Vanessa Paradis à la PdA - Moiteur de star

Le contraste était notable, pour qui se souvenait de la dernière fois au Métropolis, voire du happening psychédélique au Saint-Denis il y a dix-huit ans: l’éternelle enfant-fleur de la chanson française s’offrait hier la solennité de la salle Wilfrid-Pelletier pour son troisième passage en ville. Il s’agissait, il est vrai, du concert acoustique aux arrangements délicats et divins que Vanessa Paradis, ses musiciens, son quatuor de cordes et son directeur musical, Albin de la Simone, avaient présenté en juillet dernier au... château de Versailles. Royauté pop oblige?<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le contraste était notable, pour qui se souvenait de la dernière fois au Métropolis, voire du happening psychédélique au Saint-Denis il y a dix-huit ans: l’éternelle enfant-fleur de la chanson française s’offrait hier la solennité de la salle Wilfrid-Pelletier pour son troisième passage en ville. Il s’agissait, il est vrai, du concert acoustique aux arrangements délicats et divins que Vanessa Paradis, ses musiciens, son quatuor de cordes et son directeur musical, Albin de la Simone, avaient présenté en juillet dernier au... château de Versailles. Royauté pop oblige?

Il y a eu un moment, à peu près à la mi-spectacle, où les éclairages jusque là très étudiés — plus qu'étudiés, cinématographiques: par derrière, par le côté, en clair-obscur, en tout bleuté ou en tout orangé — ont fait la pause syndicale: tout est devenu très clair, jusqu'au fin fond de Wilfrid. Vanessa Paradis regardait les gens, souriait, ravie comme tout, on voyait la petite fente entre ses incisives, c'était très me voici me voilà, on va bien s'amuser ensemble ce soir. Vanessa telle quelle. Nature, quoi. Eh bien pas du tout. D'où j'étais, rangée A siège 1, (merci Montréal en lumière!), je l'avais en pleine face, j'ai vu qu'elle avait l'aisselle gauche moite (elle tient son micro du bras droit), et pourtant, sudation humaine ou pas, je vous jure, cette femme de 38 ans née à Saint-Maur-des-Fossés dans le Val-de-Marne, de parents comme les miens ou les vôtres, n'est pas de ce monde.

Vanessa Paradis, je ne l'avais jamais à ce point compris, peut-être parce qu'il s'agit précisément de son spectacle le plus humainement accessible, acoustique et tout, est une star. Avec une aisselle gauche moite de star. Quand elle se déhanche, elle ne se déhanche pas normalement, même si ça lui vient sans préméditation: elle se déhanche comme ça se peut pas. Quand elle s'assied sur son tabouret, la gestuelle est impossiblement érotique. Elle s'assied comme une star qui ne le fait pas exprès mais n'y peut rien: on est ébahi, on n'en revient pas, on se répand. Belle? Elle n'est pas que belle. Elle est belle comme une star qui est belle. En elle, tout simplement parce que les attributs ne sont pas attribués également ici-bas, il y a le charme des stars, la sexualité des stars, le port de la ceinture de cuir et du chandail à franges pailletées des stars: elle exsude la star de toutes pores, c'en est affolant. Elle est Drew Barrymore, Marlene Dietrich et Bardot période Harley-Davidson. Et ça ne lui fait pas un pli.

En plus, elle a cette voix impossible de fillette-femme. En plus, elle chante juste. En plus, elle sue de l'aisselle gauche. Excusez, je dérape, là. Je voulais dire: en plus, elle a du goût. En plus, elle ne travaille qu'avec des génies de l'arrangement, c'est vrai depuis Gainsbourg et Lenny Kravitz et -M-, et ça se vérifie encore avec Albin de la Simone. Impossible de réinventer le répertoire de la belle plus brillamment qu'à la manière d'Albin hier soir à Wilfrid, ce quatuor à cordes qui joue parfois tout seul avec elle (notamment à la fin de Hallelujah, renouvelant comme si c'était encore possible la chanson de Cohen), ce ukulélé qui suffit à Sunday Mondays, ce Joe le taxi... à l'africaine! Avec solo de flûte à bec! Musiciens exceptionnels, arrangeur hors du commun, elle a tout, Vanessa Paradis. Elle a même Johnny (Depp). Et elle nous a. Oh qu'elle nous a. Quand elle frappait comme une folle la cymbale crash de Raphaël Chassin à la fin de L'Incendie, je n'ai pas pu m'empêcher d'envier la cymbale.

Je suis sorti alors qu'elle revenait en premier rappel et s'asseyait sur scène, en face d'Albin. Truc de mise en scène que j'aurais tout juste trouvé marrant chez n'importe qui d'autre. Là, parce que c'était Vanessa Paradis, j'étais totalement fasciné. Star struck. Comme au cinéma. Et encore plus moite qu'elle.
15 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 21 février 2011 05 h 47

    Spectaculaire

    Quand on n'a pas vu le spectacle, il faut lire l'article de Sylvain Cormier: il a la moiteur communicative! Belle pièce d'écriture.

  • Ginette Bertrand - Inscrite 21 février 2011 08 h 19

    Décidément...

    On complétera le tableau par le billet de Marie-Christine Blais (Cyberpresse) qui, elle aussi, est sortie de ce spectacle en plein délire d'enchantement.
    Dommage que la belle ne fasse pas de tournée en province.

  • Lulustucru - Inscrit 21 février 2011 08 h 30

    Jalousie

    J'ai lu l'article de Marie-Christine Blais et là vous en remettez . Non mais je suis complètement jalouse de la chance que vous avez eu. Pourquoi ne fait-elle pas une petite tournée? La région irait même vers Québec pour voir la vaporeuse sueur de Vanessa.

  • François Dugal - Inscrit 21 février 2011 11 h 08

    Vanessa Paradis

    Mettre Vanessa Paradis à la une du Devoir n'est pas une bonne idée.

  • Henry Fleury - Inscrit 21 février 2011 18 h 11

    Si la photo est bonne !

    Pour ma part, j'aime bien la photo de Vanessa Paradis à la une du Devoir. D'autant que Jacques Nadeau est un as de l'objectif, tout comme Sylvain Cormier en est un du Stylo. Parlant de stylo, mon bic m'est remonté dans l'oeil lorsque M. Cormier a décrit la moiteur de l'aiselle gauche de la princesse et je comprends bien son émoi d'avoir dû quitter avant a fin, comme un coït interrompu. Ah, M. Cormier vous lire est toujours agréable et pour ceux, qui, comme moi, n'ont pas la chance de fréquenter les grandes salles, vous savez bien nous faire partager ce bonheur. Merci ! ,