Quand le paraître est roi

Gatineau en avait marre de créer un espace entre la scène et le public en raison de son approche très frontale.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gatineau en avait marre de créer un espace entre la scène et le public en raison de son approche très frontale.

Être ou paraître, là est la question. À travers un deuxième disque vêtu d'un son plus électronique et plus dansant, le groupe rap Gatineau plonge dans un univers où les gens ne sont qu'en façade, jouent des rôles et préfèrent «être vus avec» que d'exister en soi. Karaoké King, c'est là où le paraître est roi.

Non, le nouveau disque du parolier et rappeur Séba et du compositeur Perceval — anciennement Keuk — n'est pas un disque concept, mais plutôt un disque duquel se dégage une cohérence. Dès le premier titre, Révolutionnaire, une cégépienne bien à gauche qui lit Le Devoir retourne sa veste. Toutes dépenses payées raconte l'histoire d'un Tanguy qui n'est autonome qu'en apparence. Le Monde est d'même — qui repique le refrain et l'esprit de Rumeurs sur la ville de Michel Rivard — parle des ouï-dire. Et Karaoké King fait le récit d'un homme qui personnifie Claude François le temps d'une chanson.

«La personne se prend pour Claude François, mais tout le monde dans un karaoké, l'espace d'une chanson, est Marjo, l'espace d'une chanson est Jean Leloup, raconte Séba. Ce sont aussi tous les masques et les identités qu'on prend. Chaque chanson du disque est presque une toune de karaoké, en quelque sorte.»

La pochette de l'album montre d'ailleurs des gens Àadulant un homme portant un masque de l'interprète de Cette année-là et Comme d'habitude. «On est pas mal dans cette époque-là, dans l'apparence, dit Séba. Avec Facebook, on met notre plus beau profil, nos plus belles phrases. Tout le monde est en représentation, se monte un meilleur persona.» Perceval précise que Gatineau «ne porte pas un jugement là-dessus, mais en fait plutôt le constat».

Mais tout ça n'est pas lourd dans nos oreilles, car ces 14 chansons bourrées de références cinématographiques révèlent un groupe plus porté sur les lignes musicales dansantes que sur l'agressivité du personnage MC Brutalll, alter ego de Séba, qui avait fait la réputation de Gatineau. On retrouve sur Karaoké King la présence d'une chorale féminine et les phonèmes singuliers du rappeur, mais les claviers et les sons synthétiques prennent une grande place.

Pour Perceval, aussi bassiste, cette transition était déjà évidente lors des derniers spectacles de Gatineau, alors que le musicien Dom Hamel n'était plus du groupe. «On avait fait des expériences avec Alex McMahon [Yann Perreau, Plaster, Jérôme Minière] par après, et on s'est rendu compte que c'était un gars de clavier qu'on cherchait. Alors on a poussé un peu plus l'enveloppe là-dessus.» En studio, c'est Carl Bastien qui a donné un coup de main, en plus de coréaliser le disque.

Gatineau en avait marre de créer un espace entre la scène et le public en raison de son approche très frontale. «On est moins préoccupé par le fait d'arriver quelque part et de tout revirer à l'envers, raconte Perceval. On l'a déjà fait, et on veut davantage aller rejoindre les gens, plus que jamais.» Séba approuve: «Là, on veut faire danser. Et McBrutalll, il est toujours là. Il n'est pas dilué, il est juste plus insidieux.»

Méfiez-vous des apparences...

Gatineau: Révolutionnaire