Concerts classiques - Un adieu flamboyant

L'adieu de l'OSM à la Salle Wilfrid-Pelletier, qui lui a rendu 48 ans de loyaux services, ne manquait pas de panache et d'ingéniosité. Difficile de trouver plus glorieux dans le répertoire que les ultimes mesures de L'Or du Rhin, une musique symbolisant l'entrée des dieux dans le Walhalla. Toute dimension immodeste mise à part, c'est aussi ce à quoi l'orchestre aspire en entrant dans une nouvelle salle que l'on nous prédit exceptionnelle.

L'OSM n'a pas lésiné sur la flamboyance de cet adieu, ni sur les moyens: une version de concert du prologue de Der Ring des Nibelungen, soit treize solistes et 2h25 de musique continue.

Évidemment, Kent Nagano, qui a mis cinq ans pour donner une personnalité beethovénienne insoupçonnée à notre orchestre, ne peut en faire un orchestre wagnérien en une semaine. Ainsi, la première des quatre scènes suscite quelques craintes. Elle est chiche en atmosphères, le crescendo initial n'est pas bien mené, la direction semble passive et prudente et sans souffle, avec des violons timorés. Quel contraste, après 1h40, lorsqu'on entend la montée en puissance de la 4e scène! Là, les thèmes se décantent magnifiquement (suprême 3e Interlude!) et le dramatisme se fait incandescent. D'ailleurs, les nuances sont rehaussées.

Le plateau réuni par Kent Nagano fait se côtoyer des novices wagnériens et des chanteurs aguerris. La différence est patente lorsqu'on considère le héros de cet après-midi, Eike Wilm Schulte, en Alberich. On est là au niveau d'une référence mondiale dans ce rôle. La distribution compte deux autres chanteurs de même calibre: Wolfgang Ablinger-Sperrhacke en Mime et la glorieuse Freia de Wendy Bryn Harmer. Anna Larsson chante trop peu pour qu'on puisse statuer, mais la Flosshilde d'Allyson McHardy se fait remarquer.

Par rapport à son pedigree impressionnant, Nikolai Schukoff est un Loge efficace, doté d'une voix inattendue. Laurent Alvaro se tire bien de son premier Wotan, mais l'apparition vocale est étrange: ou bien ce chanteur a un volume d'extraterrestre ou il était légèrement amplifié.

Ce qui différencie Alvaro ou Schukoff de Wilm Schulte et Ablinger-Sperrhacke, c'est la ligne de chant et le poids des mots, l'insistance sur tout ce qui est signifiant. Une expérience de scène leur donnera cela, mais il n'en reste pas moins que le couple Vondung-Alvaro en Fricka et Wotan est inhabituellement jeune et vert.

Spectacle à ne pas manquer toutefois, demain, lors de la reprise. Wagner à Montréal, c'est rare et précieux.