Variations fantômes de Philippe B - Requiem pour une peine d'amour

Pour Variations fantômes, son plus récent album tissé de chansons de rupture, Philippe B a élaboré une méthode de travail peu orthodoxe, puisant dans la musique classique à deux mains.
Photo: Anouk Lessard Pour Variations fantômes, son plus récent album tissé de chansons de rupture, Philippe B a élaboré une méthode de travail peu orthodoxe, puisant dans la musique classique à deux mains.
Simple défi pour l'auteur-compositeur-interprète abitibien? Plutôt un désir de se sortir de ses routines, lui qui gratte sa six-cordes depuis la fin des années 1990. Philippe B a d'abord oeuvré avec le groupe Gwenwed, avant de jouer sur scène et en studio avec Pierre Lapointe, puis d'entamer en 2005 une carrière solo qui lui a valu un succès d'estime.

Pour Variations fantômes, son plus récent album tissé de chansons de rupture, l'amateur de folk a élaboré une méthode de travail peu orthodoxe, puisant dans la musique classique à deux mains. De l'une, Philippe B s'est inspiré ou a adapté des airs de Debussy, Vivaldi, Satie, Strauss et consorts pour les imbriquer dans ses pièces. Et de l'autre, il a fouillé pour trouver des thèmes ou des titres d'oeuvres qui éveillaient chez lui des idées de textes. «Ça me donnait une raison d'être, un vrai défi, autre que de juste écrire 10 chansons, de les mettre dans un ordre X, et de les vendre à... pas grand monde!» raconte, lucide, le chanteur né Bergeron.

Clarifions par l'exemple. Pour écrire le texte de Mort et transfiguration (d'un chanteur semi-populaire), Philippe B est parti du poème symphonique Mort et Transfiguration, de Richard Strauss. «Ça parle des derniers moments d'un artiste. Ça m'a tout de suite inspiré, je savais que je pouvais écrire un texte à partir de ça. Et il y a dans ma pièce deux blocs mélodiques de Strauss, que moi je n'aurais jamais chanté comme ça instinctivement, et qui m'ont amené ailleurs.»

Et comme si ce n'était pas assez, chaque chanson a été illustrée par un photographe différent, et les 14 oeuvres se retrouvent dans la pochette. Même que du 5 au 8 mai, elles seront aussi exposées à la galerie OFF-Interarts, à Montréal.

Tristesse

Au coeur de ces chansons se trouve le fantôme d'une rupture amoureuse, thème que Philippe B avoue être peu original, mais qu'il trouve fort inspirant. Il en a fait des dizaines de phrases magnifiques. «Depuis le soir où j'ai frappé / mon Waterloo dans Hochelaga / les nuages s'empilent dans ma tête / et je poursuis mon exil à Crémazie / entre les fantômes de l'ennui / et les sirènes qui m'attirent / dans les brumes de la fête.» (Nocturne no 632)

«Le côté sombre du disque s'explique aussi par le matériel avec lequel j'ai travaillé, explique Philippe B. Il faut comprendre que j'ai dû jouer avec le pan de la musique classique où il y a des programmes et des titres évocateurs, parce que "opus 443", c'est pas très inspirant! Et c'était surtout des thèmes tristes, des requiem, des tragédies, ç'a teinté le disque.»

L'âme écorchée de Philippe B s'est penchée sur la musique triste qui fait du bien — clin d'oeil, quelque part, à son propre album. «Et la musique est comme la ruelle / plus je suis triste, plus je la trouve belle», chante-t-il sur Chanson pathétique, où il pige cette fois dans la Symphonie no 6 (La Pathétique) de Tchaïkovski. «On est un peu maso, hein. Quand on est triste, c'est plus efficace d'écouter quelqu'un qui nous raconte la même chose que ce qu'on vit et qui nourrit cette douleur-là, plutôt que d'écouter du Cindy Lauper pour se mettre de bonne humeur. Ça nous fait du bien de trouver quelque chose qui résonne à la même fréquence que nous.»


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