Musique classique - Les Jeunesses musicales ont 60 ans

Joseph Rouleau, président des Jeunesses musicales du Canada (au centre), en compagnie de André Bourbeau, président de la Fondation des JMC, et de Jacques Marquis, directeur général et artistique. <br />
Photo: Gunther Gamper Joseph Rouleau, président des Jeunesses musicales du Canada (au centre), en compagnie de André Bourbeau, président de la Fondation des JMC, et de Jacques Marquis, directeur général et artistique.

Mercredi prochain, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, l'Orchestre symphonique de Montréal, dans sa série «Les grands Québécois», rendra hommage à notre basse nationale, Joseph Rouleau, et aux Jeunesses musicales du Canada (JMC), qui fêtent leurs 60 ans d'existence.

Le concert-hommage à Joseph Rouleau, soulignant les 60 ans des JMC, sera dirigé par Jean-Philippe Tremblay et permettra d'entendre, en première partie, des oeuvres concertantes jouées par Andrew Wan, Alexandre Da Costa et Serhiy Salov, puis, en seconde, des airs d'opéra qui ont marqué la carrière de la basse québécoise.

Figure majeure de la scène lyrique québécoise, Joseph Rouleau est président des JMC depuis 1989 et cofondateur, avec André Bourbeau, du Concours musical international de Montréal. Il est en quelque sorte le pater familias des JMC.

Le pied à l'étrier


En entrevue au Devoir, le directeur général des Jeunesses musicales, Jacques Marquis, souligne bien ce rôle et cette présence: «Joseph Rouleau est depuis 21 ans président des Jeunesses musicales. Il est arrivé dans un contexte de difficulté et a apporté une crédibilité artistique par sa nature, sa carrière, son expérience et ses contacts. Non seulement il est une figure de proue artistique, c'est un homme qui croit beaucoup à la relève.»

Comme un grand retour de balancier, la première tournée organisée par Gilles Lefebvre, le fondateur des JMC, il y a soixante ans, le fut pour un jeune chanteur: Joseph Rouleau. «Il gagnait, je crois, 50 $ par concert et amassait ainsi ses sous pour aller étudier en Italie», rappelle Jacques Marquis.

On comprend donc que la force de conviction de Joseph Rouleau est ancrée dans des racines profondes. «C'est avec cette passion qu'il va cogner à toutes les portes pour avoir des sous. André Bourbeau, qui sait collecter des fonds, et Joseph Rouleau, qui personnifie la passion, ont remis les JMC à flot sur le plan financier», résume Jacques Marquis. Le tandem a, depuis, créé le Con-cours musical international de Montréal, une des initiatives qui, selon M. Marquis, a permis de «pénétrer les marchés urbains et fait connaître la marque Jeunesses musicales».

Car l'activité des JMC s'est très longtemps uniquement déployée en région. «Il y a 60 ans, nous étions les premiers à faire des concerts en région», constate le directeur des JMC. La première des deux activités majeures des JMC est de cibler les talents du futur et de leur permettre une tournée québécoise ou canadienne entre la fin de leur formation et le début de leur carrière. Cette aide concerne chaque année sept ou huit chanteurs dans une production d'opéra, plus un trio, un quatuor et un soliste, soit environ 20 jeunes artistes. La dimension pancanadienne a été développée, notamment en Ontario et en Colombie-Britannique, et le comité artistique s'est élargi également. Outre l'audition nationale annuelle, c'est un véritable réseau qui surveille désormais en continu l'émergence des jeunes talents.

