Un album de char!

Les quatre membres du groupe rock Malajube. Derrière: Thomas Augustin et Mathieu Cournoyer; devant: Francis Mineau et Julien Mineau.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Les quatre membres du groupe rock Malajube. Derrière: Thomas Augustin et Mathieu Cournoyer; devant: Francis Mineau et Julien Mineau.
Et la musique des Sorelois n'aidait pas non plus à amener un peu de sérénité à Labyrinthes, voulu comme une rupture par rapport à leur précédent disque Trompe-l'oeil, qui les avait révélés au grand public. Julien, Francis Mineau, Thomas Augustin et Mathieu Cournoyer voulaient tout casser, éviter de tomber dans les mêmes sillons, dont d'autres groupes se rapprochaient déjà. Ce sont donc des chansons déstabilisantes qu'ils ont livrées, des pièces en lignes rompues, des séquences de jams raboutées, des collages fantomatiques.

Il ne faut pas s'y méprendre, Labyrinthes est parmi les bons disques rock faits en 2009. Mais il demandait un certain abandon, et une bonne dose de luminothérapie après écoute. Deux ans plus tard, Malajube revient offrir à ses fans un nouveau disque, La Caverne, où on a droit à plus de lumière — ou moins de pulsion de mort, c'est selon — et où on n'a plus à tendre un fil d'Ariane pour retrouver son chemin.

Sans pression

La dizaine de pièces du disque sont toutes relativement courtes (l'album ne fait pas 35 minutes), simples, définies, mélodiques, bref, finis les dédales! «C'est beaucoup parce qu'on s'est mieux préparés avant d'entrer en studio, raconte Julien Mineau au bout du fil. Parce que pour Labyrinthes, ç'avait été compliqué de gérer la pression du studio, celle du "deadline", mais sans avoir de chansons finies, de structures complétées... Il y a des chansons que j'aime bien, mais qui ne sont pas finies à mon goût. Les mélodies étaient vraiment bonnes, mais elles auraient pu être plus condensées, comme Ursuline par exemple.»

La Caverne est à l'image de la pièce Synesthésie, que le groupe offre en téléchargement gratuit depuis quelques semaines déjà au www.malajube.com. On y trouve des mélodies ravageuses, un esprit synthétique déjà présent sur le dernier album, beaucoup de claviers doublés de guitares tranchantes et une aura pop, dansante, presque disco. On retrouve quelque part le côté rutilant de leur premier disque, Le Compte complet (2004), les textures de Labyrinthes et des punchs à la Trompe-l'oeil.

«Oui, le format est plus simple, plus pop, avec un refrain et un bridge, dit le chanteur du groupe, déjà cinq fois récompensé au Gala de l'ADISQ. Mais à l'intérieur de ça, les structures, les progressions sont plus compliquées que jamais. C'est plus axé sur les mélodies, il y en a à fond la caisse. Chaque petit trou est rempli d'une mélodie.»

Jusque sur la pochette de La Caverne, qui représente l'antre où Malajube a enregistré le disque, on sent l'énergie des années 1980, à la limite du dance et du prog. «C'est clair qu'il y avait cette intention-là, l'esprit de Michael Jackson, d'Abba, du bon vieux disco, où de la musique synthétique, explique Julien Mineau. En auto, j'écoute beaucoup ça... On a fait un album de char, je pense!»

Ce penchant était déjà palpable l'été dernier, aux FrancoFolies de Montréal, dans le premier volet de leur concert Cubes rubiques, alors que les membres de Malajube sont apparus en costumes rétro-futuristes, équipés de claviers positionnés à la Kraftwerk, devant des néons mauves.

Julien, même s'il joue surtout de la guitare dans le groupe, est lui-même un collectionneur de claviers. «Thomas [Augustin] et moi, on s'est équipés pas mal depuis cinq ans, même si au fond on pourrait tout faire avec son gros keyboard rouge. Je pense que c'est aussi une passion pour l'instrument, son histoire, les différentes touches qu'ils peuvent avoir, les "looks". Moi, j'ai deux gros Wurlitzer, vieux, vieux, en bois. Et des claviers des années 1980, j'en ai pas mal, des Casio, des Ensoniq, des Roland... Roland, y'en ont fait en tabarnouche, des bons claviers!»

Les murs de la grotte

Malajube a traîné beaucoup de ces claviers dans sa caverne d'enregistrement, «une maison "high-tech" construite en 1981, la même année que ma naissance», précise Julien Mineau. C'est sans technicien de son, sans invité de marque ni même de réalisateur que le groupe a produit son quatrième disque.

«On a trouvé l'endroit sur Internet. Il y avait un gros garage, alors il y a beaucoup de batteries qu'on a enregistrées là-dedans; il y avait 10 secondes de reverb naturel! En plus, autour, il y avait 25 acres en montagne, avec une érablière, un moulin à scie. On avait tout le domaine à nous pendant deux mois.»

Mais l'idée de la caverne ne renvoie pas uniquement au studio, mais aussi à l'homme de Neandertal, voire au médiéval. Là, c'est dans les textes qu'on trouve des indices. «Même si on avance dans la vie, et qu'on pense être évolué et intelligent, ben, on se rend compte qu'on est pas mal plus animal, primitif qu'on pense, dit Julien Mineau. Dans notre façon de réagir et d'interagir avec les autres. Surtout quand il y a des drames, ou des événements sérieux autour de nous, toute l'intelligence, ou même l'art, ça n'existe plus vraiment, on dirait.»

Disponible en magasin mardi, La Caverne peut être acheté en format numérique, en CD, en vinyle, et même... en cassette, en tirage limité. Malajube prendra le chemin de la scène, d'abord pour des lancements montréalais et québécois. Puis le groupe jouera en Ontario et aux États-Unis, avant de revenir pour les festivals estivaux, dont Osheaga. «De nos disques, c'est l'album qui se joue le mieux en spectacle. Je n'ai pas l'impression qu'il me manque l'essentiel des pièces. Ça m'est arrivé souvent avec Labyrinthes et Trompe-l'oeil. Là, les chansons peuvent être bonnes sous tous les formats, même si on les joue juste à deux.»

Et après être sorti de La Caverne, qu'est-ce qui se tramera? «On n'a pas de plan, c'est encore ben flou si on va durer 50 ans ou si on arrête cette année! lance, mi-sérieux, le chanteur. Y'a pas de règles: nous, on essaie de les fuir!»

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