Mara Tremblay en solo aux FrancoFolies - Des nouvelles d'elle

«Ça va mieux», confie la chanteuse.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir «Ça va mieux», confie la chanteuse.
Mais surtout, on parlerait d'elle. De sa santé. Physique. Mentale. De son moral. Mara, ça va? Elle sourit. «Ça va mieux. J'ai l'impression d'avoir vécu un grand recroquevillement sur moi-même, et que c'est justement ça qui me donne la force de me mettre en avant toute seule. Ça demande une confiance que j'avais pas avant.» Avant. Avant les retraites forcées des dernières années, ce corps qui refusait de répondre, le retour trop hâtif, la rechute au fin fond de nulle part. Il s'est passé quoi, Mara, exactement? «C'est une traversée qui a duré trois ans. Depuis que ma mère est décédée. Peut-être même cinq ans, si on ajoute les deux ans de sa maladie. C'était un pilier dans ma vie, ma mère. Elle pas là, tout était débalancé.»

Ce ton-là. En mars au Verre Bouteille, quand j'ai revu Mara au spectacle impromptu de Toutes les filles, elle était dans une sorte d'état second. Heureuse de retrouver la scène et les copines, mais pas toute là. Convalescente. Attablée au Placard, en face du Verre Bouteille, elle raconte le chemin qui mène à l'autre côté de la rue. «Quand ma mère est morte, j'ai eu une grosse crise de manie. J'étais pas encore diagnostiquée bipolaire, mais je me connaissais. Je savais que ma drive était pas normale. J'ai rénové ma maison, acheté des chars, fait un album, monté un show qui marchait bien, ça roulait l'enfer. Et puis tout est tombé. Le corps, la tête, les émotions. J'ai crashé majeur.» Majeur, dit-elle? Paralysie partielle. Les mains, la bouche, le bas du corps, engourdis tout le temps. «À la fin, je pouvais pas ouvrir la bouche sans pleurer. Ça a duré deux fois six mois. Deux fois six mois à chercher ce que j'avais. Tous les tests. Rien. Jusqu'à ce qu'on comprenne que c'était dans la tête que ça se passait.» Bipolarité confirmée. Médication appropriée.

Elle devance ma prochaine question. «Je ne suis pas éteinte, si c'est ça que tu te demandes. La chimie a évolué. L'action est plus ponctuelle. Je suis encore extrême, peut-être encore plus sensible qu'avant, mais je descends moins dans mon trou noir, et je m'invente pas de moteur supplémentaire pour me pousser au bout de mes forces. Le beau côté de l'affaire, c'est que pendant qu'ils cherchaient la bonne pilule, je me suis mise à écrire.»

Elle sourit fièrement. «J'ai écrit un roman.» Un roman? «Je me suis laissé la liberté de flyer...» Des chansons aussi sont sorties, en quantité. «C'était de moins en moins le chaos dans ma tête. Plus je me réconciliais avec la vie, plus les chansons arrivaient. Tout enfin avait du sens, et surtout la musique.» Et Mara d'ajouter, sur un ton impérieux: «Et j'ai retrouvé mes enfants...»

Solo solo

Et au Verre Bouteille? «Avec les filles au Verre Bouteille, j'étais encore trop fébrile. C'était capoté. Comme revoir un chum que t'as aimé trop passionnément. Début avril, quand j'ai cassé le show solo, c'était pas évident non plus, mais j'étais contente. C'était comme si je découvrais mes propres chansons. Je comprenais ce qu'elles voulaient vraiment dire, je les trouvais pertinentes toutes seules, sans le band autour pour les justifier. Je me cachais beaucoup derrière les arrangements.» Même en solo, dans le programme double qu'elle partageait avec Monsieur Mono aux FrancoFolies de 2005, elle faisait un sacré bruit. «Là, j'ai pas d'effets. Je suis vraiment en avant. Jamais je n'ai été dénudée à ce point-là, encore plus que sur la pochette de Tu m'intimides.»

Ainsi dévoilée, elle reçoit tout en plein. À commencer par l'accueil des gens: «C'est incroyable l'affection qu'on me témoigne. C'est incroyable encore plus d'être capable de prendre ça.» Incidemment, ça fait aussi un peu plus de sous. «Ça fait pas de tort, mettons.» Mara s'assombrit, la corde est sensible, je l'ai accrochée sans trop m'en rendre compte. Trop tard, ça remue. «Je t'avoue qu'après 20 ans d'insouciance, ça me rattrape, la précarité de l'artiste. Ramer encore autant, jamais passer à la radio... Jamais récolter de droits d'auteur, ou si peu... Mes salles sont pleines, mais c'est pas assez pour me faire vivre. Oui, les gens sont super affectueux, mais j'ai 41 ans, bientôt 42: qu'est-ce qui se passe après?»

Après? On peut seulement lui dire qu'on sera encore là. Et qu'on va tout faire pour lui amener du monde. «Je suis encore trop en marge, et le coeur du problème, c'est que je ne désire pas pour autant être au centre. Je voudrais juste une marge un peu plus... vivable.» L'hiatus de deux ans, les tournées annulées n'ont rien arrangé, forcément. «C'est arrivé en plein essor, je le sais. Je paye pour. Je sais aussi que j'ai plein de musique à offrir, qu'il y a du bon temps à venir, et que je me sens bien. Tout est encore possible.» Le meilleur, Mara, le meilleur.

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