Vitrine du disque - 18 mars 2011

Indie rock/pop
Eureka
Mother Mother
Last Gang Records

Les attentes envers le quintette vancouvérois Mother Mother étaient énormes après le très bien accueilli et excellent O My Heart (2008) — qui marquait le début de la collaboration avec l'étiquette Last Gang Records, fondée dans la foulée du festival Pop Montréal (Metric, Death from Above 1979, The New Pronographers). Malgré une dilution du son rock original dans des sonorités plus pop, indie rock, voire funky par moments, ce troisième album sert tout de même une recette à danser et à écouter les jours de fête et de terrasse. Recette qu'on entend malheureusement trop souvent, mais qui se démarque par des harmoniques changeant sans cesse et appuyées sur un duo de voix bien accordées qui se relancent et se complètent assez efficacement — les deux marques de commerce du groupe. Bref, Mother Mother, en criant «Eurêka» aussi rapidement, se retrouve peut-être à crier au loup, mais on aurait tort, cette fois du moins, de ne pas prêter l'oreille...

Émilie Parent-Bouchard

Mother Mother: The Stand

World jazz
CYRO BAPTISTA'S BANQUET OF THE SPIRITS PLAYS MASADA BOOK TWO
CAYM: Book of Angels,vol. 17
Tzadik records

En véritable sorcier des percussions, Cyro Baptista s'attaque en quatuor au monumental répertoire de Book of Angels de John Zorn. Les musiciens jouent 75 instruments de tous types en se les échangeant très librement dans un espace inventé entre le Brésil et l'Orient. Bien plus que dans un voyage géographique, les complices pénètrent leurs sphères personnelles en se succédant ou se superposant très rapidement les uns aux autres. Le banquet des esprits s'annonce avec une dense pulsion de percussions brésiliennes, de l'oud, des roulades de batterie et des clochettes aériennes. Puis des voix célestes survoleront un fond gnawa et des gorges profondes donneront l'écho sur une cadence sautillante. On évoque aussi le gamelan, le world jazz, plus classique, et même l'orgue d'église. Avec ses nombreux anticlimax, le disque est contagieux du début à la fin.

Yves Bernard



Classique
ANTHEIL
Les Sonates pour violon et piano. Mark Fewer (violon), John Novacek (piano). Azica ACD 712363 (Naxos).

Mark Fewer est venu à Montréal en mai 2010 pour enregistrer dans la salle multimédia de l'école Schulich ce panorama complet des oeuvres pour violon et piano de George Antheil (1900-1959), l'inclassable bad boy de la musique. Cinquante ans après sa mort, la position de George Antheil reste encore assez indéterminée. Il est pourtant une sorte d'Erwin Schulhoff du Nouveau Monde, à la fois conformiste et provocateur, futuriste (Ballet mécanique date de 1926) et passéiste. Antheil est toujours là où on ne l'attend pas, même si en avançant en carrière il mettait de plus en plus d'eau dans ses ambitions modernistes. La 1re Sonate, de sa période parisienne (1923), est la plus fascinante, puisque le premier volet n'est ni plus ni moins qu'une paraphrase des Noces de Stravinski! Dans l'ensemble, l'oeuvre pour violon et piano donne une bonne idée de ce créateur étrange et sous-évalué.

Christophe Huss


Chanson
LA MUSIQUE EN MOI
Ginette Reno
Melon-miel - Sélect

Il y a longtemps, j'ai compris que Ginette Reno chante à son psy collectif: nous. Ce qu'elle choisit de chanter est thérapeutique d'abord, cathartique parfois, salutaire certainement. Les airs, ballades interchangeables, importent peu. Ici, les titres disent tout d'une rupture dont l'incurable amoureuse tente, par auteurs interposés, de se remettre: Tu me manques, Ne m'parlez plus de lui, Là où ça fait mal, Je suis guérie. Fort bien. Mais comment justifier les deux reprises d'Éric Charden, dont ce Perdu dans Montréal où un Français découvre «Valérie rue Sainte-Catherine»? Et ce Papa est en Amérique, de Barbelivien, où un Français espère que le paternel reviendra «du bon côté de l'Atlantique»? Ginette peut tellement mieux. Des preuves? La Merveille, grand portrait de chanteuse signé Louise Forestier (musique de Diane Juster). Et surtout, surtout, Fatiguée, écrite par elle, blues immense et terrible, qui jette par terre. Et si Ginette s'écrivait tout un disque?