Reconfiguration


Mais si le dépistage des musiciens s'optimise, les débouchés deviennent de plus en plus volatils. «Hier, les centres bénévoles des Jeunesses musicales recevaient des concerts. Il en reste 20 à 25, qui nous achètent les quatre concerts annuels les yeux fermés. Mais aujourd'hui, si l'on veut croître, il faut travailler avec des diffuseurs dans les petites et moyennes villes, dit M. Marquis. Ces diffuseurs sont tous des directeurs artistiques en puissance, mais qui connaissent mieux Jean-Marc Parent que Beethoven. En plus, maintenant, nous sommes en compétition avec Angèle Dubeau et la Pietà, Alexandre Da Costa ou Marc Hervieux. Oui, Marc Hervieux chante en Abitibi, à La Sarre! C'est pour cela que nous proposons des produits clés en main et formons les jeunes artistes pour qu'ils apprennent à faire une présentation claire en français et en anglais.»

Aux JMC, on constate qu'une fois que le public est dans la salle, tout va bien. Le problème est en amont. «Vendre trois inconnus en trio, même s'ils sont fantastiques, voilà ce qui est difficile. Et pour cela, les centres bénévoles des JMC sont fidèles, mais les diffuseurs ne le sont pas. Par exemple, en 2012, nous allons proposer Carmen, avec décors, costumes et mise en scène. Tout le monde va acheter ce spectacle. Mais si en 2013 nous programmons Les Contes d'Hoffmann, avec exactement la même qualité, nous aurons toutes les peines du monde à convaincre des diffuseurs, car ils ne connaissent pas cette oeuvre d'Offenbach!», résume Jacques Marquis.

Le jeune public


Le double plan d'action des Jeunesses musicales est resté fidèle aux axes tracés par le fondateur, Gilles Lefèbvre: soutenir les artistes en début de carrière, mais aussi faire découvrir la musique à un jeune public. Forcément, au vu de la démission du système éducatif en ce qui concerne l'enseignement musical, cet aspect s'est beaucoup développé dans les dernières années.

«Nous offrons des concerts jeune public très ciblés par catégories d'âge: de 3 à 6 ans, de 6 à 9 ans, de 9 à 12 ans», précise le directeur des JMC. La nature de l'offre a entraîné une évolution de la nature du travail de l'organisme. «Hier, nous étions diffuseurs; aujourd'hui, nous sommes producteurs. Nous produisons trois ou quatre concerts jeune public avec mise en scène et costumes. Nous les mettons sur YouTube, réalisons des cahiers pédagogiques — car, désormais, il faut éduquer l'enfant, mais aussi le professeur!» Parfois les plus petits se déplacent dans la salle de la maison des Jeunesses musicales, avenue du Mont-Royal, qui accueille ainsi 140 concerts par année. Parfois Joseph Rouleau les accueille lui-même de sa voix caverneuse.

Jacques Marquis souligne le rôle social des JMC, puisqu'il est reconnu que la musique est facteur de réussite scolaire. «Si sur 500 écoles à Montréal 300 n'ont pas un seul concert par année, c'est que quelque chose ne va pas. Il faut que les jeunes voient ce qu'est un trombone à coulisse, qu'ils soient exposés au concert et à la musique pour se détacher de leurs iPod; il faut leur donner la chance de savoir ce qu'est la musique. Pour cela, il faut trouver une fondation, des sources de financement pour pénétrer les écoles, car la barrière, c'est l'argent. Trop souvent, à la fin de l'année, quand il reste quelques sous, les écoles vont prendre n'importe quoi: un magicien, une improvisation théâtrale poche — et j'en ai vu! — tout simplement parce que nos concerts sont un peu plus chers. Mais il faut considérer la qualité et le matériel pédagogique!»

Dernière initiative en date, en région: les JMC sont en train de rétablir des réseaux de jeunes accueillant de jeunes musiciens, durant les 48 heures précédant un concert. Cela s'appelle Branche-toi au réseau! On trouve sur Internet le descriptif de ce projet «qui implique les jeunes avec des moyens de jeunes, par exemple les réseaux sociaux».

Le coût de toutes ces activités? Un budget de 2 millions de dollars qui couvre 800 concerts et 700 ateliers. La construction des esprits coûte assurément moins cher que celle des ponts!