Jazz - Franz Kafka, Evan Parker et Jean Derome

Trois nouvelles écrites par Franz Kafka, les trois dernières pour être exact, les déchirements sonores du saxophoniste britannique Evan Parker, réputé pour être un des meilleurs improvisateurs de la planète Terre, un nouvel album en trio qui s'avère la contradiction de la petite œuvre et un dénominateur commun tout en chair: Jean Derome, saxophoniste, compositeur, artiste qui mérite le triple AAA de Moody's et compagnie.

Reprenons dans l'ordre, celui dit temporel. Le 12 avril, à la Casa Del Popolo, Derome va dialoguer avec Parker. Ils seront flanqués de la saxophoniste Joane Hétu, par ailleurs cheville ouvrière d'Ambiances magnétiques, autrement dit une battante, de Danielle Palardy Roger aux percussions et de Martin Tétreault aux platines. «Je vais jouer avec Evan pour la deuxième fois. Pour moi, il est le plus grand saxophoniste vivant.» La veille, soit le 11, Parker se produira en compagnie de l'AIMToronto Orchestra.

Le 15 avril, Derome conclura la série de spectacles dont les nouvelles de Kafka sont le sujet, la matière de compositions originales et de chorégraphies. Après avoir présenté les réflexions inspirées par Un artiste de la faim et Le Terrier, Derome va décliner celles que Joséphine la cantatrice lui a soufflées. Christiane Pasquier en fera la lecture. Bien.

Et maintenant, Danse à l'Anvers, le nouvel album enregistré par Derome, avec Normand Guilbeault à la contrebasse et Pierre Tanguay à la batterie, soit le DGT, qui est surtout le TGG, pour Très Grand Groupe. C'est leur troisième, toujours sur étiquette Ambiances magnétiques. Le premier était fait de pièces signées Derome. Le deuxième, de pièces cons-truites par Duke Ellington, Billy Strayhorn et autres maraudeurs du jazz. Le dernier est une équation: Derome + Ellington + Eric Dolphy + Roland Kirk + Strayhorn + Misha Mengelberg = disque parfait. C'est formidable, surprenant, convaincant. C'est même poignant. Et c'est surtout beaucoup d'autres choses, celles qui se conjuguent avec les qualités.

Cela étant, ce trio est source d'agacements, voire d'é-nervements, dont il n'est en rien responsable. Dit autrement, les agacements découlent du manque de reconnaissance envers cette formation, qu'elle mérite pourtant au centuple. Ce groupe n'est pas l'un des meilleurs du Québec, du Canada ou de l'Amérique du Nord. Son art n'est pas limité à un carcan géographique. Il est planétaire.

Parce que, contrairement à une masse de jazzmen prisonniers des diktats du marketing, ils prennent des risques. De surcroît avec passion et enthousiasme. Là où une Diana Krall rassure, eux nous surprennent, voire nous déstabilise. À l'instar de leurs illustres aînés, Charles Mingus, Eric Dolphy ou The Art Ensemble of Chicago, ils sont musiciens là ou bien d'autres sont marchands.

C'est peut-être pour cela que, par exemple, côté radiophonique, c'est le désert. On ne les entend pas, ou pratiquement pas. Après ça, on va se dire ouvert sur le monde. Pfff! C'est de la fumisterie en conserve. Vive le TGG!