Sylvain Cormier



Chanson
Peppe Voltarelli
Ultima notte a malá strana
Casa Nostra / Dep

Auteur-compositeur de l'actuelle génération italienne, Peppe Voltarelli est un proche du remuant groupe Bandabardo, dont certains musiciens l'entourent ici. On sent également la complicité avec Marco Calliari qui fait la paire avec lui sur une pièce et dont la compagnie endosse son disque. Il chante la société à la manière italienne, vient de la Calabre, en reprend la langue et quelques couleurs ancestrales. Sa musique révèle parfois des sautillements sur de petits éclats de guitares et, s'il fait couler la slide dans les raclements de mandoline, il peut devenir plus forain avec ses accents d'accordéon, même en reprenant Les Anarchistes de Ferré. Il se frotte au battement du flamenco pour mieux s'en démarquer. Il insère une guitare manouche, plus jazz que manouche. Il se fait théâtral, lyrique, dramatique, mais des effets rigolos trahissent aussi un soupçon d'insouciance. Une très belle trouvaille de la pointe de la Botte!
Y. B.



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Classique
RAVEL
L'oeuvre pour piano seul. Steven Osborne. Hyperion 2 CD 67731/2 (SRI).

Voici le répertoire parmi les mieux servis de la musique classique. Outre la classique référence, signée Samson François, l'oeuvre pour piano de Ravel a connu sur le plan discographique une année 2003 historique, avec la parution en l'espace de trois mois de trois versions hors normes: Alexandre Tharaud (HM), Roger Muraro (Accord) et Jean-Efflam Bavouzet (MDG). Cet afflux a calmé les ardeurs éditoriales depuis! Il fallait un autre magicien des sons, tel que Steven Osborne, pour relever le défi... Et Osborne se montre à la hauteur. Son album culmine dans une interprétation tout simplement magique des Miroirs, rehaussés par un réglage admirable du piano. Osborne a tout: la virtuosité, la profondeur, la palette, le goût, le style, le tact. Étudier en détail les mérites et avantages comparés de Tharaud, Muraro, Bavouzet, Osborne prendrait des journées. Mais une chose est sûre, offrez-vous l'une des quatre versions!

C. H.



Compilation
THE BANG YEARS 1966-1968
Neil Diamond
Columbia - Sony Legacy

Lundi dernier, Paul Simon intronisait Neil Diamond au Rock and Roll Hall of Fame. Beau clin d'oeil aux galériens de la galette de vinyle: l'un et l'autre furent faiseurs de chansons sans succès dans les cubicules des éditeurs de Broadway. Cette compilation documente ce qui arriva ENSUITE à Diamond: les années Bang. À savoir: le big bang d'un singer-songwriter ayant finalement trouvé sa voix et sa voie. Cherry, Cherry est l'exemple type de cette sorte de pop alliant la simplicité du rock de garage, les trucs des pros du Brill Building et la sophistication des Beatles: strumming vigoureux de la Martin D18 (doublé au piano), choeurs dynamiques, claquements de mains, intensité et puissance dans l'interprétation. Manière décantée sur 21 mois d'incroyable efficacité: Kentucky Woman, You Got to Me, I'm a Believer (le tube des Monkees), ça n'arrête pas. Même les reprises (New Orleans, Hanky Panky) fessent fort. Rematriçages en mono.

S. C.

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