Alys Robi (1923-2011) - Une grande star de la chanson des années 40 s'éteint

Alys Robi en 2004
Photo: Alys Robi en 2004

Alys Robi n'est plus. Propulsée au rang de vedette internationale avant de connaître une descente aux enfers et un internement qui la marqueront profondément, la flamboyante star de la chanson des années 40 s'est éteinte samedi à l'âge de 88 ans.

Née Alice Robitaille, Alys Robi a eu très tôt la piqûre de la scène, une passion qui ne la quittera jamais. Elle n'avait que quatre ans lorsqu'elle est montée sur les planches la première fois lors de galas de lutte auxquels participait son père. De spectacle en spectacle, cette petite fille qui avait vu le jour dans le quartier ouvrier de Saint-Sauveur, à Québec, a gravi les échelons de la notoriété. En 1934, Rose Ouellette, alias La Poune, l'engage dans sa troupe du Théâtre National. C'est à cette époque qu'elle y rencontre Olivier Guimond, son premier grand amour.

Devenue une habituée des cabarets montréalais, Alys Robi découvre la musique latino-américaine dont elle fera sa spécialité. Les chansons Tico, Tico, Brésil, et Besame Mucho, lui vaudront d'ailleurs un immense succès. Dès lors, rien ne semble vouloir freiner son ascension. Elle travaille avec le chef d'orchestre Lucio Agostini, qui sera le second grand amour de sa vie. Après avoir séduit le Canada anglais, elle fait la conquête de Paris, Londres, New York, Rio de Janeiro et Mexico, enfile les enregistrements de disques. Elle participera même à la première émission de télévision de la BBC.

«C'était la Céline Dion de son époque, a rappelé hier son ami Roger Sylvain, lors d'une entrevue à TVA, pour décrire le rayonnement de la chanteuse à l'échelle internationale. À l'époque, il n'y avait pas de télévision, mais il y avait la radio et les disques. Elle a chanté dans plus de 25 pays. Elle nous a représentés sur la scène internationale d'une façon royale.»

La rupture

Puis, son beau rêve s'écroule. Un accident de voiture à Las Vegas en 1948, la dépression puis l'internement à Saint-Michel-Archange près de Québec en 1952 feront voler sa carrière en éclats. Elle passera cinq ans dans les murs de cet institut psychiatrique où elle subira des électrochocs et une lobotomie, le traitement privilégié à l'époque pour soigner la maniaco-dépression. Elle en garde de douloureux souvenirs et relatera que d'autres patients ayant subi comme elle une lobotomie étaient morts sur la table d'opération ou avaient été condamnés à une vie végétative. «Moi, je m'en suis sortie. Mais, à ma sortie de l'hôpital, on m'a traitée de mentale quand même», dira-t-elle par la suite.

Son retour sur scène est difficile, car elle doit subir les moqueries, victime des préjugés de son époque. La chanson hommage qu'écrit Luc Plamondon et qu'interprète Diane Dufresne à la fin des années 70, Alys en cinémascope, lui ouvre à nouveau la porte de la célébrité. En 1995, elle fera l'objet d'une série télévisée, et son rôle sera joué par Joëlle Morin.

Alys Robi est remontée sur scène, savourant le plaisir de reprendre le grand rôle de sa vie. «À partir du moment où elle était sur scène, elle rajeunissait, a relaté Roger Sylvain. Elle entrait sur scène avec sa canne, mais aussitôt que la musique commençait, la canne tombait par terre, et elle redevenait la star qu'elle avait été.»

En 2004, sa vie est portée au cinéma dans Ma vie en cinémascope. Cette fois, c'est la comédienne Pascale Bussières qui l'incarne au grand écran, et le film porte la signature de la réalisatrice Denise Filiatrault, une fan de la première heure d'Alys Robi.

Déterminée, intense, extravagante, parfois imprévisible — ceux qui la côtoyaient connaissaient ses sautes d'humeur —, Alys Robi a marqué son époque. L'animatrice de Radio-Canada Monique Giroux l'a décrite comme un «phénomène», une personnalité plus grande que nature dans un Québec qui n'avait pas l'habitude de ce type de vedette. «C'était probablement son grand défaut d'avoir été 40 ans en avance sur son temps», signalait-elle hier sur les ondes de Radio-Canada.

Depuis un an, la santé de Lady Alys Robi déclinait. Conduite à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, elle est décédée samedi des suites de complications liées à la bactérie C. difficile.

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