut des tubes

Catherine Ringer hier en conférence de presse à Montréal.<br />
Photo: Pedro Ruiz -Le Devoir Catherine Ringer hier en conférence de presse à Montréal.

Ça me taraudait. J’étais content, mais comme qui dirait freiné dans mon contentement. Autant j’étais éperdu d’admiration pour elle, sa voix myriade de tons, cette joie sans réserve, ce sourire plein d’appétit, cette maîtrise du geste telle que ça redevient de l’abandon, autant je tiquais: quelque chose ne se passait pas au spectacle de Catherine Ringer, hier au Métropolis.

Ça levait, pour ça oui, mais pas comme ça aurait dû. Le collègue Rezzonico de RueFrontenac a trouvé: rien que deux vrais de vrais tubes des Rita dans la liste des chansons prévues, et encore, à la toute fin : Le petit train, et C’est comme ça. Ni Andy, ni Marcia Baila, pour ne nommer que celles-là, ne figuraient au programme. Peut-être les a-t-elle données en rappel des rappels, je n’étais plus là pour vérifier.

Problème d’étalonnage, en vérité. De ponctuation. Du Rita il y avait, de chouettes trouvailles ressorties des premiers albums, de quoi faire plaisir aux vrais fans, mais il manquait les balises. Les phares. Il y avait certes Jalousie, et Restez avec moi, du tout premier album, l’éponyme, celui de Marcia justement. Formidables pièces au demeurant, mais pas instantanément conductrices de frénésie. Il y avait bien Hip Kit et Tongue Dance, du troisième album des Rita, le fabuleux Marc et Robert, mais l’implacable constat de l’ami Rezzo se vérifiait: à tous les quatre-cinq titres, il faut un tube imparable ou alors ça stagne dans le ça-boume-mais-c’est-pas-extatique. À plus forte raison quand le temps a fait son œuvre et que l’oubli est passé par là: on parle ici d’albums qui ont dépassé le quart de siècle.

Vous me direz, mais ce n’était pas Catherine Ringer chante les Rita. En effet, c’était le show précédent, qui fournissait ce qu’il promettait, rappelez-vous, elle les faisait toutes la dernière fois. Hier, c’était Catherine Ringer chante son nouvel album solo, avec un peu des Rita par ci par là parce que sans les Rita ça se peut pas même si les Rita c’est fini, Fred Chichin est mort, vive Fred Chichin. Ça ne suffisait donc pas, un peu des Rita et tout le nouvel album, et Catherine Ringer qui chante et bouge génialement, et quatre musiciens d’élite, dont le fiston? Eh non. Il est pourtant bouleversant, ce Ring n’Roll, cathartique en titi, sorte de grand bal dansant de la mort et de l’amour. Hier, elles pétaient le feu, ces versions  de Vive l’amour, Punk 103, Z Bar, How Do You Tu, Got It Sweet, la toute tendre Pardon. Et pourtant, pourtant. Le collègue Lemay de La Presse, dans le hall d’entrée, s’étonnait: «Pourquoi ça lève pas plus que ça?» J’ai relayé le constat de Rezzo.

Été 67, corps étranger

En ouverture de Catherine Ringer, on se demandait un peu beaucoup ce que le groupe belge Été 67 faisait là. Rien contre leur pop de qualité, j’aime assez le virage country-folk-rock du dernier album Passer la frontière, très Wilco-Calexico-Neil Young dans le genre, et je trouvais hier les versions scéniques de belle vigueur et d’indéniable sincérité, mais c’était quand même évident: avant la Ringer, c’était franchement l’erreur de casting. Le public a été très honnêtement réceptif, mais il y avait maldonne, et les liégeois s’échinaient passablement en vain. Ça devait résonner pas mal plus naturellement la veille, sur la scène rock des Francos, angle De Montigny et Clark. J’essayais hier d’imaginer une autre proposition, disons un programme double avec Vallières, ou Daran: ça aurait cartonné autrement. Ces Belges méritent d’envahir le Québec entier, mais il s’agira d’éviter les mauvais plans.

Le retour de monsieur Shock


C’est lui à qui tout a réussi hier, et ça tombait bien, c’était sa rentrée montréalaise officielle. Le Club Soda bondé était sa sorte de lieu, son look néo-Hendrix totalement bath (chapeau de gangster, manteau de mouton sixties proof), jusqu’au positionnement des musiciens sur scène qui étonnait agréablement: batterie et claviers (l’excellent Vincent Réhel) étaient de trois-quarts dos, flanquant Stefie et sa choriste-bassiste Suzie McLelove. La nouvelle chimie de Stefie, qui mêle ses grooves chéris des années 60 aux sonorités new wave des années 80, est explosive: tout son répertoire y gagnait hier, et pas seulement les chansons du nouvel album La Mécanique de l’amour (ma préférée: Un jour sur deux, avec les refrains chantés par la cultissime Chantal Caron). De Scalpel Blues («Bistouri, ouiiiii!») à Je combats le spleen, d’Un homme à la mer à Tout le monde est triste, c’était tout meilleur que les moutures d’origine, on aurait dit les B-52s chez Gainsbourg. Ou le contraire. Notez: rien que des tubes. Stefie a trop fait le DJ pour oublier : vient un moment où il faut des tubes.

1 commentaire
  • Jean Martinez - Inscrit 15 juin 2011 11 h 57

    Vrai!

    Je suis allé voir Catherine Ringer hier et je partage ENTIÈREMENT votre avis. Rien à ajouter...