Concerts classiques - Musiques saturées

Il y avait vraiment de tout au menu du concert intitulé La République, l'un des temps forts de Montréal/Nouvelles Musiques. La soirée débutait avec une œuvre assez générique de Javier Torres Maldonado, faisant se succéder éruptions collectives et solos en forme d'accalmie. On a entendu cela des centaines de fois.

John Cage, à travers Four (2), a inventé l'interrupteur sonore choral. Les quatre pupitres du choeur tiennent des notes pendant des durées déterminées et calibrées. L'ensemble requiert une complicité des chanteurs pour que le son reste continu sans interruptions dues aux respirations. Viva Voce a été à la hauteur du défi, mais Cage a tout calibré sauf l'ennui mortel et sinistre qui émane de l'expérience.

L'oeuvre de Nicole Lizée partait d'une excellente idée: la superposition d'un DJ et d'un ensemble de 7 musiciens. Elle termine par une autre excellente idée, une formule conclusive (accord, tam-tam) éprouvée, identique à celle des Danses symphoniques de Rachmaninov. Il y a assurément quelque chose à tirer du procédé; les cinq dernières minutes, physiques, joviales dans leur enthousiasme et efficaces le montre bien. Mais, sur l'ensemble, l'association d'instruments acoustiques avec un DJ pour produire des sons qu'une électronique aurait pu générer ne convainc pas souvent. La formule a cependant le mérite de l'originalité et ouvre de possibles avenues.

Louis Andriessen a composé De Staat (La République - les textes étant tirés de Platon) en 1976. Il faut garder cette date en mémoire si l'on analyse la nature du traitement musical répétitif. De Staat est une oeuvre avant tout saturée, très physique. Si l'on trouve le langage d'un John Adams plus subtil dans ses inflexions et ses structures, il ne faut pas oublier qu'Adriessen part de Stravinski.

Les pianos, le choeur, la verticalité nous réfèrent aux Noces et à Oedipus Rex (sujet grec, lui aussi). Certains ponctuations de cuivres (trombones) surgissent directement du Sacre du printemps. Dans les années 70, Andriessen représentait une voix quasi unique en Europe. Son âpreté martelante a été défendue avec un engagement forcené par Walter Boudreau et ses musiciens. Soirée inégale, mais intéressante.
1 commentaire
  • Claude Coulombe - Abonné 25 février 2011 09 h 59

    Concert La République / De Staat … le retour de « l’Infonie »

    Concert La République / De Staat … le retour de « l’Infonie »

    Hier, 24 février, j’ai assisté au concert de la SMCQ intitulé « La République » d’après l’oeuvre « De Staat » du compositeur Louis Andriessen la pièce maîtresse du programme qui offrait également d’autres très agréables et émouvantes surprises.

    J’étais en très bonne compagnie car un siège me séparait de Raoul Duguay le grand poète Abitibien et ami de Walter Boudreau, le directeur artistique et chef de la SMCQ. Une amitié de plus de 40 ans, qui date des « soirées infoniaques » et des concerts-événements du groupe musical « l’Infonie » vers la fin des années 60 (http://www.qim.com/artistes/biographie.asp?artisti

    Le concert de ce soir s’inscrit dans la grande tradition infoniaque, mêlant des éléments de musique contemporaine, l’ensemble vocal mixte VivaVoce, des instruments rock avec une batterie, des guitares électriques et la musique électronique avec le DJ P-Love aux tables tournantes.

    Et les fameuses surprises!

    Entre autres, « Four2 » une pièce pour choeur de John Cage d’une grande rigueur comportant comme toutes les oeuvres de Cage des éléments aléatoires. Cette pièce d’une grande beauté demandait au chanteurs de l’ensemble VivaVoce de se coordonner sur la base de chronomètre et de signes de la main pour signaler leur respiration.

    Également remarquable, la pièce « This will not be televised » de Nicole Lizée pour orchestre et DJ où j’ai constaté qu’un bon DJ pouvait lire une partition…

    Ce concert présenté dans le cadre du festival Montréal Nouvelles Musiques, MNM ou M