Monogrenade lance Tantale - Le secret est dans la piscine

Après avoir fait de la musique avec les moyens du bord depuis quelques années, le groupe Monogrenade, signé par l’étiquette Bonsound, a pu s’enfermer dans un chalet pendant deux mois pour créer Tantale.<br />
Photo: Photo Christophe Collette Après avoir fait de la musique avec les moyens du bord depuis quelques années, le groupe Monogrenade, signé par l’étiquette Bonsound, a pu s’enfermer dans un chalet pendant deux mois pour créer Tantale.

C'est une bulle de bois, d'eau et d'électricité que nous propose la formation montréalaise Monogrenade en guise de premier disque. Révélé par le concours des Francouvertes, où le groupe a atteint la finale l'an passé, Monogrenade nous plonge dans des sonorités pop à la limite de l'inquiétant et de l'intrigant.

Le quatuor Monogrenade a peaufiné sa façon de faire depuis ses premières compositions, entendues sur leur minialbum La Saveur des fruits, paru en 2009. Leurs pièces pop à tendance électro-acoustique se sont libérées en bonne partie de certains mimétismes de groupes qu'ils aiment bien, Patrick Watson et Karkwa en tête.

Les 12 titres de Tantale, loin d'être un supplice, sont mélodiquement bien ficelés et forment un tout cohérent — dans un univers certes déjà visité. Mais les touches électroniques mélangées aux instruments acoustiques et aux nombreuses cordes font la signature de la formation. La violoncelliste Marianne Houle, membre officielle du groupe, joue sur la plupart des chansons, et Monogrenade a aussi invité un quatuor de cordes, les «Mommies on the Run» (Stéphanie Lapointe, Ariane Moffat, Patrick Watson).

Jean-Michel Pigeon, principal parolier et compositeur de Monogrenade, s'emballe sur le sujet. «Pour moi, des cordes, c'est essentiel en musique. C'est du bois qui vibre, c'est pur. Dans ma tête, un quatuor de cordes c'est le minimum. Mais bon, en réalité, c'est vraiment cher!»

Après avoir fait de la musique avec les moyens du bord depuis quelques années, le groupe Monogrenade, signé par l'étiquette Bonsound (Radio Radio, Random Recipe, Yann Perreau), a pu s'enfermer dans un chalet pendant deux mois pour créer Tantale. «Ce n'était pas un petit shack en bois, mais un chalet avec plusieurs pièces. On pouvait donc aller chercher des acoustiques naturelles intéressantes, et faire quelque chose d'organique. On a gardé un côté électronique, mais on voulait que ça sonne vrai, raconte Jean-Michel Pigeon, qui a réalisé le disque. Et, je vais te le dire, il y avait même une piscine intérieure! Ça faisait de la réverbération naturelle vraiment intéressante, et on l'entend sur l'album. Ce ne sont pas des effets ou un logiciel qui ont fait ça.»

Sombre son

Il y a de l'encre, du sang et du mazout dans les textes de Monogrenade. Il y a aussi du métal, même une guillotine. Un destin pas très joyeux duquel il semble ardu de dévier, une inertie qui est dure à vaincre.

Mais Tantale n'est pas un disque musicalement déprimant. Il éveille plutôt en nous des sentiments inquiétants. Pigeon avoue avoir toujours été attiré par la nuit et la musique de film d'horreur, ou même celle plus exploratoire des Montréalais de Godspeed You Black Emperor. «Marianne écrit aussi des pièces seule au violoncelle, et c'est vraiment sombre. François [Lessard] tripe sur Portishead, les dissonances. Ça vient nous rejoindre. Quand on tombe là-dedans, on s'entend.»

Encore très jeune, la formation donnera quelques concerts au Québec en mars, et ira même deux semaines en France au mois de mai. «Ça, c'est vraiment étonnant. Ça s'est fait pendant M pour Montréal, où des agents de spectacles français ont adoré notre performance. Ils sont tout de suite venus nous voir, en nous disant: "Vous nous avez réconciliés avec le français".» La grenade est dégoupillée.

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