Maghreb in casbah - Arabesques et lumières dans la nuit blanche

De gauche à droite: Nazir Bouchareb, Khalil Abouabdelmajid, Samanta Burnstein, Mohamed Masmoudi, Karim Benzaïd et Zied Ben Amor.<br />
Photo: Photo Annabelle Lemire De gauche à droite: Nazir Bouchareb, Khalil Abouabdelmajid, Samanta Burnstein, Mohamed Masmoudi, Karim Benzaïd et Zied Ben Amor.

En pleine période d'ébullition du monde arabe, la culture maghrébine se dévoile demain au Lion d'Or à la soirée Maghreb in casbah. Pour la première fois, Bambara Trans, Gnawa Dima, Sokoun Trio, Syncop et la troupe Sanaa Danse célèbrent ensemble la diversité nord-africaine. La slameuse Queen Ka et le DJ Don Mescal sont également de la fête.

Une fois réunis, nous abordons la situation politique. En règle générale, tous partagent enthousiasme et angoisse. «Depuis la fin des colonisations dans le monde arabe, c'est la plus belle chose qui soit arrivée. Toute liberté qui s'arrache par le peuple est une bonne liberté. On s'inquiète toutefois pour les nôtres et on ne sait pas de quoi demain sera fait», affirme Karim, de Syncop.

Khalil, de Bambara, qui vient du Maroc, apporte toutefois un bémol: «Ce qui se passe est formidable, mais pas à ce point-là. On s'est dit que ce serait une révolution pacifique, mais quand j'ai vu sur vidéo que les manifestants ont foutu ma ville de Fès à l'envers, j'ai trouvé ça stupide. J'attends vraiment avec impatience. Ce qu'on a besoin de changer, ce sont les mentalités et non le roi.»

Au-delà de la politique rayonnent les arts, encore et toujours. C'est l'objet de Maghreb in casbah, coproduite par Musique Multi-Montréal et le Lion d'Or. «Je veux montrer autre chose de cette culture qui a inventé les mathématiques. Toutes les créations sont originales, sauf celles de Gnawa Dima», relate Jean-Marc Ravatel, de MMM.

«Le gnawa existe depuis cinq siècles. Il a survécu à cause de sa spiritualité», précise Nazir Bouchareb, âme généreuse, grand frère de musiciens maghrébins de Montréal et membre de Gnawa Dima, un groupe très fidèle à la tradition. Il livrera ses incantations à grands coups de tambours avec Rachid Salamte et Khalil Abouabdelmajid, lequel génère aussi de splendides urbanités avec Bambara Trans. «Les nouvelles pièces préservent toujours le côté maghrébin, mais en plus rock et en plus électro, sans cuivres.»

Le groupe prépare un nouveau disque, tout comme Syncop, pionnier montréalais des nouveaux métissages arabo. «Notre musique est une trajectoire identitaire. Il y a l'Algérie et l'Afrique du Nord, mais ça se recompose toujours à travers la francophonie d'ici. Et le métissage est maintenant plus affiné», explique le leader Karim Benzaïd.

Affinements, raffinement: autant de valeurs qui font aussi la marque de commerce du Sokoun Trio, lauréat du prix de musique folk canadienne en 2010. «On a tous un background de musique classique arabe, mais on intègre aussi le jazz, les Balkans et l'Orient à notre musique», décrit le violoniste Zied Ben Amor. Restent Sanaa Danse, «la seule troupe montréalaise qui ratisse du Maroc au golfe Persique», selon la directrice Samanta Burnstein, de même que la slameuse Queen Ka, toujours allumée à l'animation, et, enfin, le DJ Don Mescal pour les autres ambiances. Salam alikoum!

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Collaborateur du Devoir