Musique classique - Les trésors d'ICA Classics

Une nouvelle étiquette publie désormais en CD et DVD des documents d'archives souvent inédits. ICA Classics est l'émanation d'une agence d'artistes. C'est aussi le fruit d'une passion d'un homme, Stephen Wright, pour les grands concerts du passé.

Même si International Classical Artists est la première agence artistique à lancer sa propre étiquette audio et DVD, la création d'ICA Classics se situe dans une certaine continuité, celle qui nous a valu, depuis plus de 15 ans, des parutions discographiques sur étiquette BBC Legends. Stephen Wright était alors le responsable, dans la fameuse agence IMG Artists, de la diversification des activités. On a retrouvé cette philosophie éditoriale ensuite chez Medici, une série de disques puisant notamment dans les archives de la radio de Cologne, en Allemagne.

En 2008, Stephen Wright a racheté l'agence d'artistes Van Walsum, l'agent de Kent Nagano. Il a musclé l'équipe et a renommé la société International Classical Artists. C'est sous cette enseigne qu'il publie aujourd'hui CD et DVD. Le geste n'est pas innocent, puisqu'aux archives historiques se mêlent quelques parutions d'artistes représentés par ICA: Hartmut Haenchen et Antoni Wit. D'ici à ce que l'on retrouve l'OSM et Nagano filmés dans la nouvelle salle...

International Classical Artists attaque le marché avec 10 DVD et 8 CD, des enregistrements datant de 1954 à 2009, distribués par Naxos. ICA se fixe comme objectif la parution de 34 DVD et 24 CD par an.

Rudolf Kempe, Charles Munch, Georg Solti, David Oistrakh, Garrick Ohlsson et le Beaux Arts Trio sont à l'affiche des DVD, un panorama complété par la Symphonie no 6 de Mahler par Hartmut Haenchen et les Symphonies no 3 et 4 de Szymanowski par Antoni Wit et l'Orchestre philharmonique de Varsovie.

Les CD mettent en vedette Otto Klemperer, Evgueni Svetlanov, Kurt Sanderling, William Steinberg, Arthur Rubinstein, Emil Guilels et George Cziffra. On trouve aussi La Traviata par Maria Callas au Royal Opera House Covent Garden en 1958.

En CD

L'édition en CD de concerts d'archives amène en fait toujours la même question: dans quelle mesure le document est-il pertinent par rapport à la discographie existante de l'interprète? On ne peut s'empêcher, à entendre le 2e Concerto de Brahms par Rubinstein, la 3e Symphonie de Bruckner par Kurt Sanderling ou les 1er et 3e Concertos de Beethoven par Guilels, de songer aux enregistrements de studio ou même à d'autres captations (Guilels avec Szell dans le 3e de Beethoven à Salzbourg, chez Orfeo) que ces «beaux concerts» ne détrônent pas.

La Traviata s'adresse aux fans de Callas, les autres pouvant se contenter des versions italiennes antérieures. Par contre, les amateurs de piano historique s'intéresseront au récital de Cziffra à Prague en 1955, autour de Liszt et Scarlatti. L'«ambiant remastering», un nouveau procédé qui apporte une meilleure spatialisation sonore, ne peut accorder le piano, hélas, mais la 2e Rhapsodie hongroise est encore plus délirante que dans Tom et Jerry.

Le document le plus inattendu est une 2e Symphonie de Mahler par William Steinberg, chef démiurge trop peu connu. Certes, le concert de 1965 comporte des défauts dans la réalisation, mais les documents de Steinberg sont rares et presque tous passionnants. Il en va de même pour Evgueni Svetlanov, avec l'un de ses derniers concerts (la 1re Symphonie de Tchaïkovski, un peu pataude) couplés à une exceptionnelle suite (1945) de L'Oiseau de feu de Stravinski.

L'incontournable de la série est Un requiem allemand de Brahms par Otto Klemperer en 1956, un sommet absolu dans la conception et l'interprétation de cette oeuvre. Il faudra attendre 41 ans, avec la version de Frieder Bernius pour entendre un chef retrouver cette logique, ces élans et ces équilibres.

En DVD


Les vidéos d'ICA Classics sont celles qui attirent l'attention au premier chef. D'abord pour les trois documents de Charles Munch à la tête de l'Orchestre symphonique de Boston. Ces premiers concerts filmés pour la télévision à Boston sont tous historiques dans le plus noble sens du terme, malgré le noir et blanc et le son un peu étriqué. Dans ces premières parutions, on trouve les 4e et 5e Symphonies de Beethoven; la Symphonie de Franck, couplée à Pelléas et Mélisande de Fauré et à des extraits des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner; enfin, de grands classiques français — La Mer, Iberia de Debussy et Ma mère l'Oye de Ravel — sans doute le premier choix.

L'autre précieuse rareté est le DVD du chef Rudolf Kempe qui dirige, en couleur et avec hargne, en 1974 et 1975, Ein Heldenleben de Strauss et la 9e Symphonie de Dvorak. Les documents de Kempe en action se comptent sur les doigts d'une main.

Il faut noter au final la haute tenue des nouveaux enregistrements avec l'impressionnante 6e Symphonie de Mahler par Haenchen, magnifiquement filmée à Bruxelles, et l'apport éminent au catalogue Szymanowski du DVD d'Antoni Wit.